Prisonniers politiques palestiniens en Italie : verdict pour Anan Yaeesh, Ali Irar et Mansour Doghmosh ; audience sur la détention de 7 militants Palestiniens

Le Vendredi 16 janvier sera une journée importante pour plusieurs prisonniers politiques palestiniens en Italie : le verdict des juges sera donné pour l’affaire d’Anan Yaeesh, Ali Irar et Mansour Doghmosh à L’Aquila, parallèlement à une audience qui se tiendra à Gènes sur la détention de Mohammad Hannoun, Ra’ed Dawoud, Yasser Elasaly, Raed Al-Salahat, Reyad Albustanji, Khalil Abu Deiah et Adel Abu Rawwa, 7 militants Palestiniens incarcérés dans les prisons italiennes.

En plus du soutien politique à l’occupation sioniste et à son génocide contre le peuple palestinien, en particulier à Gaza, l’État italien a donc fortement intensifié la criminalisation des Palestinien·nes et du mouvement de solidarité avec la Palestine sur son sol.

L’affaire d’Anan Yaeesh, incarcéré depuis le 29 janvier 2024, après que l’occupation « israélienne » ait demandé son extradition vers la Palestine occupée, l’accusant d’avoir fait partie des Groupes de Réponse Rapide des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa (branche armée du mouvement Fatah, participant à la Résistance armée contre l’occupation) à Tulkarem — ainsi que celle d’Ali Irar et Mansour Doghmosh, est une illustration flagrante de cette criminalisation des réfugié·es palestinien·nes et du soutien total des gouvernements occidentaux au régime génocidaire sioniste.

Les gouvernements occidentaux et les puissances impérialistes considèrent la résistance à l’occupation, même dans les territoires manifestement reconnus par le droit international comme occupés, en Cisjordanie, comme du « terrorisme », malgré le fait que la résistance armée à une occupation et à une colonisation étrangère est un droit reconnu par le droit international. La persécution d’Anan, d’Ali et de Mansour constitue une attaque directe contre la résistance palestinienne, et contre le droit de résister et de lutter face au colonialisme et à l’occupation.

Le 16 janvier, le verdict des juges est attendu ; le parquet a requis 12 ans de prison pour Anan Yaeesh, neuf pour Ali Irar et sept ans pour Mansour Doghmosh. Ces deux dernières années un mouvement de soutien croissant pour leur libération s’est constitué, aux côtés du mouvement pour la libération de la Palestine et la fin du génocide à Gaza, tandis que l’État italien intensifie sa répression.

Des manifestations auront lieu dans les villes suivantes :

  • L’Aquila : rassemblement à 9 h 30 le vendredi 16 janvier devant le Tribunale dell’Aquila, Via XX Settembre, 68

  • Bergame : rassemblement à 17 h le vendredi 16 janvier à Porta Nuova (Piazza Gaza)

  • Pise : rassemblement à 11 h 30 le vendredi 16 janvier, Piazza XX Settembre

Des départs en bus sont également organisés depuis Rome, Florence, Bologne et Milan pour soutenir Anan, Ali et Mansour. Anan Yaeesh avait d’ailleurs été transféré au centre de détention de Melfi depuis sa précédente prison, plus proche de Rome, après la grève générale massive pour la Palestine qui avait émergé en Italie, afin de l’éloigner de ses soutiens.

Lors de la dernière audience, le 19 décembre, plus de 200 personnes étaient présentes pour exiger la liberté d’Anan, d’Ali et de Mansour et la fin de la criminalisation de la résistance palestinienne, ce qui a conduit au report du verdict au 16 janvier.

Au cours de cette audience, Anan Yaeesh avait déclaré au juge :

“Si je suis né en Palestine, ce n’était pas mon choix. C’était un don de la vie.

Mais si je résiste, c’est un choix, c’est ma volonté, c’est ma décision, pour défendre notre peuple, notre terre et nos enfants, qui sont tués chaque jour depuis 1948 jusqu’à aujourd’hui par les Israéliens. Et cette décision est la meilleure chose que j’aie faite de ma vie.

C’est une erreur de penser que ceux qui résistent n’aiment pas la vie. Nous aimons la vie plus que quiconque, mais nous voulons une vie de liberté, pas une vie d’oppression. Nous voulons une bonne vie, libre et sûre pour nos enfants. C’est pourquoi nous donnons nos vies pour notre peuple.

Que vous me condamniez et que je reste en prison, ou que je sois libéré, cela ne change rien. J’aime et j’aimerai toujours le peuple italien. Les partisans italiens font partie de nous, et nous faisons partie d’eux. Le peuple italien se soulève ; je n’ai jamais vu un tel mouvement ailleurs dans le monde. Ce mouvement est une vague que rien ne peut stopper.

Merci à la Flottille et à toutes celles et ceux qui aident le peuple palestinien à mettre fin au génocide. Iels le font pour nous, sans lien de sang ou de langue, simplement parce qu’iels partagent le même amour pour l’Humanité et pour la liberté.

Le peuple italien est, comme toujours, le premier à résister pour nous.

Votre Honneur, la Résistance est une idée, et une idée ne meurt jamais. Même si nous mourons, nous restons vivants dans le cœur de notre peuple. Nous vivons dans le cœur de tous·tes ceux·celles qui aiment la liberté.

Nelson Mandela vit dans nos cœurs.
Che Guevara vit dans nos cœurs.
Yasser Arafat vit dans nos cœurs.
George Habash vit dans nos cœurs.
Jihad Shihade vit dans nos cœurs.
Abu Shujaa vit dans nos cœurs.
Tamer Al-Kilani vit dans nos cœurs.

Vive la Palestine arabe, palestinienne et libre.
Vive la résistance palestinienne jusqu’à la libération.
Vive la jeunesse palestinienne, en Italie et dans le monde entier.

Liberté pour tous·tes les prisonnier·es qui luttent pour la liberté.
Liberté pour nos prisonnier·es dans les prisons israéliennes.
Liberté pour notre père Marwan Barghouti.

Un jour, un enfant palestinien brandira le drapeau d’une Palestine libre !
Vive la Palestine arabe et palestinienne !
Vive la résistance jusqu’à la libération !

Merci.

19/12/2025
Centre de détention de Melfi

Anan Yaeesh

Parallèlement, à 9 h le vendredi 16 avril, le tribunal de Gênes examinera la détention des 7 militants Palestiniens, arrêtés le 27 décembre 2025 lors d’une série de perquisitions coordonnées. Mohammed Hannoun, président de l’Associazione dei Palestinesi in Italia (API), Ra’ed Dawoud, Yasser Elasaly, Khalil Abu Deiah, Adel Abu Rawwa, Raed Al-Salahat et Reyad Albustanji ont tous été arrêtés par la police italienne pour leur action caritative en soutien à la Palestine, sur la base d’accusations « israéliennes » et de l’effort constant de l’occupation pour priver le peuple palestinien d’aide et de soutien.

Les militants Palestiniens visés ont été soumis à une vaste campagne de diffamation médiatique et sont accusés d’avoir organisé le don de millions d’euros à des institutions palestiniennes, à des orphelins et à des personnes dans le besoin, et sont particulièrement ciblés pour avoir inclus les familles des martyrs et des prisonniers dans leur aide.

Comme dans l’affaire d’Anan, d’Ali et de Mansour, cette procédure vise la résistance et l’organisation palestiniennes ; les sept sont accusés d’appartenance et de soutien au Hamas, le Mouvement de la Résistance Islamique Palestinienne, notamment pour leur travail dans la bande de Gaza, sur la base d’allégations des services de renseignement sionistes.

Auparavant, leurs organisations caritatives avaient déjà été soumises à des sanctions américaines et à des mesures économiques coercitives, destinées à faciliter le génocide en privant la population palestinienne visée d’aide. Les sept hommes sont maintenus en détention provisoire sous pretexte d’être susceptibles de fuir le territoire italien. De grandes manifestations dans plusieurs villes, dont une marche massive à Milan le 10 janvier, ont déjà eu lieu pour exiger leur libération.

Aujourd’hui, à 10 h, sur la Piazza Portoria, devant le Tribunal de Gênes, l’API organise une manifestation pour la liberté des Palestiniens ciblés et contre la criminalisation de la communauté palestinienne.

Demain, 17 janvier, une manifestation aura lieu à Milan, Via Palestro (angle Corso Venezia, Palestro M1) à 15 h, jusqu’à Piazza Scala, en solidarité avec tous les prisonniers politiques palestiniens en Italie — Mohammad Hannoun, Ra’ed Dawoud, Yasser Elasaly, Khalil Abu Deiah, Reyad Albustanji, Adel Abu Rawwa, Raed Al-Salahat, Anan Yaeesh, Ali Irar, Mansour Doghmosh et Ahmed Salem.

Les avocats de la défense des 7 militants Palestiniens ont publié une déclaration contre l’influence du renseignement militaire sioniste dans les tribunaux italiens :

LES MATÉRIAUX DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE NE PEUVENT SERVIR DE BASE À DES POURSUITES PÉNALES

LA COUR DE JUSTICE N’EST PAS UN CHAMP DE BATAILLE

Les avocats de la défense soussignés, impliqués dans la procédure en cours à Gênes pour de faits présumés de financement du terrorisme, estiment nécessaire de dénoncer publiquement une grave distorsion des principes de l’État de droit, de la coopération pénale internationale et des garanties fondamentales de la procédure pénale, à commencer par la présomption d’innocence, ouvertement violée une fois de plus.

La procédure judiciaire en cours concernant des prétendu faits de financement du terrorisme ne porte pas sur des faits pénalement établis, mais sur la transmission d’informations acquises dans un contexte de guerre, issues d’une situation de conflit armé en cours et produites par des services de sécurité étrangers.

Il doit être affirmé avec la plus grande clarté : il ne s’agit pas de preuves judiciaires, mais de matériaux de renseignement. Des informations non validées, non soumises au contrôle judiciaire, privées de toute possibilité de contestation effective et dépourvues des garanties minimales de fiabilité exigées dans un État de droit.

Il est un fait indéniable que l’État d’Israël refuse systématiquement de se soumettre aux règles de la justice pénale internationale, allant jusqu’à se soustraire à la juridiction de la Cour pénale internationale, y compris face à des accusations graves et documentées de crimes internationaux. Il est donc juridiquement et politiquement inacceptable que ce même État prétende, dans le même temps, exploiter les mécanismes de la coopération pénale internationale pour exporter des allégations d’enquête unilatérales, non vérifiées et mises au service d’un conflit armé en cours.

Aucun juge israélien n’a jamais validé les hypothèses d’enquête aujourd’hui invoquées. Celles-ci relèvent exclusivement des services de sécurité, qui opèrent sous le contrôle direct de l’exécutif et selon une logique clairement guerrière. Introduire de tels matériaux dans une procédure pénale revient à faire disparaître la distinction essentielle, en démocratie, entre la guerre et la justice.

Par ailleurs, un fait qui ne peut être ignoré est que des procédures parfaitement similaires, engagées par le passé devant différentes juridictions italiennes sur la base d’hypothèses d’enquête analogues, ont déjà été classées sans suite à l’issue d’enquêtes approfondies menées par la magistrature italienne, mettant en évidence l’absence d’éléments pénalement pertinents et l’inadéquation des informations transmises pour étayer une accusation devant un tribunal.

Reprendre aujourd’hui les mêmes hypothèses revient à persister dans une logique d’enquête qui ignore délibérément les décisions judiciaires antérieures et vide le principe de légalité de toute sa substance.

Il est particulièrement grave, en outre, que la présomption d’innocence soit systématiquement bafouée par des déclarations publiques et des récits médiatiques orientés vers la culpabilité des mis en cause, qui anticipent le jugement et transforment l’enquête en condamnation, en contradiction flagrante avec l’article 27 de la Constitution, le droit européen et les principes du procès équitable.

Le recours à des informations exclusivement issues du renseignement comme fondement de procédures pénales représente une dérive dangereuse vers la mise en place d’un « droit pénal de l’ennemi », dans lequel des catégories et des instruments propres à la guerre sont utilisé par la justice civile, avec des conséquences dévastatrices sur les droits fondamentaux.

Enfin, nous dénonçons le risque d’une criminalisation indirecte d’une communauté entière, ciblée non pas pour des faits pénalement établis, mais en raison de liens culturels, religieux et de solidarité avec une population impliquée dans un conflit armé.

La coopération pénale internationale ne peut se transformer en un canal de légitimation de récits de renseignement produits par une partie belligérante, ni être instrumentalisée à des fins politiques ou militaires. En l’absence d’un contrôle judiciaire effectif, indépendant et transparent sur l’origine et la fiabilité des informations transmises, toute utilisation de celles-ci dans une procédure pénale est juridiquement fragile et dangereuse pour notre démocratie et ses principes.

Nous continuerons à nous opposer à cette dérive dans toutes les instances, en réaffirmant que la justice ne peut être sélective, asymétrique ni subordonnée à la logique du conflit, et que le droit pénal n’est pas, et ne doit pas devenir, une arme de guerre.

Les avocats de la défense

• Nicola Canestrini
• Fausto Gianelli
• Elisa Marino
• Gilberto Pagani
• Pier Poli
• Marina Prosperi
• Nabil Ryah
• Dario Rossi
• Flavio Rossi Albertini
• Giuseppe Sambataro
• Fabio Sommovigo
• Emanuele Tambuscio
• Gianluca Vitale
• Samuele Zucchini

Quatre jours plus tard, le 20 janvier, Ahmad Salem, réfugié palestinien de 24 ans né dans le camp de réfugiés de Baddawi au Liban, comparaîtra à 12 h devant le tribunal de Campobasso. Après avoir demandé l’asile, son téléphone a été saisi et il est accusé de « propagande terroriste » pour avoir réalisé une vidéo appelant à s’organiser et à agir contre le génocide en cours à Gaza et dans toute la Palestine occupée. Il est désormais emprisonné depuis 10 mois.

Devant le tribunal de Campobasso, le mouvement du 4 septembre organise un rassemblement de solidarité à 12 h le mardi 20 janvier pour exiger la liberté d’Ahmad.

***

Le Réseau international de solidarité avec les prisonnier·es palestinien·nes Samidoun réitère sa solidarité et son appel à la libération immédiate de tous les Palestiniens et militant·es emprisonné·es et réprimé·es, à la fin de la persécution des Palestiniens et des militant·es du mouvement de solidarité avec la Palestine, ainsi qu’à la reconnaissance pleine et entière de la légitimité de la résistance palestinienne :

Le Réseau international de solidarité avec les prisonnier·es palestinien·nes Samidoun, exige la libération immédiate de Mohammed Hannoun, Raed Dawoud, Yasser el-Assaly, Anan Yaeesh, Ali Irar, Mansour Doghmosh et Ahmed Salem, ainsi que la restitution des fonds des organisations ciblées, et l’arrêt immédiat du soutien, de la complicité, des échanges commerciaux et de la coopération militaire de l’Italie avec le régime sioniste. Nous sommes à un moment où le soutien indépendant et communautaire au peuple palestinien, en particulier à Gaza, est plus urgent que jamais, alors que le régime sioniste, avec l’appui impérialiste des États-Unis et de l’Europe, cherche à accomplir par le siège, la famine, la fermeture prolongée du point de passage de Rafah et le déni des besoins fondamentaux du peuple palestinien, ce qu’il n’a pas réussi à imposer par ses bombes génocidaires. Le travail de ces organisations est aujourd’hui plus nécessaire que jamais, et c’est précisément pour cette raison qu’elles ont été ciblées.

Comme nous l’avons souligné au moment de l’inscription de Samidoun sur les listes des organisations dites “terroristes” par le gouvernement Canadien et le trésor public états-uniens :

« De la même manière que l’entité sioniste craint la résistance palestinienne, les puissances impérialistes craignent la diaspora palestinienne et ses soutiens, qui n’ont cessé de se soulever encore et encore, en particulier depuis le début de l’opération Déluge d’Al-Aqsa et du génocide sioniste. Elles redoutent un mouvement populaire fort, capable de menacer leurs intérêts économiques et politiques en Palestine et dans la région. »

Une fois de plus, les puissances impérialistes montrent clairement qu’elles sont plus que disposées à exercer une répression intense, à criminaliser et à emprisonner afin de faciliter et de soutenir le génocide. Nous appelons le mouvement pour la Palestine, en Italie, dans toute l’Europe et à l’échelle internationale, à se rassembler autour de toutes les personnes et organisations ciblées, et à ne pas laisser les tactiques de terreur d’État et de peur nous diviser.

Il est par ailleurs grand temps que toutes les organisations de résistance palestiniennes, libanaises et régionales, sans parler des initiatives caritatives, communautaires, militantes et humanitaires, soient retirées des dites « listes terroristes », en Italie, en Europe, aux États-Unis et dans le monde entier. Le peuple palestinien, comme tous les peuples occupés, a le droit de résister à l’occupation, de se défendre, de libérer sa terre et de s’organiser pour atteindre ces objectifs.

Pour que le travail du mouvement de solidarité soit significatif et efficace, il doit agir pour soutenir les organisations de la Résistance palestinienne, et se coordonner avec elles au niveau le plus large possible. Nous devons redoubler d’efforts pour intensifier notre résistance et mondialiser l’intifada dans les rues des villes du monde entier, pour la liberté de tous·tes nos prisonnier·es dans les geôles sionistes et impérialistes, et pour la liberté de la Palestine, de la mer au Jourdain.

 


En savoir plus sur Samidoun : réseau de solidarité aux prisonniers palestiniens

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