En Italie : mobilisations populaires pour la libération des Palestiniens emprisonnés dans les prisons italiennes

À la suite de l’attaque du gouvernement italien contre la communauté palestinienne et le mouvement de solidarité avec la Palestine dans le pays au cours de laquelle sept militants  ont été arrêtés, dont Mohammed Hannoun, président de l’Associazione dei Palestinesi in Italia (API, Association des Palestiniens en Italie), les mobilisations se multiplient contre ce que le gouvernement italien a appelé « Opération Domino ». La prochaine manifestation en solidarité avec ces prisonniers politiques aura lieu le mercredi 7 janvier à Milan, à 18 h, devant le Piazzale Aquileia (S. Agostino M2), à l’extérieur de la prison de San Vittore, où est détenu Raed Dawoud, l’un des sept militant palestiniens emprisonnés.

Samedi 3 janvier, des manifestants étaient rassemblés sur la Piazza Scala à Milan avec des pancartes appelant à la libération de Mohammed Hannoun, Raed Dawoud, Yaser El-Assaly et de leurs camarades palestiniens emprisonnés, en Italie comme en Palestine.
Parallèlement, une autre manifestation était organisée à Gênes, la ville de résidence de Mohammed Hannoun en Italie, pour exiger leur libération. Des mobilisations ont également eu lieu à Brugherio, devant la prison de Monza, ainsi qu’à Naples.

À la veille du Nouvel An, l’API a publié une lettre aux prisonniers, rédigée par les familles des sept Palestiniens arrêtés, soulignant à quel point ils sont aimés et regrettés, et appelant à leur retour :

Alors que tout le monde célèbre la fin d’année entouré de l’amour de leurs parents
et de leurs proches, chez nous, sept chaises demeurent vides.

Sept sourires nous ont manqué au moment où minuit a sonné.
Sept présences, même lointaines, restent le centre autour duquel
nos pensées gravitent.

Nous commençons 2026 avec le cœur partagé en deux : fiers de votre
engagement, de votre courage et du devoir que vous accomplissez,
mais avec un nœud dans la gorge qui ne se défait pas.

Chaque cloche, chaque feu d’artifice, résonnera un peu plus doucement sans vous.

Sachez que notre amour arrivera jusqu’à vous.
Notre nouvelle année ne commencera véritablement
que lorsque vous franchirez de nouveau le seuil de nos maisons.

Avec tout notre amour et notre nostalgie,
Vos familles

Mohammed Hannoun s’est déjà vu refuser les visites familiales ; dans une démarche rappelant fortement le traitement infligé par l’entité sioniste aux prisonnier·es palestinien·nes dans les prisons coloniales, les membres de sa famille ont été informé·es qu’iels étaient eux aussi « suspects » et que, pour des raisons de sécurité, les visites leur seraient interdites.

Son avocat a également indiqué que l’administration pénitentiaire lui a refusé le droit de recevoir un Coran et un tapis de prière, et qu’il a reçu l’ordre d’être transféré dans une prison « de haute sécurité », ce qui rappelle le traitement infligé par les États-Unis à leurs prisonniers politiques palestiniens, Ghassan Elashi et Shukri Abu Baker, qui, comme les prisonniers Palestiniens en Italie, ont été accusés et condamnés uniquement pour des activités humanitaires et de soutien.

Dans ce qui semble être une tentative d’intimidation pour provoquer une peur généralisée, l’État italien a annoncé que l’enquête visait 25 autres personnes pour cette même affaire, parmi lesquelles la journaliste et rédactrice d’InfoPal Angela Lano, qui a témoigné publiquement de la perquisition de son domicile ainsi que de la confiscation de plusieurs années de documents et de matériel.

Selon les documents et l’intense campagne médiatique lancée contre les militants palestiniens, les arrestations et accusations reposent exclusivement sur des déclarations et allégations émanant du régime sioniste lui-même, notamment d’un dossier fourni par un agent de renseignement sioniste anonyme, connu sous le nom de code « Avi ».

Cela inclut, plus largement, des interdictions politiques, des accusations d’affiliation factionnelles et des tentatives visant à empêcher l’aide humanitaire et le soutien au peuple palestinien sous occupation. De plus, les chefs d’accusation, combinés à un ordre de détention provisoire, assimilent ouvertement l’aide humanitaire au peuple palestinien à un « soutien au terrorisme », tout en ignorant totalement le fait que les Palestinien·nes, comme tous les peuples confrontés au colonialisme et à l’occupation, ont le droit absolu de résister à cette occupation par tous les moyens, y compris la lutte armée.

En réalité, les accusations portées par l’État italien contre les 7 militants Palestiniens emprisonnés constituent clairement un soutien au génocide en cours du peuple palestinien par le régime sioniste, en particulier à Gaza, en leur niant le droit d’avoir accès à un soutien et à une aide indépendants apportés par leur diaspora. Il est notable que ces arrestations et inculpations interviennent précisément au moment où l’occupation sioniste a interdit 37 organisations, y compris d’importantes organisations internationales telles que Médecins Sans Frontières, Oxfam Pays-Bas et l’American Friends Service Committee, de travailler en Palestine occupée en leur refusant les licences nécessaires.

La campagne médiatique visant les Palestiniens ciblés s’est principalement appuyée sur des accusations douteuses reflétant un point de vue colonialiste et sioniste, tentant notamment de présenter comme des « preuves » des choses comme la possession de photos de martyrs et de prisonniers sur un téléphone, l’abonnement à des chaînes Telegram ou WhatsApp diffusant des nouvelles et des images en provenance de Palestine, ou encore la détention de drapeaux et de banderoles associés à des groupes de résistance palestiniens. Bien entendu, aucun de ces éléments n’est illégal au regard du droit italien ; il s’agit cependant du type d’accusations au nom desquelles les Palestiniens sous occupation sont régulièrement emprisonnés sans inculpation ni procès dans les prisons sionistes.

En outre, il est clair que l’Autorité Palestinienne a été utilisée et à facilité la persécution des Palestiniens de la diaspora ainsi que de ceux vivant en Palestine occupée. La Première ministre italienne Giorgia Meloni avait pratiquement annoncé cette campagne d’arrestations une semaine auparavant, lors de la conférence de son parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, où elle a attaqué l’API et Giovani Palestinesi Italia, pour avoir dénoncé sa rencontre avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Abou Mazen).

Les médias de droite ont diffusé à plusieurs reprises des informations affirmant que Mohammed Hannoun et les associations visées auraient été « enquêtés par l’AP », dans une tentative de légitimer les poursuites. Dans le même temps où l’AP coupe tous les fonds destinés aux familles des martyrs et des prisonnier·es, les procureurs italiens ont déclaré que le financement de ces familles équivalait à un « soutien au terrorisme », alors qu’en réalité, il s’agit de soutenir les victimes d’un véritable terrorisme d’Etat.

GPI a également souligné que le parti de Meloni et les médias d’extrême droite ont utilisé cette affaire non seulement pour intimider les communautés palestinienne, arabe et musulmane ainsi que le mouvement de solidarité avec la Palestine, mais aussi pour attaquer l’opposition parlementaire et tenter de la contraindre à retirer son soutien à la lutte pour une Palestine libre et à la réprimer pour son opposition à la complicité italienne dans le génocide sioniste. Le communiqué de GPI critique spécifiquement les parlementaires de “gauche” qui, au lieu de défendre les prisonniers politiques visés et de renforcer le soutien à la Palestine, s’engagent dans des politiques de désolidarisation, de déni et d’abandon.

Parallèlement, l’État italien poursuit sa persécution d’Anan Yaeesh, Ali Irar, Mansour Doghmosh et Ahmed Salem. Le 16 janvier, Anan, Ali et Mansour doivent comparaître lors d’une audience finale dans leur affaire, dans laquelle ils sont accusés de soutien aux Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, la branche armée du mouvement Fataeh, en Cisjordanie occupée. Anan Yaeesh est emprisonné depuis deux ans dans les prisons italiennes. Le Comité Free Anan et d’autres organisations organisent un transport collectif vers L’Aquila pour se tenir aux côtés des trois Palestiniens au tribunal, ainsi que des rassemblements de soutien à cette date.

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Le réseau de solidarité avec les prisonnier·es palestinien·nes, Samidoun, réaffirme sa solidarité et son appel à la libération immédiate de tous les Palestiniens emprisonnés et ciblés dans les prisons impérialistes, occidentales, normalisatrices et du régime sioniste, à la fin de la persécution des Palestiniens et des militants du mouvement de solidarité avec la Palestine, ainsi qu’à la reconnaissance pleine et entière de la légitimité de la résistance palestinienne.

Samidoun exige la libération immédiate de Mohammed Hannoun, Raed Dawoud, Yasser el-Assaly, et de tous les Palestiniens détenus en Italie, y compris Anan Yaeesh, Ali Irar, Mansour Doghmosh et Ahmed Salem, ainsi que la restitution des fonds des organisations ciblées, et la fin totale du soutien, de la complicité, du commerce et de la coopération militaire de l’Italie avec le régime sioniste. Nous vivons un moment où le soutien indépendant et communautaire au peuple palestinien, en particulier à Gaza, est plus urgent que jamais, alors que le régime sioniste, avec le soutien impérialiste total des États-Unis et de l’Europe, cherche à accomplir par le siège, la famine, la fermeture continue du passage de Rafah et la privation des droits fondamentaux, ce qu’il n’a pas réussi à réaliser par ses bombes et son offensive génocidaire. Le travail de ces organisations est aujourd’hui plus indispensable que jamais et c’est précisément pour cette raison qu’elles sont ciblées.

Comme nous l’avons déclaré lors de l’inscription de Samidoun sur les listes des organisations dites “terroristes” :

« De même que l’entité sioniste craint la résistance palestinienne, les puissances impérialistes craignent la diaspora palestinienne et ses soutiens, qui se soulèvent encore et encore, en particulier depuis le début de l’opération Déluge d’Al-Aqsa et du génocide sioniste. Elles redoutent un mouvement populaire fort qui menace leurs intérêts économiques et politiques en Palestine et dans la région. »

Une fois encore, les puissances impérialistes montrent clairement qu’elles sont prêtes à mener une répression intense, une criminalisation et des emprisonnements afin de faciliter et soutenir le génocide. Nous appelons le mouvement pour la Palestine, en Italie, dans toute l’Europe et à l’échelle internationale, à se rassembler autour de toutes les personnes et organisations ciblées et à ne pas laisser les tactiques de terreur d’État et de peur nous diviser.

Enfin, il est grand temps que toutes les organisations de la résistance palestinienne, libanaise et régionales, sans parler des organisations et associations caritatives, communautaires, militantes et humanitaires, soient retirées des soi-disant « listes terroristes », en Italie, en Europe, aux États-Unis et dans le monde entier. Le peuple palestinien, comme tous les peuples occupés, a le droit de résister à l’occupation, de se défendre, de libérer sa terre et de s’organiser pour atteindre ces objectifs.

Pour que le travail du mouvement de solidarité soit significatif et efficace, il doit soutenir les organisations de la résistance palestinienne, et, en effet, se coordonner avec elles au niveau le plus large possible. Nous devons redoubler d’efforts pour intensifier notre résistance et mondialiser l’Intifada dans les rues des villes du monde, pour la liberté de tous·tes nos prisonnier·es dans les prisons sionistes et impérialistes, et pour une Palestine libre, de la mer au Jourdain.


En savoir plus sur Samidoun : réseau de solidarité aux prisonniers palestiniens

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