Tareq Matar, jeune animateur emprisonné et ami. Un témoignage personnel

Tareq Matar, jeune animateur emprisonné et ami. Un témoignage personnel

par Thomas Hofland


Durant ces derniers six mois, j’ai beaucoup pensé à mon ami Tareq Matar, arrête par les forces d’occupation israéliennes en novembre 2019 et qui est soumis à de graves tortures. Lors de sa première comparution devant le tribunal militaire israélien, il était poussé dans une chaise roulante, ce fut le choc. Tareq en chaise roulante. Tareq est l’une des personnes les plus fortes que je connaisse, mentalement et physiquement. Alors comment pouvait-il être dans un fauteuil roulant ? Et que pouvais-je faire pour garantir sa liberté.

L’amitié.

Tareq et moi nous sommes rencontrés plusieurs fois en Palestine, alors que je participais à une délégation de solidarité avec des étudiants hollandais et américains. Tareq nous a accueilli les bras ouverts, et son grand sourire. Il nous a fait nous sentir à la maison et nous a interrogé sur nos propres luttes dans nos pays. Il nous a aussi expliqué l’histoire et la situation actuelle du Mouvement de Libération Palestinien. Il souhaitait mettre en relation toutes ces luttes et unifier nos efforts pour affronter ensemble le colonialisme et le sionisme au niveau international.
Même si nous étions déjà engagé dans le Mouvement de Solidarité avec la Palestine dans nos pays, Tareq a enrichi notre compréhension de la lutte des palestiniens et mis l’accent sur le fait que la meilleure solidarité était de combattre le colonialisme et les forces d’oppression dans nos pays.

Pourquoi fut-il visé ?

Tareq aime parler de politique et encore plus la mettre en pratique. C’est ce qui nous ramène à l’histoire de son arrestation. L’occupation israélienne cible toujours les palestiniens qui résistent à la colonisation et l’occupation israélienne. En tant qu’animateur jeunesse et organisateur, Tareq représente une soi-disant « menace pour la sécurité » d’Israel. N’est-ce pas le monde à l’envers ?
Il s’agit d’une puissance coloniale qui emprisonne, torture et tue des milliers de palestiniens chaque année, une puissance qui vole la terre palestinienne, démolit les habitations et refuse aux réfugies leur Droit au Retour. Clairement, c’est la colonisation et l’occupation israélienne qui sont des menaces à la sécurité ! Et cette menace est très grande pour les personnes qui, comme Tareq Matar, résistent à la colonisation et à l’occupation.
Après son arrestation en novembre 2019, Tareq fut amené au centre d’interrogation Moskobiyeh ou il fut maintenu pendant environ 30 jours. Durant ses interrogatoires, il fut torturé selon les techniques du Shin Bet1 , dans la « position banane2 », qu’il est censément illégal d’utiliser contre les prisonniers Palestiniens depuis 1999. Cette position à provoqué des douleurs intenses dans son dos et ses articulations, encore aggravées par les passages à tabac infligés par six agents de sécurité. Depuis son arrestation et la torture, il n’a pas été autorisé à voir sa famille et ses avocats.

Etudiants prisonniers et COVID-19

Tareq n’est pas le seul étudiant palestinien emprisonné par les forces d’occupation. Actuellement plus de 80 étudiants de l’Université de Birzeit sont derrière les barreaux, parmi lesquels Mays Abu Ghosh. Et la plupart d’entre eux sont torturés. Comme l’a précisé en décembre 2019 l’association de soutien aux détenus et aux droits de l’homme Addameer, la torture israélienne sur les prisonniers palestiniens « comprend, mais ne se limite pas à des coups violents, privation de sommeil, mise à l’isolement, positions douloureuses, négation des besoins hygiéniques fondamentaux, harcèlement sexuel, menaces et tortures psychologiques intenses comprenant l’utilisation de membres de la famille et/ou d’autres détenus. »

La pandémie actuelle du COVID-19 présente une nouvelle menace pour les prisonniers palestiniens, notamment parce qu’ils manquent de tout ce qui est nécessaire à leur protection. La Campagne pour le Droit à l’Education affirme que « A l’heure ou le monde entier souffre de l’éclosion de l’épidémie, que les gouvernements émettent des règles pour sauver leur peuple, les forces israéliennes d’occupation continuent à perpétrer leur crimes contre les prisonniers palestiniens, et nos étudiants notamment. »

Il faut préciser que les prisonniers palestiniens ont été infectés du Coronavirus par un interrogateur israélien. De plus, les forces d’occupation israélienne ont interdit aux prisonniers l’achat d’au moins 140 des produits de la « cantine » ou du magasin, incluant les produits d’entretien et d’hygiène, et ont supprimé les visites des familles et des avocats. Ils continuent à mettre les palestiniens en grave danger en poursuivant les interrogatoires, en maintenant des détentions surpeuplées et sales et les transferts.

Revenons à Tareq, qui est en ce moment précis retenu dans l’une de ces prisons sales et surpeuplées de l’occupation israélienne. Quand Tareq fut arrêté en novembre de l’année dernière, il se préparait à poursuivre un cycle de doctorat à l’Université de Genève en Suisse. Il est en détention administrative, sans inculpation ni jugement mais sur la base de « preuves » secrètes.

C’est la cinquième fois que Tareq est emprisonné par les forces d’occupation israéliennes. Lorsqu’il fut emprisonné pour détention administrative en 2017, pendant un an et demi, ses élèves l’attendirent en lui écrivant des lettres. Tareq à toujours vu dans leurs yeux l’espoir d’un meilleur avenir et d’une vie décente pour les peuples du monde entier. Tareq entretenait une relation particulière avec ses élèves, pleine de dialogue et d’amour.

J’en appelle à tous ceux qui me liront, de demander la libération immédiate de Tareq Matar et des de tous les prisonniers palestiniens. Le peuple de Palestine à le droit de résister. Et plus Israel pratiquera l’incarcération de masse, la détention administrative et la torture, plus elle sera confronté à la résistance.

Je terminerai par ces mots d’un jeune Hollandais-Palestinien qui à participé à notre délégation solidaire :
« Nous rencontrons souvent des gens qui défendent quelque chose. Ce quelque chose peut être n’importe quoi mais est très incarné dans la présence même de la personne. Lorsque j’ai rencontré Tareq, j’ai tout de suite su qu’il n’était pas quelqu’un d’ordinaire qui avait son opinion et c’est tout. Il dégageait beaucoup de leadership et entrainait tout le monde dans ce qu’il défendait. Son quelque chose à lui, c’est le pouvoir, la justice et l’égalité. Il a un but et se battra pour l’atteindre jusqu’à son dernier souffle. Personnellement, je ne le connais pas très bien. Nous avons parlé rapidement dans la maison ou il nous a amené. Mais il y a une chose dont je suis sur. Le jour ou j’ai rencontré Tareq, j’ai réalisé quelque chose. Le leadership ne s’apprend pas. Il est en soi. Et c’est Tareq qui m’a appris ça. »

Le Réseau de Solidarité avec les Prisonniers Palestiniens Samidoun exige la libération immédiate de Tareq Matar, de tous les étudiants en détention et des 5000 prisonnier.e.s palestinien.ne.s.
En amont de la Journée des prisonnier.e.s palestinien.ne.s, nous appelons tou.te.s les défenseur.seuse.s de la Palestine à nous rejoindre pour une semaine d’action qui démarrera le 10 avril pour la libération de tou.te.s les prisonnier.e.s palestinien.ne.s. Alors que le COVID-19 menace tou.te.s les détenu.e.s du monde, nous devons intensifier la lutte pour leur libération.

1 Shin Bet : Services secrets israéliens
2 « Position Banane » : le dos d’un détenu est penché en arrière sur une chaise, les mains et les pieds menottés ensemble.