A Paris, week-end de mobilisation pour la libération de Georges Abdallah et en soutien à la résistance palestinienne

Ce samedi 18 juin fut une journée intense de mobilisation en solidarité avec Georges Abdallah.

En début de journée, Samidoun Région Parisienne était au marché d’Aubervilliers pour y tenir son stand mensuel. Ce fut l’occasion de rappeler le soutien indéfectible que nous portons à Georges Abdallah, et d’informer la population Albertivillarienne sur le sort de ce militant communiste arabe et combattant de la résistance palestinienne emprisonné en France depuis 1984.

https://twitter.com/SamidounRP/status/1538086282915721216

Sous un soleil de plomb, c’est le soutien et l’intérêt porté par la population de la ville qui nous a permis de tenir pendant plusieurs heures. Comme chaque mois, l’accueil fut chaleureux et nombreux ont été les témoignages de solidarité avec le peuple Palestinien. Cette journée fut l’occasion de vérifier quelque chose qui nous a sauté aux yeux depuis les quelques mois où nous sommes sur ce marché : le nom de Georges Abdallah est bien connu des habitants, et malgré la volonté des gouvernements français successifs à ce que son nom soit oublié, il n’en est rien. Il nous apparaît clairement également que malgré une doxa que nous entendons souvent qui soutiendrait que les quartiers populaires sont des déserts politiques, la population d’Aubervilliers porte un soutien sans faille au peuple palestinien, et que l’histoire de ce peuple et de sa résistance est connue par beaucoup. En témoigne également les multiples cartes écrites en soutien aux prisonnières palestiniennes injustement emprisonnées dans la prison de Damon.

Quelques heures plus tard, au départ de Place des Fêtes dans le XXᵉ arrondissement, à l’occasion de la Journée des prisonniers révolutionnaires, s’élançait la manifestation nationale de solidarité avec Georges Abdallah appelée par la Campagne Unitaire pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah et soutenue par plus de 70 organisations.
De nombreuses organisations ont traversé le 20eme arrondissement pour aboutir place de la République. Ainsi étaient présentes notamment : le Collectif Palestine VaincraSamidoun Région ParisienneCollectif Boycott Apartheid -Israël Paris-BanlieueCAPJPO-EuropalestineUJFPAFPSCollectif 69 de soutien au peuple palestinien, Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire, Jeunes Révolutionnaires, NPARévolution PermanenteANCRete dei Comunisti, PIR, OCML VP, FUIQPSecours Rouge InternationalSecours Rouge ArabeFront Anti-impérialiste de TurquieCollectif anti-impérialiste 93, Terre et Liberté pour Arauco

Au départ de la manifestation, une déclaration de Georges Abdallah tout comme l’appel de la Campagne unitaire ont été lu. L’indéfectible révolutionnaire libanais a affirmé notamment : « rappelons-nous Camarades, qu’à plusieurs reprises dans le passé, pas si lointain, les avant-gardes de la lutte révolutionnaire palestinienne ont assumé cette tâche avec beaucoup de courage et d’abnégation obligeant l’ennemi à libérer des milliers des camarades captifs. Certainement la libération des prisonniers révolutionnaires a toujours été un moment de grande effervescence populaire et a toujours nourri et consolidé les liens de solidarité à l’échelle internationale et participé par-là même, de la façon la plus significative, au rayonnement de la révolution palestinienne et à l’enrichissement de la lutte anti-impérialiste /anticapitaliste, aussi bien au niveau national que régional et à plus forte raison au niveau international.

Un vibrant hommage a également été rendu aux camarades décédé·e·s, ayant lutté sans ménager leurs forces pour la libération de Georges Abdallah.

Malgré une météo difficile et un mercure élevé, les groupes présents ont redoublé d’énergie pour que nos voix résonnent jusqu’à Lannemezan. Au rythme de slogans tels que « Vive la lutte armée du peuple Palestinien », « Georges Abdallah, tes camarades sont là », « Palestine Vivra, Palestine Vaincra, Libérez Georges Abdallah », nous avons défilé avec détermination et brandis haut les couleurs de la Palestine. Derrière une banderole commune, un cortège réunissant les Collectif Palestine Vaincra, Boycott Apartheid Israel Paris Banlieue et Samidoun Région Parisienne fermait la marche.

La soirée s’est terminée à la CNT, lors d’un repas collectif suivi d’un concert d’une partie du Grup Yurum.

Le lendemain, le dimanche 19 juin, à l’appel du FUIQP Paris Banlieue, avait lieu une Balade Décoloniale en hommage à la Resistance Palestinienne. Depuis plusieurs années maintenant, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires organise des balades décoloniales pour remettre à l’honneur les luttes des peuples colonisés et contester la mémoire coloniale, dont les symboles et figures célèbres s’affichent ostensiblement dans nos rues et nos villes. Cette année c’est donc la résistance palestinienne et ses figures qui ont été mises à l’honneur, en renommant à leurs noms plusieurs rue et place des XVIIIᵉ et XIXᵉ arrondissements.

Ainsi ont été renommés :
– la place de l’église saint bernard en « Place des enfants Palestiniens martyrs » accompagné d’une prise de parole du FUIQP

– la rue « Charles Lienard de l’Olive » en rue « Shireen Abu Akleh », accompagné d’une prise de parole de BDS France

– la rue  « René Caillé », en rue « Mahmoud Hamchari », où le FUIQP a également pris la parole

– la place «  Joinville » en place « Georges Ibrahim Abdallah », où la Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah a pris la parole

– la rue de Tanger en rue « Fadwa Touqane », accompagné d’une prise de parole de BDS France

– et enfin pour terminer, la rue du Maroc, rebaptisée rue « Ghassan Kanafani », où Samidoun Région Parisienne a pu prendre la parole

Nous retranscrivons ci-dessous l’intervention de Samidoun RP :

Le 8 juillet 2022 marquera le 50e anniversaire de l’assassinat de Ghassan Kanafani, une icône politique et culturelle de la résistance palestinienne et du peuple palestinien. Le 8 juillet 1972, l’écrivain révolutionnaire était assassiné par une voiture piégée placée par le Mossad devant son domicile à Beyrouth, en compagnie de sa nièce Lamees Najm.

Rendre hommage aujourd’hui à Kanafani, c’est célébrer les arts révolutionnaires palestiniens à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. C’est aussi se réjouir des connexions inhérentes entre les soulèvements anticoloniaux et l’esprit créatif, que Kanafani a parfaitement incarné tout au long de sa vie et de sa pensée. Lutter pour la liberté, refuser de succomber à l’asservissement du colonialisme est un processus profondément créatif qui exige la négation et le démantèlement de l’ordre oppressif existant, et la lucidité audacieuse d’imaginer ce qui nous attend après. Il disait : « Pour faire la révolution, il ne suffit pas de haïr et de croire au passé. La haine et la foi dans le passé ne sont de bons stimulants que dans la phase de révolte. Si nous souhaitons mener à bien la révolution, nous devons aimer et nous tourner vers l’avenir « .

Ghassan Kanafani est né le 9 avril 1936 à Akka en Palestine. Exilé de force avec sa famille lors de la Nakba en 48, d’abord au Liban puis en Syrie, il a étudié à l’université de Damas avant d’être exclu pour des raisons politiques. Il a ensuite travaillé comme enseignant au Koweït avant de retourner à Beyrouth pour se consacrer au journalisme et au travail culturel et politique dans le cadre du Mouvement nationaliste arabe, fondé par George Habache. Avec lui et d’autres camarades, il a cofondé ensuite le Front populaire de libération de la Palestine, le FPLP et est devenu un de ses porte-paroles internationaux. Parralèlement à son investissement politique, Kanafani œuvrait à la collectivisation du récit palestinien à travers ses écrits littéraires. Dans ses livres traduits dans plus de 20 langues, il y exprimait la réalité du peuple palestinien, parlait des douleurs de la diaspora et illustrait les sacrifices consentis dans la lutte pour la libération de la Palestine.

Ghassan Kanafani était également un internationaliste engagé. Il considérait que la lutte contre l’impérialisme, y compris au sein des pays impérialistes, était au cœur de la lutte pour la libération palestinienne et arabe. Il disait « L’impérialisme a étendu son corps sur le monde, la tête en Asie orientale, le cœur au Moyen-Orient, ses artères atteignant l’Afrique et l’Amérique latine. Partout où vous le frappez, vous l’endommagez, et vous servez la révolution mondiale. »

L’assassinat de Kanafani le 8 juillet 1972 est une tentative ratée de tuer la résistance en tuant l’écrivain et le leader révolutionnaire car il reflétait la lutte de libération du peuple palestinien. Il était la voix des fedayins dans la lutte armée. Cette politique sioniste visant à liquider la résistance du peuple palestinien en ciblant ses dirigeants est restée un échec. Les mots, les idées, l’analyse et l’héritage de Ghassan Kanafani sont plus pertinents que jamais, 50 ans après qu’il nous ait été volé à l’âge de 36 ans.

Aujourd’hui, dans les prisons de l’occupation, les prisonniers palestiniens lisent collectivement les œuvres de Kanafani et transforment les donjons de l’occupant en écoles de la révolution ! Ses écrits culturels et politiques continuent à éduquer et inspirer des générations de Palestiniens, d’Arabes et d’internationalistes. C’est ainsi que nous faisons nôtres les mots de Kanafani : « La cause palestinienne n’est pas une cause pour les Palestiniens seulement, mais une cause pour chaque révolutionnaire, où qu’il soit, en tant que cause des masses exploitées et opprimées à notre époque. »

Samidoun Région Parisienne tient à remercier chaleureusement les personnes et organisations que nous avons pu rencontrer et avec lesquelles nous avons pu défiler ces deux derniers jours. N’hésitez pas à nous contacter sur nos réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Twitter) ou par mail à samidoun.rp@gmail.com si vous souhaitez participer à nos initiatives, comme nos stands à Aubervilliers ou les envois de lettres de soutien aux prisonnières palestiniennes. Construire ici et maintenant une solidarité anti-impérialiste avec la Palestine participe à soutenir la résistance palestinienne qui continue de se battre pour la libération et le retour. En dépit de plus de 74 ans d’occupation et de dépossession, le peuple palestinien continue plus que jamais son combat contre l’impérialisme, le sionisme et les régimes réactionnaires arabes. A nous de répondre à son appel !