A l’occasion de son 27ème anniversaire : Vaincre Oslo, affronter la normalisation,...

A l’occasion de son 27ème anniversaire : Vaincre Oslo, affronter la normalisation, intensifier le boycott

Traduction : Collectif Palestine Vaincra

À l’occasion du 27e anniversaire de la signature de la déclaration de principes – les accords d’Oslo – à Washington, le réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens Samidoun souligne que la lutte pour mettre un terme définitif à la voie d’Oslo est peut-être plus cruciale que jamais. L’accord signé sur la pelouse de la Maison Blanche et la fameuse poignée de main d’Yitzhak Rabin et de Yasser Arafat ont été faussement présentés comme une promesse de paix et d’espoir pour les Palestiniens, refusée pendant des décennies, mais en réalité, il s’agissait d’un programme de poursuite et d’intensification de la colonisation et de suppression de la lutte de libération palestinienne. L’ensemble du projet d’Oslo a toujours été destiné à intensifier la répression, la division et la fragmentation du peuple palestinien, tout en imposant un cadre de « sécurité » palestinien au peuple palestinien qui lutte pour ses droits, pour le retour et la libération.

27 ans de dévastation d’Oslo

Depuis 27 ans, la dévastation causée par Oslo a entraîné le démembrement du mouvement de libération nationale palestinien, de ses syndicats et de ses institutions ; la dégradation de la situation pour les réfugiés palestiniens dans les camps et dans la diaspora et l’exil et les tentatives répétées de confisquer leur voix et leur décision ; la création d’une Autorité palestinienne (AP) soumise aux demandes états-unienne, européenne et israélienne tout en emprisonnant et en réprimant la résistance palestinienne ; l’expansion massive des colonies et le vol de terres dans toute la Cisjordanie palestinienne occupée ; la soumission de l’économie palestinienne à l’occupation israélienne. Le nombre de colons israéliens illégaux en Cisjordanie palestinienne occupée a quadruplé depuis la signature des accords d’Oslo, tandis que de nombreuses guerres ont été menées contre le peuple palestinien invaincu et résistant dans la bande de Gaza assiégée.

Des milliers de vies palestiniennes ont été volées sur le chemin d’Oslo, tandis que les cadres politiques de la lutte palestinienne ont été déformés, détournés et compromis. Alors que les Palestiniens de Palestine occupée continuent d’affirmer leur identité et leur existence et s’organisent pour la libération, la direction palestinienne officielle de l’AP a au contraire « reconnu » Israël, la création de la Nakba et un projet de colonisation de peuplement sioniste sur 78% de la Palestine.

Les réfugiés palestiniens : Le droit au retour attaqué

Les réfugiés palestiniens dans les camps et partout en exil dans la diaspora continuent de détenir leurs clés du retour et de leurs villages d’origine en Palestine malgré plus de 72 ans d’exil, tandis que la direction officielle palestinienne dominée par l’AP a démantelé les syndicats et les structures collectives destinés à représenter les réfugiés palestiniens – ainsi que ceux représentant les femmes, les travailleurs, les étudiants, les artistes et de nombreux autres secteurs de la société palestinienne. Le droit au retour des réfugiés palestiniens a été traité par les partisans d’Oslo comme un sujet de « négociation » plutôt que comme un droit inconditionnel.

Plutôt que de fournir une voie vers l’autodétermination ou la souveraineté, les Palestiniens sont peut-être moins souverains que jamais, malgré l’existence de l’Autorité palestinienne. En effet, l’Autorité ressemble peut-être davantage à la soi-disant « entité palestinienne » dont les révolutionnaires palestiniens ont mis en garde à de multiples reprises et qui a façonné le mouvement moderne de libération de la Palestine.

En 1972, le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) a publié les « Tâches de la nouvelle étape », traitant de la menace potentielle d’un faux « État palestinien ».

« En rapport étroit avec tout cela, il y a une autre bataille politique à laquelle est confronté le mouvement de résistance, et qui est un problème plus grave maintenant qu’il ne l’était avant septembre, à savoir « l’État palestinien ». La nouvelle situation et l’état de faiblesse de la résistance ont créé des conditions favorables à la réflexion sur une solution à la cause du peuple palestinien. Une telle solution érigera une structure politique palestinienne pour mettre fin – historiquement parlant – à l’ensemble du problème de la Palestine et à tout ce qu’il a créé et continue de créer comme difficultés pour l’impérialisme et ses intérêts…. l’intérêt américain pour ce problème est le résultat… de la crainte que des « éléments extrêmes » n’exploitent les sentiments du peuple palestinien en ce qui concerne la recherche d’une patrie. La politique américaine a donc reconnu le peuple palestinien, non pas pour résoudre son problème, mais pour faire avorter sa cause. Elle a choisi ce moment précisément non seulement parce qu’une partie de la direction palestinienne traditionnelle a commencé à s’orienter ouvertement vers des solutions suspectes… Tous ces éléments constituent alors des maillons de la chaîne de liquidation de la cause palestinienne. Cela doit se faire en créant une entité suspecte qui sera dominée à la fois par Israël, la réaction et l’impérialisme. Elle doit constituer un instrument pour renforcer la domination étrangère sur la région arabe ».

Couper la route de la liberté

Le chemin d’Oslo, une route empruntée par les grands capitalistes palestiniens et leurs alliés et agents de la direction palestinienne, est venu couper la route de la lutte du peuple palestinien : la grande Intifada, qui se déroule à l’intérieur de la Palestine occupée. Les Palestiniens organisaient leurs communautés, restructuraient leur économie et luttaient pour la liberté. L’Intifada ne se limitait pas à la Cisjordanie, à Jérusalem et à Gaza ; en fait, l’Intifada avait même brisé le siège des camps au Liban. Cependant, les grands capitalistes ont vu une opportunité de conclure l’accord qu’ils cherchaient depuis longtemps avec les États-Unis et leur client, le projet sioniste en Palestine, dans le but de fournir un espace pour les banques, le capital et le profit mutuel, confisquant les réalisations du peuple.

Oslo dans le contexte international et arabe

Bien entendu, le contexte international ne peut être laissé de côté. 1993 et les années qui l’ont précédée, du chemin des négociations de Madrid, à Oslo, à Washington D.C., ont été aussi les années du démantèlement et de la destruction du bloc de l’Est et de l’Union soviétique et des proclamations triomphales de la « fin de l’histoire » et de l’éternelle victoire capitaliste et de l’hégémonie américaine sur le monde.

Dans le contexte arabe, d’abord la guerre Iran-Irak puis la première guerre du Golfe ont approfondi et intensifié les attaques impérialistes dans la région et ont mis en évidence le rôle des régimes réactionnaires arabes qui se sont alliés aux États-Unis pour dévaster l’Iran puis dévaster et sanctionner l’Irak. Le projet de sanctions qui continue à être utilisé dans toute la région – et dans le monde – pour réprimer toute résistance significative à l’impérialisme a été développé et affiné au cours de cette période. Alors que l’Intifada palestinienne représentait une autre voie, l’équilibre déséquilibré du pouvoir international poussait plus que jamais à des accommodements et des concessions avec l’impérialisme, le sionisme et la réaction.

La création de l’Autorité palestinienne ne représentait pas un accomplissement de la lutte de libération nationale palestinienne, mais plutôt sa trahison, compromettant la vision fondamentale du retour des Palestiniens et de la libération de la Palestine de la mer au Jourdain qui était restée son fil conducteur depuis le début. Et, main dans la main avec le régime de Camp David en Égypte, l’AP et le chemin d’Oslo – de Madrid en 1991 et au-delà – ont ouvert les portes de la normalisation avec l’occupation israélienne, même si celle-ci a poursuivi et intensifié ses crimes.

En 1992, des sociétés israéliennes ont commencé à opérer à Cuba ; le Vietnam a établi des relations diplomatiques avec Israël en 1993, sans parler de l’accord Wadi Araba du régime jordanien de 1994. Avec la « reconnaissance d’Israël » par l’OLP en main, la normalisation avec le projet de colonisation de peuplement semblait non seulement permise mais encouragée, malgré ses effets d’assiéger davantage le peuple palestinien.

Oslo : Un échec pour les Palestiniens, un succès pour le sionisme et l’impérialisme

27 ans plus tard, l’échec d’Oslo est largement reconnu. Si Oslo a été un échec pour le peuple palestinien, elle a été à bien des égards un succès retentissant pour l’État israélien, le mouvement sioniste et son commanditaire impérialiste américain, ainsi que leurs alliés dans les régimes réactionnaires arabes, en Europe et ailleurs. Le soi-disant « Deal du siècle » fait partie intégrante du chemin d’Oslo, de l’écrasement et de la répression constantes du peuple palestinien et de la confiscation des droits des Palestiniens avec le plus petit des habillages de la bureaucratie pour le déguiser.

Les Émirats arabes unis ont prétendu faire « profiter » les Palestiniens avec leur accord de normalisation, malgré le rejet unifié du peuple palestinien, de la résistance palestinienne et même des officiels palestiniens. Le Bahreïn, qui a accueilli précédemment une conférence de normalisation économique largement rejetée, n’a même pas pris la peine de faire une telle affirmation. Bien sûr, il faut noter que les élites dirigeantes de ces États du Golfe ne représentent pas leur peuple, et que le Bahreïn en particulier a une riche histoire de résistance, de lutte anti-impérialiste et de lutte pour la Palestine – qui ont toutes été brutalement réprimées par le régime très réactionnaire qui s’est engagé dans le projet de normalisation.

Confronter la normalisation aujourd’hui

La voie pour affronter la normalisation doit commencer par interrompre entièrement le chemin d’Oslo et la voie de la « reconnaissance » palestinienne officielle du projet sioniste colonial à l’intérieur de la Palestine occupée, l’État israélien. Afin de surmonter la « division » du mouvement palestinien et de réaffirmer le projet palestinien d’autodétermination, de souveraineté, de retour et de libération de la mer au Jourdain, l’ensemble du chemin d’Oslo et toutes les illusions qui l’ont accompagné, d’accommodement avec l’impérialisme et le sionisme et de consécration du capitalisme, doivent être fermement et fondamentalement rejetés.

Comme l’ensemble du peuple palestinien et en particulier les réfugiés palestiniens, les prisonniers palestiniens ont été trahis et laissés pour compte par le chemin d’Oslo. Autrefois présentés comme une voie vers la libération des prisonniers palestiniens, les accords d’Oslo ont au contraire permis d’utiliser les prisonniers palestiniens comme monnaie d’échange pour tenter d’obtenir encore plus de concessions de la part des responsables palestiniens.

Prisonniers palestiniens : Trahis par Oslo

Des dizaines de prisonniers palestiniens d’avant Oslo sont toujours dans les prisons israéliennes, les forces d’occupation ayant refusé de reconnaître les prisonniers palestiniens de la Palestine occupée de 1948 et annulé à plusieurs reprises les accords de libération. Pendant ce temps, l’Autorité palestinienne a tenté de convertir la lutte des prisonniers et le mouvement des prisonniers – une direction nationale du peuple palestinien – en un dossier pour un ministère, une préoccupation sociale, et une question pour les « négociations sur le statut final » avec les principes de base du peuple palestinien : la libération de Jérusalem et le retour des réfugiés dans leurs maisons et leurs terres.

Bien sûr, ce n’est pas le seul résultat d’Oslo pour les prisonniers palestiniens. Au cœur de ces accords, et ininterrompue malgré les déclarations et les promesses, se trouve la « coordination sécuritaire » de l’Autorité palestinienne avec l’occupation israélienne. Cette « coordination sécuritaire » a miné la résilience et la solidarité sociale du mouvement palestinien, a poursuivi et réprimé la résistance palestinienne et a établi une « porte tambour » d’emprisonnement et de détention politique entre les prisons de l’Autorité palestinienne et les prisons israéliennes. Elle a fermement établi l’AP comme un sous-traitant sécurité de l’occupation israélienne, formé par les États-Unis avec le soutien européen et britannique.

Le cas d’Ahmad Sa’adat

Peut-être qu’aucun cas ne représente aussi notoirement le rôle dangereux de la coordination sécuritaire que celui d’Ahmad Sa’adat, le secrétaire général emprisonné du Front Populaire de Libération de la Palestine. Suite à l’assassinat du ministre israélien du tourisme, Rehavam Zeevi, un raciste d’extrême droite notoire – une réponse à l’assassinat du secrétaire général du FPLP, Abu Ali Mustafa, par un missile d’hélicoptère de fabrication américaine tiré par Israël – Sa’adat et ses camarades ont été arrêtés par les forces de l’Autorité palestinienne en 2002 et détenus dans la Muqata’ (palais présidentiel) d’Arafat, alors assiégée par les forces israéliennes. Ils ont été soumis à des procès militaires hâtifs et emprisonnés dans la prison de Jéricho de l’AP, sous la garde des Américains et des Britanniques (dont certains avaient également surveillé des prisonniers républicains irlandais dans le nord de l’Irlande).

Détenus comme prisonniers politiques à Jéricho pendant quatre ans, ils ont ensuite été retenus en captivité pendant l’attaque israélienne de 2006 qui a démoli une grande partie de la prison, s’est emparée de Sa’adat et de ses camarades et a tué deux gardes palestiniens ; les gardes américains et britanniques s’étaient auparavant écartés pour faire place à l’armée israélienne. Cette attaque est survenue après que les élections du Conseil législatif palestinien, établi dans le cadre de l’AP sous Oslo, aient trouvé des victoires pour les candidats et les blocs qui soutenaient la résistance et s’étaient engagés à libérer les prisonniers politiques, une forme de souveraineté et d’autodétermination non autorisée. Aujourd’hui, Sa’adat et ses camarades demeurent dans les prisons israéliennes, poursuivant leur lutte pour la libération. Alors que le peuple palestinien a rejeté la collaboration, Oslo a fait de la collaboration un mandat directeur de l’existence même de l’AP.

Oslo et la répression politique et économique internationale

La répression politique des Palestiniens en dehors de la Palestine est également intimement liée à Oslo ; le président américain Bill Clinton a publié un décret listant les organisations de résistance palestiniennes et libanaises qui ont rejeté Oslo comme « terroristes » en janvier 1995, notant qu’elles « menacent de perturber le processus de paix au Moyen-Orient ». Cette décision a été suivie peu après par la loi antiterroriste et la peine de mort effective de 1996, qui a créé la législation de « soutien matériel » utilisée pour persécuter les Palestiniens aux États-Unis. Elle n’a été renforcée que par le Patriot Act et la législation répressive de l’après-11 septembre et utilisée dans la persécution des prisonniers politiques palestiniens comme les cinq de la Holy Land Foundation.

Ces « listes de terroristes », ces désignations et cette législation ont été vendu dans le monde entier après 2001 par les États-Unis et adoptées sous diverses formes par le Canada, l’Union européenne, le Royaume-Uni et d’autres pays. Bien sûr, les Palestiniens n’ont jamais été à l’abri de persécutions de la part des puissances impérialistes, mais la législation « anti-terroriste » de l’après-Oslo a encore institutionnalisé ces persécutions tout en criminalisant spécifiquement et en qualifiant de « terroriste » le rejet du projet d’Oslo.

En outre, les aspects économiques d’Oslo ne doivent pas non plus être ignorés ; cet accord s’est accompagné de corollaires, tels que le protocole de Paris, qui lient de plus en plus étroitement l’économie palestinienne occupée à la colonisation et au contrôle israéliens. Les Palestiniens à l’intérieur de la Palestine occupée ont été liés de force au marché israélien, avec de lourdes restrictions sur le développement économique indépendant. Dans le même temps, des projets d’aide coercitifs et hégémoniques ont été utilisés pour remplacer le développement, pour ensuite être assortis de « conditions » toujours plus larges, comme la dernière imposition par l’UE d’un « financement conditionnel » aux ONG palestiniennes, contrôlant et subjuguant ainsi l’expression politique et le développement palestiniens. Alors que la grande majorité des Palestiniens ont massivement souffert sous Oslo, une mince couche d’agents de l’AP – et donc de l’occupation et de l’impérialisme – en ont profité en tant que « classe d’Oslo ou secteur d’Oslo ».

Mettre fin à Oslo : En avant vers la libération !

Le peuple palestinien continue de résister à la colonisation, à l’occupation et à l’oppression sous toutes leurs formes, et continue de se tenir en première ligne contre l’impérialisme, malgré les effets dévastateurs et le poids important du projet d’Oslo. En ce 27e anniversaire du projet d’Oslo, celui-ci reste le cadre général de la division et du contrôle de la Palestine par les impérialistes et les sionistes et la voie de normalisation des régimes réactionnaires arabes. Afin de progresser vers la liberté des prisonniers palestiniens, le retour des réfugiés palestiniens et la libération de la Palestine de la mer au Jourdain, le projet d’Oslo doit être renversé et rejeté de manière décisive.

C’est une tâche essentielle du mouvement de libération de la Palestine aujourd’hui, mais le peuple palestinien n’est pas seul dans ce projet. Partout dans le monde, il est essentiel d’intensifier la campagne de boycott contre les produits israéliens, les institutions culturelles, les établissements universitaires et les entreprises complices, et de lutter contre la reconnaissance et la normalisation d’un projet de colonisation de peuplement raciste en Palestine occupée. Le boycott d’Israël est contraire au processus d’Oslo.

En outre, ce cadre a été dicté par l’impérialisme. Résister à l’impérialisme, y compris à ses sanctions contre les nations de la région qui rejettent la normalisation, est essentiel pour se tenir aux côtés de la Palestine et de son peuple. Les prisonniers palestiniens, les réfugiés palestiniens, les classes populaires palestiniennes – tous sont exclus dans le cadre d’Oslo. Au contraire, ce sont ces forces qui ont dirigé et continuent de diriger le mouvement de libération de la Palestine et qui guident l’organisation et la lutte pour la libération de la Palestine.

Nous invitons tout le monde à nous rejoindre dans les Journées d’action pour le retour des Palestiniens et les droits des réfugiés du 18 au 26 septembre, et lutter pour affronter la normalisation en militant et en s’organisant pour la libération.