En région parisienne, le Front Anti-impérialiste organise un festival pour célébrer l’internationalisme

Vendredi 18 et samedi 19 février, le Front Anti-impérialiste organisait le « Festival pour la justice et la fraternité entre les peuples » à Mitry-Mory en Seine-et-Marne. Durant deux jours, les participants ont put assister à différents concerts, en particulier de Grup Yorum, ainsi que plusieurs panels sur les luttes révolutionnaires en cours. Cette initiative coïncidait avec la mobilisation internationale grandissante en soutien aux 11 révolutionnaires de Turquie emprisonnés en Grèce qui ont été condamnés à 333 ans de prison sans aucune preuve contre eux.

Samidoun Région Parisienne était présent et a tenu un stand durant la journée de vendredi aux côtés de la Campagne Unitaire pour la libération de Georges Abdallah ou bien encore la maison d’édition Foreign Languages Press. Nous avons également déployé une banderole « Liberté pour Ahmad Sa’adat ! Liberté pour la Palestine ! » soulignant la longue histoire de lutte commune entre les peuples de Turquie et de Palestine.

Nous reproduisons ci-dessous notre intervention durant le panel « Liberté pour les prisonniers révolutionnaires » où nous étions invités aux côtés de Jalil Muntaquin (ancien prisonnier politique du Black Panther Party), la Campagne Unitaire pour la libération de Georges Abdallah, le Comité pour Ali Osman Köse, le Comité pour Sibel Balaç et Gökhan Yıldırım et Ezgi Çakır (avocat du martyr Mustafa Koçak).

Aujourd’hui, nous adressons nos remerciements au Front Anti-impérialiste pour son invitation et nous affirmons notre pleine et entière solidarité avec les peuples en Turquie qui luttent contre le fascisme au détriment de leur vie et de leur liberté. Nous rendons hommage aux hommes et aux femmes qui ont donné leur vie dans ce combat, à l’image d’Helin Bulek, Mustafa Koçak ou Ibrahim Gökçet.

Nous voulons affirmer notre conviction, à vos côtés, que l’art et la culture sont des outils de lutte fondamentaux contre le fascisme et l’impérialisme. Ainsi, en Palestine, l’Intifada est aussi culturelle. Elle passe par la musique, par les films, par les cœurs, par les réseaux sociaux et par-delà les frontières impérialistes. L’art nous relie et nous unit, est international. C’est une arme puissante et révolutionnaire, un commun depuis la Turquie jusqu’en Palestine en passant par ici.

Pour tenter de vaincre la résistance des peuples, de celles et ceux qui s’expriment, par les arts ou par d’autres outils de lutte, ou simplement parce qu’ils existent, ’emprisonnement a été systématisé par l’État sioniste tout comme par  l’État fasciste turc!

Les Palestiniens, qui vivent sous l’occupation et l’exil depuis plus de 74 ans, sont la cible d’une incarcération sans relâche, véritable arme coloniale de l’occupation israélienne. Aujourd’hui, il y a environ 4 650 prisonniers et prisonnières politiques palestiniens. Presque toutes les familles palestiniennes ont été touchées par l’emprisonnement politique.

Depuis la Nakba en 1947-48, environ un million de Palestiniens ont été emprisonnés, dont 800 000 depuis l’extension de l’occupation à la Cisjordanie et à la bande de Gaza en 1967. 40% des hommes palestiniens de Cisjordanie, y compris Jérusalem, ont été incarcérés dans les prisons de l’occupation.

Les prisonniers politiques palestiniens ne viennent pas seulement de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les Palestiniens de la Palestine occupée de 1948 sont également détenus en tant que prisonniers politiques, soumis à un système juridique d’apartheid implacable

Il y a près de 200 enfants prisonniers, y compris des détenus de moins de 16 ans. Les enfants prisonniers sont régulièrement soumis à la torture, à l’isolement et à d’autres conditions dures et inhumaines, aux côtés de leurs codétenus adultes.

Les prisonniers politiques palestiniens sont également des dirigeants politiques. Des membres du Conseil législatif palestinien, dont le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine, Ahmad Sa’adat, et le dirigeant du Fatah, Marwan Barghouthi, sont détenus dans des prisons israéliennes. Khitam Saafin, présidente de l’Union des comités de femmes palestiniennes, est emprisonnée avec 34 autres femmes palestiniennes.

Des écrivains, des universitaires, des journalistes, des étudiants, des travailleurs humanitaireset des artistes sont également des prisonniers politiques palestiniens. Les étudiants palestiniens sont fréquemment arrêtés et criminalisés pour leur participation à la vie politique étudiante. Des centaines d’étudiants palestiniens sont actuellement emprisonnés parce qu’ils continuent à faire en sorte que les campus universitaires ne soient jamais un espace de normalisation avec l’occupation coloniale.

Parmi les prisonniers, certains sont malades ou le deviennent gravement. Le système carcéral d’occupation entretient à leur égard et à dessin une négligence médicale, qualifiable de « meurtre lent » et qui comprend différentes pratiques, tels que le refus d’examens médicaux réguliers, le retard des traitements ou des tests, la fourniture d’analgésiques au lieu d’un traitement approprié, les mauvaises conditions sanitaires et la surpopulation dans les prisons, la présence massive d’insectes et de rongeurs dans les prisons, les transferts dans la « bosta » plutôt que dans des ambulances ou des véhicules médicaux, le manque de soutien ou d’équipement médical pour les prisonniers handicapés, l’abscence d’information des proches, les interdictions de visite et d’autres formes de mauvais traitements. Les femmes détenues n’ont pas accès à des soins gynécologiques spécialisés. Toutes ces pratiques font partie de la politique habituelle de l’occupation israélienne et constituent une autre forme de torture physique et psychologique permanente contre les prisonniers palestiniens.

En vertu de la Quatrième Convention de Genève et de l’ensemble de règles minimum pour le traitement des détenus, les autorités pénitentiaires de l’occupation israélienne ont pourtant la responsabilité de fournir des soins de santé appropriés sans discrimination, de mettre à disposition des locaux adaptés et d’assurer l’accès à des professionnels de santé qualifiés. Cependant, le système pénitentiaire israélien, qui fait partie des mécanismes de l’occupation coloniale visant à supprimer et à briser la résistance palestinienne, viole ces responsabilités comme une évidence.

Nous pensons à Nasser Abu Hamid, originaire du camp de réfugiés d’Al Am’ari, emprisonné dans le prétendu hôpital de Barzilai, de nature militaire, et actuellement dans le coma. Il a été condamné à perpétuité par 7 peines, ainsi que ses 5 frères encore vivant. Sa mère a entamé une grève de la faim. Le 6ème enfant de la fratrie est déjà mort, tué par l’occupation, tandis que le père est décédé durant sa propre incarcération.
La maison de la famille située dans le camp a été démolie 5 fois.

Nous tenions aussi à citer le nom de Israa Ja’abis, une éducatrice et travailleuse sociale palestinienne gravement blessée lors de son arrestation à un point de contrôle militaire illégal, près de Jérusalem, suite à une non-assistance à personne en danger et sous la menace des forces de l’occupation.

Condamnée à 11 ans, injustement inculpée de tentative de meurtre, elle subit le retard de plusieurs opérations et a été torturée durant son incarcération. Ses blessures ont été considérablement aggravées par l’absence de soins médicaux suffisants. Brulée à 60% au moment de son arrestation, elle attend au moins huit opérations chirurgicales, notamment une reconstruction faciale et une greffe de peau autour de l’œil droit.

Sur un autre domaine de nature juridique également, environ 500 Palestiniens sont actuellement en détention administrative. L’armée israélienne emprisonne régulièrement des Palestiniens sans inculpation ni procès en vertu d’ordres dits de de « détention administrative ». Délivrés pour une durée maximale de six mois, ces ordres peuvent être prolongés indéfiniment. Les ordres de détention administrative sont fondés sur des preuves secrètes dissimulées à la fois au détenu et à ses avocats. Les détenus administratifs boycottent actuellement collectivement les tribunaux militaires israéliens.

Les Palestiniens sont soumis au régime de  la détention administrative depuis le début de l’occupation israélienne et, avant cela, sous le mandat britannique. De nombreux grévistes de la faim palestiniens dont les cas ont attiré l’attention récemment ont été placés en détention administrative et ont entamé une grève de la faim pour obtenir leur libération, comme Hisham Abu Hawash, Khader Adnan et Bilal Kayed.

Les prisonniers palestiniens de Cisjordanie sont soumis à un système de justice militaire totalement distinct de celui des Israéliens juifs, y compris les colons, qui relèvent au contraire du système de justice civile israélien. Ce système de justice militaire pour les prisonniers politiques palestiniens, comprend la détention systématique et arbitraire sans inculpation, l’acceptation de la torture, l’absence presque totale de procédure régulière, des accusations vagues, des normes de preuve très faibles, y compris l’utilisation de preuves secrètes, et des condamnations largement disparates et plus sévères que celles du système de justice civile. Les accusés palestiniens qui passent en jugement sont condamnés dans plus de 99 % des cas devant les tribunaux militaires. Les procédures se déroulent en hébreu, langue que peu de Palestiniens parlent.

Les procès militaires sont supervisés par trois juges militaires, dont deux ne sont pas tenus d’avoir une formation en droit.

L’armée israélienne se réserve le droit de déclarer toute organisation palestinienne « illégale » et donc de poursuivre l’adhésion ou l’association à cette organisation. La plupart des partis politiques palestiniens, ainsi que d’innombrables syndicats, groupes d’étudiants, organisations de femmes et autres groupes sectoriels, entrent carrément dans la catégorie des « organisations illégales ».

Les prisonniers palestiniens continuent de résister derrière les barreaux. Ils mettent directement leur corps et leur vie en danger dans des grèves de la faim et assurent le leadership du mouvement de libération palestinien.

Malgré les dures conditions d’emprisonnement, le recours fréquent à l’isolement, le saccage des cellules, la confiscation des médias et le refus d’accès à l’éducation des prisonniers palestiniens, le mouvement des prisonniers palestiniens est au cœur et aux avant-postes de la lutte des Palestiniens pour leur liberté et leur émancipation. Les prisonniers palestiniens ne sont pas seulement les victimes d’une structure injuste et oppressive – ce sont d’abord des combattantes et des combattants de la liberté. Ils font partie de tout un peuple qui se bat pour son droit au retour et la libération de toute la Palestine de la mer au Jourdain.

Les prisonniers palestiniens sont des leaders du mouvement de résistance et un point d’unité pour la cause palestinienne, au-delà des lignes politiques. Nous tenons à saluer leur courage. Soutenir les prisonniers palestiniens, c’est aussi soutenir le droit des Palestiniens à la résistance ! La lutte se déroule donc bien dans le cœur carcéral de l’Etat sioniste.

Les grèves de la faim pour réclamer les droits et libertés des prisonniers galvanisent les mouvements palestiniens et de solidarité depuis des décennies. La Journée des prisonniers palestiniens, célébrée chaque année le 17 avril, rend hommage à la lutte du peuple palestinien et au leadership des prisonniers palestiniens dans la résistance. Elle commémore également les échanges de prisonniers réalisés par la résistance palestinienne pour libérer les personnes emprisonnées par l’occupant.

Georges Abdallah est un élément central de cette lutte. Son leadership politique et son implication dans toutes les luttes pour la justice sociale, malgré ses 37 années passées derrière les barreaux français en tant que communiste arabe luttant pour la libération de la Palestine, représentent le rôle du mouvement des prisonniers palestiniens. Il est reconnu par les prisonniers palestiniens comme l’un des leurs et participe aux grèves de la faim et autres actions de lutte depuis l’intérieur de la prison de Lannemezan. La campagne pour libérer Georges Abdallah est un élément central de la campagne pour la libération de tous les prisonniers palestiniens et, en fait, pour la libération de la Palestine.

Les prisonniers palestiniens poursuivent leur lutte et, selon leurs propres termes, « appellent les personnes libres du monde entier à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour les soutenir dans leur combat pour leurs droits. »

En soutenant la lutte des prisonniers palestiniens pour leur libération, nous travaillons à soutenir la résistance palestinienne pour la libération de la Palestine, de toute la Palestine, de la mer au Jourdain. Mais aussi à soutenir une véritable direction palestinienne non compromise par la normalisation et la collaboration avec l’occupant ; à soutenir ceux qui unissent la lutte palestinienne par leur engagement et leur sacrifice pour la libération de leur terre et de leur peuple. Et nous construisons également les bases de notre alliance internationale contre l’impérialisme, le sionisme et les régimes réactionnaires.

Pour terminer, nous souhaitions citer quelques mots du prisonnier politique évoqué plus haut Nasser Abu Hmaid, originaire du camp d’Al Am’ari.

Engagé lors de la grande intifada palestinienne de 1987, il a rejoint des groupes de jeunes qui affrontaient les soldats de l’occupation et les colons. Il est devenu ensuite un dirigeant des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, l’organisation armée du mouvement Fatah en Cisjordanie occupée de la Palestine.

Pendant son séjour dans les prisons d’occupation, il a participé à plusieurs reprises à des grèves de la faim collectives et à des actions de protestation pour défendre ses codétenus prisonniers palestiniens. Alors qu’il est desormais plongé dans un coma profond, les mots qu’il a prononcés lors de la grève de la faim collective de 2017 continuent de résonner. Les voici : « Nous frappons toujours les portes des cellules, criant fort, scandant et défiant le geôlier, sa brutalité et sa criminalité. Nous respirons encore la liberté et la fierté. Nous marchons vers la mort en souriant, et nous nous asseyons sur une couverture noire, tout ce qu’ils nous ont laissé, autour d’un verre d’eau et d’une pincée de sel. Nous chantons pour la patrie et pour le printemps prochain de la victoire. Ne demandez pas des nouvelles de nos corps, car ils nous ont trahis et se sont effondrés pendant des jours. Quant à nos âmes et à notre volonté, nous vous assurons qu’elles vont bien, inébranlables comme le rocher d’Ebal et de Galilée. Nous avons fait le serment de poursuivre jusqu’à la victoire ou le martyr, le chemin de la liberté et de l’indépendance. »

Merci à toutes et tous pour votre attention.

Liberté pour tous les prisonniers politiques ! Palestine vivra, Palestine vaincra !