Journée des prisonnier·es palestinien·nes 2026 : “Témoignages de la Bataille de Jénine” – Walid Daqqah
Dans le cadre des mobilisations autour de la journée des prisonnier·es palestinien·nes du 17 avril, Samidoun Paris Banlieue vous propose de retrouver des traductions inédites de textes écrits par les prisonnier·es palestinien·nes et déjà disponibles au format papier sur les stands que nous tenons lors des évènements auxquels nous sommes invité·es.
En cette journée des prisonnier·es palestinien·nes 2026, et pour cloturer cette série, après les traductions des textes de Walid Daqqah, Zakaria Zubeidi , Abdel Nasser Issa, Kamil Abu Hanish, Nael Barghouti, Ibrahim Hamed, Nader Sadqa, et le “Séminaire du mouvement des prisonnier·es” nous vous partageons ce livre d’une grande valeur historique du combattant, écrivain et martyr Walid Daqqah. Dans ce livre, Walid Daqqah a reccueilli les paroles de ses camarades combattants incarcérés après leur lutte héroique dans le camp de Jénine face à l’armée sioniste, en 2002 lors de l’Intifada d’Al Aqsa.
En quelques mois, Abu Milad a pris soin de réunir ces témoignages, documentant avec précision chaque instant de la bataille menée par ces résistants. Il était important pour nous de vous proposer la traduction française de ce livre, à l’heure où à Gaza, Nour Shams, Jenine, et jusqu’au sud Liban, des résistants continuent de mener des batailles acharnées contre les forces d’occupation. À la lecture de ces lignes, nous ne pouvons que penser à la résistance de ces hommes, qui continuent de lutter, dans les tunnels et les ruines de Gaza, face à une armée génocidaire équipée et financée par les puissances impérialistes occidentales. Nous ne pouvons que revoir ces images de résistants brisant le blocus de Gaza, évoluant en habits du quotidien dans une Gaza dévastée, pieds nus, se frayant un chemin en déjouant la surveillance des drones et des avions de reconnaissances sionistes et britanniques. Nous ne pouvons que nous souvenir du leader, combattant et martyr Yahya Sinwar, luttant jusqu’à son dernier souffle aux côté de son peuple et supervisant les opérations de terrain au plus près de l’ennemi.
Ces témoignages illustrent une bataille emblématique de la lutte de libération nationale palestinienne. Ils documentent ces instants où les combattants du camp ont unis leurs forces, sous un commandement unifié, sans considération factionnelle, pour défendre leur peuple et leur terre. Où des membres des services de sécurité de l’AP ont désobéis à leur hiérarchie et ont aligné leurs fusils avec ceux de leurs frères des brigades de résistance en refusant de tirer un trait sur leur dignité et accomplissant leur devoir national. Ils documentent la solidarité et l’aide active et matérielle des habitants du camp aux résistants, leur ouvrant les maisons, leur permettant de trouver refuge et de construire un réseau de tunnel pour circuler à couvert.
Pour toutes ces raisons là et toutes celles que nous avons oubliées, nous sommes fier·es de vous proposer la traduction ci dessous. Cette série touche aujourd’hui à sa fin, mais nous continuons notre travail de recherche et de traduction des textes écrits par les prisonnier·es palestinien·nes depuis les prisons où après leur libération.
PS : Cette traduction a été faite par des militant·es, en utilisant des outils de traduction automatique, et comporte forcément des erreurs. Nous en sommes désolé, et vous invitons à nous contacter à cette adresse si vous êtes arabophones et souhaitez nous aider à traduire des textes de l’arabe au français : samidoun.rp@gmail.com
Avant-propos
Il s’agit d’un ouvrage unique, rédigé par l’un des prisonniers détenus depuis le plus longtemps dans les prisons de l’occupation, d’après les récits de ses nouveaux camarades de détention, combattants de la bataille du camp de Jénine capturés après s’être battus pour défendre le camp jusqu’à la dernière cartouche. Il s’agit donc d’un document vivant et authentique qui relate ces événements jour après jour, en détail et sous tous les angles : les affrontements militaires, les tactiques de l’ennemi, celles de la résistance, les armes utilisées, les relations avec les habitant·es du camp, les relations avec les médias, etc.
Le prisonnier chevronné, Walid Daqqah, a su recueillir ce témoignage avant qu’il ne s’estompe et ne tombe dans l’oubli. Il estimait qu’il fallait le consigner au plus vite, sans attendre, car le temps influence inévitablement la manière dont l’Histoire est racontée, aussi impartiaux et justes que nous soyons.
C’est pourquoi ce livre est véritablement fondamental. Car il nous permet d’examiner en détails et avec sérieux la bataille du camp de Jénine et d’en tirer ses leçons.
Il ne s’agit pas là d’enseignements locaux, qui ne concerneraient que la situation palestinienne, mais plutôt des enseignements généraux liés à la possibilité d’une guerre urbaine au cours du XXIe siècle. Et si cette grande bataille était sur le point d’être oubliée après la guerre menée par les États-Unis contre l’Irak, au cours de laquelle les villes se sont effondrées comme des châteaux de cartes, ce livre vient en raviver l’esprit, en affirmant que l’esprit de résistance des combattants et des habitant·es du camp ont été les fondations de cette bataille.
À l’aide d’engins explosifs improvisés, le camp de Jénine a tenu bon avec une incroyable résilience, ouvrant la voie à la reconstruction de la légende d’une ville invincible et résistante.
Il est vrai que le petit camp a fini par être écrasé, mais pas avant d’avoir transmis son message : que les légendes de Stalingrad, de Beyrouth et d’autres pouvaient être ravivées, si la volonté de se battre et de persévérer était présente et existait.
Il est regrettable pour le camp de Jénine que la chute de Bagdad soit survenue quelques semaines seulement après la fin de sa bataille. Son message semblait en décalage avec son époque et irréaliste. Mais ce n’était qu’un coup du sort. C’est la volonté du peuple de persévérer, l’esprit de résistance, qui est finalement déterminante. C’est ce que le camp a prouvé. C’est ce que Bagdad a prouvé, à l’inverse, quelles que soient les circonstances, ce dont tout le monde est conscient.
C’est pourquoi il est essentiel de transmettre et de diffuser l’exemple incarné par ce camp afin de raviver l’esprit de résistance dans toute la région arabe en cette période de nouvelle occupation. Il s’agit là, pour le moins, d’une mission nationale et panarabe.
Cet ouvrage constitue une tentative dans ce sens. Ce n’est donc pas qu’un livre, mais un véritable engin explosif contre l’esprit de défaite et de capitulation qui règne dans tout le monde arabe.
J’ai lu ce livre avec un immense plaisir et un profond étonnement : un plaisir né des entretiens minutieux et captivants menés par le combattant Walid Daqqah et ses compagnons d’armes du camp de Jénine, et un étonnement face au peu d’informations que nous avions au sujet de cette grande bataille
L’heure n’est pas encore venue d’écrire une histoire complète et détaillée de cet épisode, mais sans ce livre, il ne nous serait pas possible de nous atteler à cette tâche dans le futur, sans avoir posé les bases nécessaires à sa réalisation. Quant à ceux qui sont épuisés par des défaites successives, le jour viendra où ils réaliseront l’importance de cette bataille qui a placé des combattants ordinaires comme Abu Jandal et ses camarades, qui n’ont pas été formés dans des écoles militaires, sur un pied d’égalité avec des personnes qui méritent d’être mentionnées dans l’histoire militaire mondiale.
Et dans la rue palestinienne, abasourdie par la chute rapide de Bagdad, les gens se souvenaient, chaque fois que des vagues de désespoir les assaillaient, du « camp de Jénine ». Leur voix intérieure leur disait : « Nous avons tenu bon là-bas avec des fusils et des engins explosifs improvisés, et nous en sommes fiers. »
Ainsi, le « camp de Jénine » les aidait à tenir bon et les encourageait à poursuivre la confrontation. Il n’y a pas de mission plus grande que celle-là.
Enfin, nous précisons que les auteurs de ces témoignages les ont relus après leur impression et ont donné leur consentement écrit à leur publication, que les informations qu’ils contiennent sont connues des autorités israéliennes, et qu’aucune information inconnue n’a été incluse dans ces témoignages.
Zakaria Mohammad
Rédacteur en chef de la série « L’expérience palestinienne »
Les combattants de la résistance survivants du camp de Jénine livrent leur témoignage afin d’offrir une ressource aux chercheurs et un compte rendu écrit à l’intention des militants.
Ils s’expriment pour la première fois afin d’empêcher que des couches de mythesne s’accumulent sur cette expérience d’un souvenir à l’autre, et pour libérer cette expérience de ceux qui s’en sont emparés en chantant ses louanges tout en s’y opposant dans les faits, ainsi que de ceux qui l’ont réduite à un simple slogan. Il s’agit d’un document qui n’a jamais été publié auparavant.
Beaucoup a été écrit sur ce qui s’est passé à Jénine, mais personne n’a interrogé les combattants de la résistance. C’est précisément ce qu’a fait leur codétenu, le militant et intellectuel Walid Daqqah, qui purge une peine de prison à perpétuité depuis 17 ans.
Il y a une distance que nous maintenons lorsque nous écrivons entre l’événement, le sujet, et nous, une distance de temps, de lieu, et même d’état psychologique, et il y a donc aussi une distance entre ce que nous écrivons et ce sur quoi nous écrivons. Nous ne pouvons pas écrire sur la mort, la faim ou la peur tout en vivant ces états au même moment. Peu importe l’honnêteté de notre écriture et la manière dont elle interagit avec l’événement ou l’état, elle ne peut pas être équivalente à l’état. Personne n’écrit avec l’encre de ses intestins sur la faim, et personne n’écrit avec son sang sur le meurtre et la mort. Ne croyez pas ces exagérations, car elles ne sont que des tentatives rhétoriques pour nous rapprocher, dans notre écriture, de ces états ou pour nous en approcher autant que possible.
Mais vous n’aurez jamais faim en lisant des textes sur la faim, et vous ne mourrez jamais ni n’aurez peur en lisant des textes sur la peur. Si tel était le cas, vous ne liriez pas, à moins d’être masochistes ; or, tant que vous lisez ce genre de textes avec voracité ou pour le plaisir, vous êtes tout au plus des sadiques.
Écrire sur la détention (l’emprisonnement en tant qu’état de privation de liberté), diffère en ce sens de la mort, de la peur ou de la faim. Vous pouvez écrire sur votre liberté volée et l’expérience de la captivité tout en étant captif, pour vivre l’instant et le décrire en même temps. La privation de liberté me confirme que cette dernière est moins essentielle que l’existence physique d’une personne menacée par la mort ou la faim. Le dicton selon lequel l’homme ne vit pas seulement de pain entre en conflit avec celui qui dit qu’il n’y a pas de Torah sans farine. Lorsqu’il est possible d’écrire sur la perte de liberté au moment même où elle survient, cela signifie que l’écriture sera plus précise et plus proche de la réalité. Ecrire à la fois dans et sur cette condition est possible parce que l’écriture est un état d’évasion hors des murs de la prison où la conscience s’extirpe des cellules, alors que nous en sommes prisonniers.
En ce sens, écrire et vivre cet état revient à faire l’expérience de la liberté et de sa perte : des états conscients, mentaux ou intellectuels qui s’expriment par l’écriture ou la parole, distincts de l’état physique du corps emprisonné, isolé du monde extérieur. La perte de liberté ou sa présence ne constituent pas un statut juridique. Selon mon statut juridique, je suis un prisonnier qui ne peut rejoindre son lit qu’en franchissant huit portes différentes. Ces portes sont fermées depuis 17 ans, et malgré tout je n’ai jamais cessé de les rejeter, ainsi que toutes les manifestations de ma condition de prisonnier. Il ne s’agit pas ici d’une déconnexion de la réalité, mais plutôt d’un rejet de celle-ci. Un rejet construit et fondé sur la conviction que cet état ne peut constituer ma seule et unique réalité. C’est une vie que je vis, mais ce n’est pas la vie. Tout au long de ces années de captivité, j’ai essayé d’élargir le champ de ma liberté, et les moyens d’élargir ce champ sont nombreux. La lecture est une transition vers un monde autre que celui de la prison. La télévision est un moyen important, mais c’est un moyen facile et rapide qui perturbe l’imagination humaine naturelle. Il suffit d’appuyer sur un bouton de la télécommande et d’avoir une paire d’yeux pour suivre ce qu’il se passe à l’écran. S’échapper hors des murs grâce à l’imagination naturelle requiert des capacités mentales et consiste en un jeu intellectuel particulierement agréable. Contrairement à la télévision, c’est vous qui choisissez la scène et ses développements. Vous la choisissez en fonction de vos besoins et de vos désirs.
Le roman se situe entre la télévision et l’imagination libre. Il prend la forme d’une scène initiale, mais c’est vous qui la développez et y ajoutez ce que vous voulez et comme vous le voulez. La liberté, dans ce sens, n’est pas de l’imagination ou de la fantaisie, mais plutôt une réalité cérébrale que vous décidez et que vous poussez un peu plus loin si vous le souhaitez.
L’écriture est la première étape pour transformer la liberté imaginée en réalité. Au commencement, il y a les lettres et les mots, puis les idées et les actions concrètes. La liberté, en tout cas, n’est pas un état d’esprit, comme décrit par Ahmed Shawqi : « Sois beau et tu verras toute la beauté de l’existence. » Mais en même temps, elle n’est pas régie par la réalité matérielle. C’est peut-être l’essence de la condition humaine, avec sa nature mercurielle ou gazeuse, insaisissable et insidieuse. Combien sont ceux qui vivent hors des murs, mais dont la liberté leur échappe leur glissant des mains, finalement coincés dans des prisons étroitement contrôlées.
Je suis le prisonnier Walid Nimr Daqqah, citoyen palestinien “d’Israël”, âgé de 48 ans, né à Baqa Al-Gharbiya en 1961. Au début des années 1980, mes camarades et moi, tous issus des territoires palestiniens colonisés en 1948, avons rejoint les rangs de l’une des factions de la révolution palestinienne (le Front populaire pour la libération de la Palestine). Nous étions organisés en une petite brigade de sept membres, dont trois provenaient des villages d’Al-Jalil et quatre de la région du Triangle. En 1984, trois membres du groupe ont été sélectionnés pour suivre une formation militaire et de sécurité, afin de former et de superviser par la suite un appareil militaire opérant à l’intérieur d’Israël.
Cette cellule était dirigée par le martyr camarade Ibrahim Al-Ra’i, originaire de la ville de Qalqilya, qui a été arrêté et assassiné par les forces d’occupation dans les cellules de la prison coloniale de Ramla. L’administration pénitentiaire a prétendu qu’il s’était suicidé. Je faisais partie des trois personnes choisies, et il a été décidé de nous envoyer secrètement en Syrie avec de faux passeports, après que nous eûmes voyagé dans différents pays européens où nous avions fait escale pour obtenir nos papiers et une nouvelle identité. En effet, la formation nécessaire nous a été dispensée dans l’un des camps du FPLP en Syrie, près de la frontière jordanienne, a duré environ un mois, au cours duquel j’ai suivi diverses formations sur les armes légères et les explosifs, en plus d’un cours théorique sur la manière de collecter des informations.
C’est là que j’ai rencontré le responsable de la branche des Territoires occupés à l’époque, Abu Nidal, qui a clairement indiqué dans son discours que notre mission en tant qu’appareil militaire pouvait se résumer en trois points :
Le premier consistait à recueillir des informations sur les dirigeants et les responsables israéliens impliqués dans les événements au Liban en général, et dans le massacre de Sabra et Chatila en particulier. Le deuxième consistait à mener des opérations militaires visant à éliminer ces responsables, et le troisième à enlever des soldats afin de les échanger contre des prisonniers palestiniens et arabes détenus dans les prisons israéliennes. J’ai travaillé avec les membres de l’appareil pendant environ deux ans jusqu’à mon arrestation en 1986, accusé d’avoir enlevé et tué un soldat israélien, et condamné à la prison à perpétuité, dont j’ai passé 17 ans à ce jour.
Les ravages causés par l’invasion sioniste du Liban, en particulier le massacre de Sabra et Chatila, ont eu un impact profond sur moi et sur de nombreux jeunes Palestiniens à l’intérieur de la soi-disant Ligne verte. Ce climat nous a poussés à rejoindre les factions de la résistance palestinienne pour tenter de résoudre la contradiction vécue par les citoyens arabes en Israël, une contradiction que notre génération a vivement ressentie en raison des traumatismes causés par la guerre. Je pense que cette contradiction est également vécue de manière intense par les jeunes d’aujourd’hui, compte tenu des crimes de guerre commis par l’occupant contre le peuple palestinien dans les territoires occupés. La contradiction qui existait et qui existe toujours entre notre appartenance au peuple palestinien et le fait de porter l’identité nationale arabe avec ses préoccupations et ses rêves, ses espoirs et ses souffrances, et le fait de détenir la citoyenneté israélienne qui nous permet légalement de rester dans notre patrie, sur notre terre, et en tant que citoyens d’un État qui se définit comme l’État des Juifs. Face à cette contradiction, nous avons alors opté pour notre identité palestinienne et arabe en rejoignant les factions de la résistance, à une époque où nous n’avions aucune dimension politique, théorique, ni même juridique qui nous aurait permis d’apaiser cette contradiction par la lutte entre notre affiliation nationale et nationaliste et notre citoyenneté. Cependant, cette décision de notre part, qui peut constituer une solution individuelle possible, n’est pas une solution pour tout un peuple et n’est pas une solution pour les 1 200 000 citoyens arabes d’Israël. Les choses se sont embrouillées pour nous et nous ne savions pas comment aborder les concepts de citoyenneté et de nationalisme, et aucun parti ou force politique arabe ne nous a fourni une compréhension ou un cadre qui nous aurait laissé une marge de manœuvre suffisante pour lutter, grâce à laquelle nous aurions pu, d’une part, préserver notre identité nationale et exercer notre devoir national et, d’autre part, maintenir notre existence, nous enraciner sur notre terre et revendiquer sérieusement notre pleine citoyenneté.
Nous croyions, comme les théories des forces et des partis arabes et juifs tentaient de nous en convaincre, que nous devions choisir entre la citoyenneté et l’identité nationale. Aujourd’hui, cependant, nous pensons que choisir une option en éliminant l’autre, dans notre situation de minorité nationale et compte tenu d’une réalité politique et juridique au caractère complexe, revient à perdre les deux options. Que signifie la citoyenneté au détriment de l’ identité nationale ? Cela signifie une citoyenneté fragmentée, une citoyenneté incomplète qui mendie des droits sans en obtenir la moindre miette, et cela signifie aussi l’israélisation. Que signifie faire un choix, comme nous l’avons fait dans notre cas, en faveur de l’adhésion à l’une des factions de l’OLP ? Cela signifie perdre la citoyenneté, et perdre la citoyenneté dans notre cas, en tant qu’Arabes en Israël, signifie l’exil et la perte de la patrie. Cela signifie même fournir le climat théorique et les justifications pour le transfert, ainsi que la confiscation supplémentaire de nos droits en tant que propriétaires originels de la terre. Comme je l’ai dit, cela pourrait être utile pour résoudre les contradictions entre les individus, mais cela ne peut constituer un projet de lutte pour la minorité nationale arabe en Israël, surtout après que les accords d’Oslo ont ignoré ce secteur du peuple palestinien, et nous ont même ignorés, nous qui avons rejoint les rangs de la résistance palestinienne, car la question de notre libération, comme celle de tous les autres combattants, a été considérée dans le cadre des accords d’Oslo comme une question qui n’avait rien à voir avec le négociateur palestinien, mais qui relevait plutôt d’une affaire interne israélienne.
Après la signature des accords d’Oslo et l’émergence du Parti de l’Assemblée nationale démocratique en tant que parti nationaliste arabe démocratique doté d’un projet intellectuel et politique ancré au cœur de la réalité complexe des Palestiniens vivant en Israël, un certain nombre de prisonniers et moi meme avons rejoint ses rangs après que ce parti eut développé une idéologie politique avec son slogan fondateur – un État pour tous ses citoyens – et élargi le champ de la lutte politique nationale démocratique pour nous, pour les Arabes en Israël et pour les jeunes générations, sans qu’il soit nécessaire de compromettre notre identité nationale et ethnique, ni de mettre en péril ou de menacer notre citoyenneté. Le Parti du Rassemblement, grâce à sa pensée politique, nous a permis de mieux comprendre le nationalisme et la citoyenneté, car il n’y a pas de séparation entre les deux parties de cette équation : l’identité nationale et la pleine citoyenneté. Il a ouvert la voie à la lutte contre le sionisme sur son propre terrain, révélant sa crise historique et la profondeur de la contradiction entre le caractère juif de l’État et sa démocratie à une époque où de nombreuses voies de lutte sont fermées aux jeunes Palestiniens et Arabes. Mon adhésion au Parti du Rassemblement n’était pas une adhésion à un programme et à un projet marqués par la stagnation, la fuite et la paresse, mais plutôt une adhésion caractérisée par la lutte et le travail, qui va au-delà des questions relatives à la minorité nationale arabe en Israël, et qui se traduit par un attachement et un sentiment d’appartenance plus forts à notre peuple arabe palestinien, ainsi qu’à ses enjeux et revendications nationales.
Je n’ai pas eu l’occasion de faire des études universitaires, car j’ai intégré le marché du travail dès la fin de mes études secondaires en 1979, où j’ai travaillé sur des chantiers de construction, dans des restaurants et des hôtels à Tel-Aviv. Les années de détention m’ont donné l’occasion d’étudier par moi-même, et même de vivre une expérience pratique rare en participant à ce que je considère comme les fronts de résistance les plus difficiles et les plus ardus, où, compte tenu des arrestations massives pendant la première Intifada palestinienne, il a fallu réorganiser et remanier les rangs de cette armée palestinienne, qui comptait alors plus de 13 000 détenus. Ce fut l’occasion de transmettre ce que j’avais acquis en termes d’études et de compréhension théorique en partageant avec ces jeunes ce que j’avais appris de la première génération de prisonniers ayant passé de longues années en captivité, comme le martyr Omar Al-Qasim, décédé en prison après y avoir passé près de 20 ans en raison d’une maladie incurable. Pour moi, m’inscrire à l’Université ouverte de Tel-Aviv, où j’ai obtenu une licence en sciences politiques et où je m’efforce actuellement de terminer mes études de master sur des thèmes liés à la démocratie, a été une tentative de me doter d’outils de lutte parallèlement à mon expérience pratique et quotidienne, et même face à la nécessité de me préserver de l’érosion psychologique et morale causée par ces longues années d’emprisonnement qui m’enlèvent chaque jour un peu plus de moi-même. J’essaie de compenser cela en étudiant et en communiquant avec notre peuple depuis l’intérieur des cellules. Le plus grand danger auquel le mouvement national des prisonniers pourrait être confronté est que ses membres se concentrent uniquement sur leurs préoccupations personnelles, vivant le calvaire de la captivité et de la privation de liberté, et devenant comme des patients obsédés par leur maladie et leurs maux au lieu de se concentrer sur la réalité de leur peuple, ses préoccupations et ses problèmes. Dans ce cas, les combattants deviennent un sujet de préoccupation au lieu d’être les porteurs de la cause nationale, et une masse vide au lieu de représenter l’élite de la lutte et de la résistance. Fort de cette compréhension, j’ai abordé avec mon compagnon et ami, le Dr Azmi Bishara, la nécessité de documenter l’expérience de la vaillante Intifada palestinienne et de la résistance au camp de Jénine.
Il a consacré son temps, ses efforts et ses relations à faire entendre la voix de ces combattants, et a fourni tout le nécessaire pour publier leur récit d’une manière à la hauteur des sacrifices consentis par les martyrs et les blessés, afin que le citoyen arabe puisse le découvrir à la source. La publication du récit de la résistance palestinienne dans le camp de Jénine, à travers les voix mêmes des combattants de la résistance, empêche qu’il ne soit déformé ou exploité par ceux qui l’ont renié dans le feu de l’action. Aujourd’hui, on entend certaines de ces voix parfois diffamer la résistance et d’autres fois l’exploiter à leur propre profit, alors que la résistance est innocente de ces deux choses. De plus, la publication de ce récit défend l’idée de la résistance et, par conséquent, le moral des combattants de la résistance face à la campagne d’incitation féroce lancée après le 11 septembre, visant à qualifier la lutte nationale palestinienne de terrorisme.
Israël, qui démolit des centaines de maisons, déracine des arbres, tue, déplace et arrête des milliers de prisonniers, agit à une échelle qui, selon la conception et la mentalité de ses généraux, dépasse ses besoins réels en matière de sécurité. Cependant, il est pleinement conscient que la bataille n’est pas militaire, mais qu’il s’agit plutôt d’une bataille pour le moral qui protège la résistance en tant qu’idée, et les combattants de la résistance, en tant que porteurs de cette idée et qui constituent un défi moral, et qu’Israël veut accabler de soucis personnels et de blessures qu’il inflige à leurs familles. En effet, l’administration pénitentiaire, en collaboration avec son ministre de la Sécurité intérieure, s’efforce depuis peu de resserrer l’étau sur le mouvement des prisonniers afin de transformer la vie de ces derniers en un enfer insupportable, de sorte que, comme je l’ai mentionné, il ne soit pas possible aux combattants de communiquer avec leur peuple au sujet de leurs problèmes et de leurs préoccupations. Israël a épuisé tous ses plans militaires, mais ses généraux se rendent compte que le moral du peuple palestinien reste élevé et défie les assauts militaires. C’est pourquoi le moral des prisonniers, en tant que noyau dur de la résistance, est la cible principale. Publier le récit des prisonniers de la résistance du camp de Jénine et maintenir la communication avec leur peuple et la nation arabe ne renforcera pas seulement leur détermination et préservera la mémoire de la lutte, mais préservera également les combattants de la liberté en tant que valeur nationale et morale.
Nous pensons que ces témoignages fourniront sans aucun doute aux chercheurs et aux historiens des éléments importants qui leur permettront d’analyser objectivement le parcours de la résistance et de l’Intifada, et d’en mettre en lumière les faiblesses et les forces. Le lecteur découvrira également à quel point ce peuple et cette résistance font preuve d’une disposition au sacrifice, d’un esprit de générosité et d’un courage sans pareil. À mesure que sa fierté et son honneur grandissent face à ce tableau, l’Arabe ne cessera de se poser la question : combien de temps cette plaie nationale et humaine continuera-t-elle de saigner ? Et pourquoi la juste cause palestinienne ne triomphe-t-elle pas malgré tous ces sacrifices ?
Walid Daqqah
Témoignage de Hajj Ali Al-Safouri
Ali Suleiman Al-Saadi, ou comme l’appellaient ses camarades lors du siège du camp de Jénine, Hajj Ali Al-Safouri, du nom de sa ville natale de Safouriya. Sa famille a été contrainte de quitter ses terres en 1948 lors de la Nakba et s’est installée dans le camp de réfugié·es de Jénine.
Hajj Ali était l’un des principaux leaders lors des affrontements dans le camp et l’un des 27 combattants de la liberté assiégés, puis capturés après que les bulldozers, les avions et les chars de l’armée sioniste eurent détruit la plupart des maisons et des quartiers du camp de Jénine.
Hajj Ali, comment souhaites-tu que je m’adresse à toi ? Ali Al-Saadi, Ali Al-Safouri ou Hajj « Mortier » ?
Honnêtement, je suis fier de tous ces noms car ce sont des marques d’honneur et de gloire, et chacun de ces surnoms est une source de fierté pour moi. Bien sûr, « Hajj » vient du fait que j’ai accompli le Hajj, loué soit Allah, Seigneur des mondes. Mon vrai nom est Ali Suleiman Saeed Al-Saadi, de la famille Al-Saadi. Le surnom « Safouri » vient du fait que je suis originaire de Safouriya. Quant à Hajj « Mortier », cela vient du fait que j’ai été le premier à fabriquer et utiliser un mortier dans le nord, pour attaquer la colonie de « Gedim ». Cette opération a d’ailleurs été un succès.
As-tu suivi une formation militaire… ou possède tu des qualifications militaires ?
En vérité, je n’ai suivi aucune formation militaire. Je me suis formé à partir de la réalité dans laquelle je vivais, marquée par l’occupation, l’injustice et l’oppression, qui a fait de moi un combattant instinctif. Dès le début des années 70, lorsque j’ai peu à peu pris conscience du contexte dans lequel j’étais amené à vivre, j’ai commencé à résister en utilisant des pierres, puis mon esprit combatif s’est développé et renforcé parce que l’occupation était toujours présente, jusqu’à ce que nous commencions à tirer au mortier. En résumé, je n’ai pas reçu de formation militaire, et je suis, en fait, serrurier spécialisé dans les portes et les fenêtres, et c’est mon métier principal.
Avais tu déjà été arrêté par le passé ?
Oui, j’ai été incarcéré en 1976 pendant un an. Je suis retourné en prison en 1978 avant d’être libéré en 1983. J’ai été d’abord été incarcéré à la prison de Jénine, puis transféré à la prison centrale de Naplouse. C’est là bas que j’ai purgé ma peine.
Je crois que tu étais membre du Fatah, n’est-ce pas ?
Oui, j’étais au Fatah, et ma première arrestation était due à des jets de pierres, à ma participation à des manifestations et le fait d’avoir brandi des drapeaux. C’est à l’issue d’une de ces manifestations que j’ai été arrêté puis incarcéré la première fois en 1976. Après cela, j’ai été arrêté pour possession d’engins explosifs. Après ma libération, j’ai repris une vie normale jusqu’à la signature des accords d’Oslo, en espérant qu’ils apporteraient quelque chose au peuple palestinien. Malheureusement, ils ne nous ont rien apporté, et comme vous le savez, notre peuple s’est soulevé, déclenchant une nouvelle Intifada.
Bien sûr, toute personne libre et honorable qui voit son peuple humilié, agressé et en proie à une politique de destruction, doit se tenir aux côtés de son peuple et résister avec les moyens dont elle dispose. Louange à Allah, Seigneur des mondes, pour Sa grâce et Ses bénédictions sur nous, et nous avons tracé notre parcours selon ce que notre Seigneur avait décrété pour nous.
Racontes nous : Quand vous avez commencé à vous préparer à affronter l’armée sioniste lorsqu’elle assiegeait le camp, que ce soit pendant la dernière invasion ou avant celle-ci. Quelles étaient les forces en présence et quel était le nombre de combattants ?
En réalité, ce n’était pas la seule invasion à laquelle nous avons dû faire face. Vous serez peut-être surpris d’apprendre que notre petit groupe de combattants a affronté ces véhicules militaires à six reprises. Nous avons commis des erreurs lors de chaque invasion. Mais après chacune d’elles, nous, les jeunes combattants qui étions principalement responsables du camp, nous nous réunissions pour analyser la confrontation que nous venions de vivre, en prenant soin de souligner mutuellement les erreurs ou les lacunes commises afin de les éviter la fois suivante.
Toutes les factions participaient-elles à cette évaluation, ou seulement la vôtre ?
Au sein du camp, nous avions aboli les factions… Enfin, nous ne les avions pas complètement abolies, mais il régnait véritable unité nationale à l’intérieur du camp. Chaque organisation continuait à mener des opérations martyre et des opérations militaires à l’extérieur comme elle l’entendait, sans subir la moindre restrictions à l’intérieur. Cette unité nationale au sein du camp visait à nous défendre plus efficacement. Les frères combattants et les responsables se soutenaient mutuellement pour fabriquer des engins explosifs, et nous avons également fait venir des véhicules pour creuser des tranchées afin d’y poser des mines. Il y avait une coopération entre les habitants de Jénine et les habitants du camp.
Tu parles ici du dernier siège…
Oui, du dernier siège…
Tu as évoqué la nécessité de tirer les leçons des erreurs commises lors des cinq invasions qui ont précédé la dernière et de les surmonter. Pouvez-vous nous donner un exemple de ce que vous avez appris de ces cinq invasions ?
Par exemple, nous ne nous attendions pas à ce que l’armée israélienne passe par la ligne Haïfa-Jénine lors de la première invasion, car cette ligne traverse le quartier qui abrite le siège du gouvernorat de Jénine. Cette rue n’entrait absolument pas dans nos calculs, car nous nous attendions à ce que l’armée pénètre chez nous par Wadi Burqin, pour entrer dans le camp depuis les rues Al-Madaris de l’UNRWA et Al-Mushtashfa de Jénine. C’est pourquoi toutes ces rues, en plus d’Al-Jabriyat, avaient été minées avec des engins explosifs au sol. Mais ils n’ont emprunté aucune de ces routes et sont entrés, comme je l’ai dit, par la route de Haïfa, ont continué vers le quartier, et ont poursuivi leur avancée jusqu’à atteindre le quartier général des Forces spéciales palestiniennes d’intervention rapide. Bien sûr, tout cela n’était pas prévu dans nos calculs, car ils sont arrivés jusque là sans difficulté malgré la présence des forces palestiniennes et de tout le personnel de sécurité et de police. Pendant le raid, je me souviens que le frère Mahmoud Tawalbeh a contourné toutes les décisions prises par la direction présente dans le camp et a attaqué directement le char de l’armée sioniste qui était arrivé devant le quartier général des forces spéciales. Il y a eu une résistance farouche.
De quelle direction parles-tu ? S’agit-il de la direction nationale ?
Oui, la direction nationale est revenue sur sa décision parce qu’il nous était interdit d’entrer dans le quartier général. En tant que résistance, nous ne nous soucions pas de la défense de ces lieux. Nous comptions davantage sur les services de sécurité nationale sur place, car ceux-ci pouvaient assurer la défense de ces points précis.
Vous souvenez-vous qui faisait partie de la direction unifiée de la résistance ?
Toutes les factions palestiniennes y ont participé, et les dirigeants les plus éminents appartenaient aux Brigades Al-Quds, aux Brigades des martyrs d’Al-Aqsa et aux Brigades Izz Ad-Din Al-Qassam. Ils ont tous participé sans exception. Cependant, certains dirigeants avaient une expérience du combat et ont élaboré les plans pour nous. Comme certains de ces noms ne sont toujours pas connus des Israéliens, il serait inapproprié de les mentionner. Parmi les dirigeants et les noms les plus en vue, je me souviens – qu’Allah ait pitié de lui – du frère Mahmoud Tawalbeh et du frère Taha Al-Zubeidi des Brigades Al-Quds, qui m’ont fait l’honneur de pouvoir combattre à leurs côtés. Parmi ceux qui méritent fierté et honneur et qui devraient recevoir des médailles pour leur sacrifice, figure notre frère Abu Al-Jandal. Ce frère avait beaucoup d’expérience et nous avons bénéficié de son savoir. Nous prenions contact avec lui principalement lorsque l’un de nos groupes avait besoin de munitions. Et quand parfois nous lui envoyions des combattants il répondait : « Je n’ai pas besoin de combattants, envoyez-moi simplement des munitions, c’est tout ce dont j’ai besoin… ». Son groupe était chargé de la défense de la partie ouest du camp, par laquelle l’ennemi avait tenté à plusieurs reprises de pénétrer.
Qui composait le groupe d’Abu Al-Jandal ?
Malheureusement, tout le monde croyait à tort qu’ils appartenaient à la Sécurité nationale. Mais le troisième jour du siège, Abu Al-Jandal est venu avec certains des frères, dont un surnommé « la hyène ». Ils sont venus dans mon quartier, le quartier d’Al-Hawashin où je me trouvais. Ils avaient également avec eux un homme des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa et un autre des Brigades Izz Ad-Din Al-Qassam, Mahmoud Al-Hilweh. Ils ont dit : « Nous ne sommes plus membres de la Sécurité nationale. » Ils ont littéralement dit : « Nous avons honte, car nos supérieurs de la Sécurité nationale nous ont ordonné de nous retirer et ne nous ont pas fourni de munitions. Nous sommes désormais de simple combattants, et si vous souhaitez nous accueillir à ce titre, alors sachez que nous appartenons à différentes factions de la résistance. Si vous ne souhaitez pas nous accepter à ce titre, alors acceptez nous comme de simples enfants de notre peuple qui voulons défendre ce camp car nous en sommes les fils. » Nous leur avons dit : « Nous avons le plus grand respect pour vous et nous vous placerons comme une couronne sur nos têtes, et si il vient à vous manquer quoi que ce soit, nous sacrifierons nos vies pour vous. » Nous leur avons prêté allégeance parce qu’ils étaient des membres des factions. Lors de l’invasion, certains d’entre eux – qu’Allah leur fasse miséricorde – sont tombés martyrs, et nous avons été surpris de découvrir que certains étaient affiliés aux Brigades Izz ad-Din al-Qassam alors qu’ils travaillaient pour la Sécurité nationale… et la Sécurité nationale, comme je l’ai dit, n’est pas intervenue. Au contraire, avant l’invasion, ces combattants faisaient sortir clandestinement leurs armes et leurs munitions vers les villages entourant la ville de Jénine.
Pouvons-nous revenir à la période précédant le siège ? Quand ils sont entrés à Ramallah
D’accord, mais je tiens à vous dire qu’il y a eu une supercherie avant cette invasion, et malheureusement, après l’avoir découverte, nous avons diffusé la nouvelle au camp de Balata, mais il était trop tard et les frères combattants qui s’y trouvaient avaient déjà quitté le camp : Les frères nous ont ordonné de retirer tous les combattants de l’intérieur du camp de Jénine.
Qui sont les frères qui vous ont donné cet ordre ?
Tous les dirigeants politiques nous l’ont ordonné… y compris les Brigades Al-Quds, le Jihad islamique, le Hamas et le Fatah… ils nous ont contacté à onze heures… ou plutôt, les appels se sont succédé de dix heures à onze heures, afin que nous nous retirions du camp…
Qui sont ces dirigeants politiques ? Si vous le pouvez, pouvez-vous les citer par leur nom ?
Les dirigeants politiques étaient Atta Abu Rumaila, Cheikh Jamal et Cheikh Bassam. Ils nous ont ordonné de nous retirer, conformément à ce qui avait été convenu entre les mouvements nationaux. Bien sûr, ces personnes n’avaient aucun lien avec les opérations militaires et aucune expérience dans ce domaine. Mais ils s’étaient mis d’accord entre eux pour que nous, en tant que combattants de la résistance, nous retirions. Et en effet, tous les combattants se sont retirés du camp de Jénine.
Quand cela s’est-il produit et à quelle date ?
Cela ne s’est pas produit lors de la dernière invasion, mais lors de celle d’avant qui a eu lieu un mois avant. Malheureusement, nous, les combattants, nous sommes tous retirés du camp. Lorsque nous sommes arrivés dans la ville de Jénine, les services de sécurité préventive nous ont rassemblé et placé dans des lieux qu’ils avaient désignés. J’étais l’un de ceux qui ont été placés dans une maison près de la colonie de « Gedim », qui était très proche, de sorte qu’ils pouvaient nous tirer dessus et nous atteindre avec des balles de M16 alors que nous étions à l’intérieur de la maison. Nous avons compris qu’il y avait une supercherie et qu’il pouvait y avoir également une magouille politique pour permettre à l’armée israélienne d’entrer dans le camp et la laisser communiquer qu’elle l’avait fouillé de fond en comble. Lorsque nous avons compris tout cela, nous avons contacté nos frères de la résistance et de l’armée et leur avons dit qu’ils devaient tous se rendre au camp. Tout le monde, de toutes les factions, est revenu, et les combats se sont poursuivis jusqu’à trois heures du matin. L’armée israélienne a pu avancer depuis la place près de la mosquée jusqu’à l’aurée du camp, mais elle n’a pas pu y entrer car tous les combattants étaient revenus. Voilà ce qui nous est arrivé au camp de Jénine, et cela également s’est produit au camp de Balata, où les jeunes du camp de Balata sont partis et où l’armée israélienne est entrée et a fouillé le camp maison par maison. Si nous n’étions pas retournés au camp de Jénine, ils auraient fait la même chose. C’était l’une des erreurs dont nous avions tiré les leçons avant la dernière invasion. Ils ont tenté de réitérer cette ruse lors de la dernière invasion. Des membres des services de sécurité ont contacté des combattants des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa pour les convaincre de se retirer, en leur disant qu’ils disposaient de lieux sûrs où se réfugier. Cependant, ces dirigeants, qui sont des leaders nationaux et honorables, ont refusé et ont insisté pour rester dans le camp et le défendre ; par la suite, certains d’entre eux sont tombés martyrs et d’autres ont été arrêtés. De manière générale, nous n’avons pas répété les erreurs commises lors des précédentes invasion. Au contraire, nous avons tiré d’autres leçons dont nous avons tiré profit. Par exemple, nous ne nous déplacions pas dans les rues et les ruelles, nous creusions des trous et tunnels entre les maisons, ce qui nous permettait de rester à l’abri. Lors de la dernière invasion, nous avons tendu des embuscades à l’armée à l’intérieur des maisons et dans ces espaces pour les surprendre, et cela a fonctionné, et nous avons pu prendre le contrôle de toutes les zones du camp dès le début.
Quand on vous a demandé de vous retirer du camp lors de l’avant-dernière invasion, qu’avez-vous fait de vos armes ? Vous les a-t-on confisquées ?
Nos armes sont restées en notre possession et nous ne pouvions accepter de nous en séparer. À notre retour, nous les avons ramenées au camp. Bien sûr, les mines terrestres étaient restées en place, car seules les batteries des frères pouvaient les faire exploser. À notre retour, nous les avons vérifiées et les frères étaient prêts et en nombre suffisant pour les faire exploser si l’armée avançait.
Avant l’avant-dernière invasion, la cinquième, et avant l’assassinat du martyr Raed Al-Karmi des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, vous avez envoyé une lettre au frère Abu Ammar, signée par les forces de résistance. Racontez-nous exactement ce qui s’est passé et ce que contenait cette lettre.
C’est exact, j’ai personnellement rédigé cette lettre de ma propre main et voici ce qui s’est passé… Une délégation européenne avait l’intention de rendre visite à Abu Ammar dans le quartier de Ramallah et lui demander de cesser le feu. Les dirigeants palestiniens nous ont envoyé un message nous demandant à nous, les combattants, d’arrêter les opérations militaires, que ce soit dans les territoires de 1948 ou de 1967. Ils nous ont mis dans une situation délicate et nous ont accusés de ne pas nous soucier des intérêts du peuple palestinien. Nous leur avons répondu que c’était tout le contraire, que nous étions les premiers à nous soucier des intérêts du peuple palestinien, et que pour vous le prouver, nous étions prêts à faire tout ce qu’on nous demanderait. Ils ont dit : « Vous devez cesser le feu. » Nous leur avons répondu : « D’accord… » et ils ont dit : « Vous serez arrêtés », nous a-t-on dit. Nous avons donc accepté, et les choses se sont déroulées comme suit : nous avons envoyé une lettre officielle à notre frère Abu Ammar pour lui faire savoir que nous étions de son côté pour demander un cessez-le-feu. Cette lettre a été envoyée et une copie se trouve au siège de la Sécurité nationale de la province de Jénine. La réponse a été que nous devions rester à la Sécurité nationale en tant qu’« invités ». Nous avons accepté. J’étais avec deux frères, l’un nommé Majdi Abu Al-Wafa et l’autre Mohammed Al-Deek, un commandant de la Sécurité nationale. Ils nous ont arrêtés et placés dans un appartement du quartier est de Jénine. Nous avons respecté ce qui avait été convenu et, un jour, nous avons été surpris de voir l’armée israélienne encercler l’endroit où nous nous trouvions. C’était un appartement loué par la Sécurité nationale. Les voisins étaient sur les toits et nous ont dit : « Il y a une jeep israélienne à 20 mètres en contrebas. ». Je ne vous cacherai pas que nous avions pris nos précautions et que nous avions avec nous des appareils de communication et des armes. Nous avons contacté les frères du camp et ils sont venus immédiatement pour affronter l’armée israélienne. À la suite de cela, un jeune citoyen a été tué alors qu’il conduisait un tracteur tirant un réservoir d’eau. Il a été visé par des tirs de l’armée sioniste et tué sur le coup. Fayez Arafat, le commandant en chef du district de Jénine, ayant le grade de général de brigade et chargé de la coordination de la sécurité, s’était rendu le même jour à une réunion avec les Israéliens dans la colonie de « Gedim ». C’est ce qui ressort du témoignage de trois hommes armés à qui l’on avait ordonné de se rendre, à savoir moi-même, Majdi Abu Al-Wafa et Mohammed Al-Deek. À ce moment-là, nous avions quitté la ville de Jénine et la maison où ils nous avaient enfermés. Je me souviens qu’au vu de la violation du cessez-le-feu par Israël, Yasser Atila (1) et un autre journaliste étranger m’ont interviewé et j’ai clairement indiqué qu’Israël était responsable de la reprise des combats. Ils m’ont demandé lors de cette même interview si nous étions toujours attachés au cessez-le-feu, et ma réponse a été qu’il n’y avait plus rien de tel.
Quel était le message dont vous parliez ?
Les dirigeants palestiniens nous ont envoyé un message soulignant la nécessité d’un cessez-le-feu. À la lumière de cela, nous avons tenu une réunion avec nos frères du Fatah et du Hamas, et nous en sommes sortis en convenant que nous nous limiterions, dans nos opérations, à des embuscades et à l’utilisation d’engins explosifs contre des sites militaires de l’armée sioniste. Cela s’appliquait également aux opérations martyres. J’ai transmis notre réponse au président Arafat ; elle comprenait un rejet du cessez-le-feu et la présentation de notre proposition susmentionnée, selon laquelle nous étions prêts à ce que le combat oppose le combattant palestinien au soldat israélien, et demandait au président de le transmettre à l’envoyé américain, Zinni, qui se trouvait dans la région à ce moment-là.
Qui a signé cette lettre adressée au président Arafat ?
Je l’ai signée personnellement au nom des Brigades Al-Quds, affiliées au mouvement du Jihad islamique Palestinien, ainsi qu’au nom du Hamas, qui avait donné son accord de principe, et du mouvement Fatah. Peu de temps après, la réponse israélienne est venue avec l’assassinat de Raed Al-Karmi dans la ville de Tulkarem.
Le cessez-le-feu mentionné dans la lettre incluait-il également l’arrêt des opérations martyres ?
Non, nous n’avons pas parlé d’arrêter les opérations martyres, mais plutôt d’en changer les cibles. Nous avions décidé que ne viserions que les forces de l’armée, les camps de soldats, les patrouilles, etc., et que nous refuserions toute cible non militaire. Permettez-moi de noter ici que je suis convaincu que la majorité de la société israélienne est militariste, et à cette époque, cinq écoliers de Khan Yunis avaient été assassinés.
Ces événements ont-ils précédé l’assassinat de Raed Al-Karmi ?
Oui, et en réponse au martyr de ces 5 enfants, nous avons mené une opération conjointe avec nos frères des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa au cœur d’Afula. L’opération a été menée par le martyr Abdel Kareem Abu Na’sa et le martyr Mustafa Abu Saria.
Les forces de sécurité ont-elles reçu des ordres de la direction palestinienne pour participer à la défense du camp, comme le raconte la version qui a circulé à l’époque, ou existe-t-il une autre version ? Racontes-nous la vérité sur ce qui s’est passé, en détails si possible.
À vrai dire, je n’ai pas connaissance d’ordres ou de décisions émanant des dirigeants palestiniens demandant aux forces de sécurité de participer à la défense du camp. Je me souviens qu’un officier de la Force 21 (2) venait régulièrement au camp pour parler aux jeunes et nous demander ce dont nous avions besoin. Nous lui disions que nous avions besoin de balles et de chargeurs, et qu’il nous en fallait une certaine quantité. Il écoutait, partait, puis revenait peu de temps après pour nous poser la même question. La dernière fois que nous l’avons vu, nous lui avons réaffirmé que nous voulions des balles. Pour votre information, nous demandions des balles pour les combattants de la résistance qui travaillaient dans la Sécurité nationale, pas pour nous-mêmes, car la plupart des combattants de nos organisations sont équipés de fusils M16, tandis que la Sécurité nationale est armée de kalachnikovs, et ces balles ne sont disponibles que pour les services de sécurité de l’Autorité palestinienne.
Bien sûr, cette dernière discussion s’est produit la veille de la dernière invasion. Plus tard, lorsque nous avons appris que l’armée israélienne allait lancer un assaut, nous l’avons contacté, mais il avait coupé tous ses téléphones. Quelle ne fut pas notre surprise quand, deux jours plus tard, nous avons découvert que cet officier et un autre officier chargeaient les armes destinées à être transportées vers le village de « Sir », situé dans le gouvernorat de Jénine. Cette découverte nous a incités à nous rendre au quartier général et à nous diriger vers les entrepôts. Nous n’avons trouvé que deux caisses de balles que nous avons réquisitionné. Le reste des munitions et des armes avait été sorti clandestinement du camp par les services de sécurité. À mon avis, ces armes referont leur apparition après le retrait de l’armée israélienne pour être utilisées contre notre peuple.
Cela signifie-t-il qu’il n’y a eu aucun ordre de ce type ?
Non il n’y eu aucun ordre de ce type, comme en témoigne le fait que le frère martyr Abu Al-Jandal, qu’Allah lui fasse miséricorde, a reçu un appel téléphonique du commandant de district l’informant que lui et son groupe devaient se retirer immédiatement du camp de Jénine. Abu Al-Jandal a refusé, a mis fin à l’appel et a immédiatement cassé son téléphone portable.
Vous avez mentionné que vous disposiez d’armes et de munitions, et qu’avant le siège, vous aviez saisi une autre partie de munitions. Mais comment avez-vous géré les pénuries de munitions, de nourriture et d’eau pendant le siège ?
Tout d’abord, je tiens à souligner que nos moyens étaient modestes : ils se composaient de fusils et d’engins explosifs improvisés (de petits barils de 2,5 à 3,8 cm). Parmi les fusils, il y avait deux Galili, plusieurs M16, plusieurs Kalachnikov et un lance-roquettes, avec seulement trois obus. Quant aux munitions, chaque combattant disposait d’environ dix chargeurs, et nous comptions beaucoup sur les IED. Nous en avions dissimulé dans le sol. Des munitions étaient cachées dans des caches en cas d’urgence et nous les avons utilisées au cours de la bataille. De plus, nous avons pu saisir des armes et des munitions sur les soldats tués lors des affrontements, et lorsque nous nous sommes rendus, nous avions suffisamment de munitions pour tenir encore une semaine.
Quel a été le moment décisif de la confrontation pendant l’invasion ? Y a-t-il eu des défections dans ce contexte ?
Je tiens à préciser d’emblée que nous avions repoussé une incursion dans le camp quelques jours après l’Aïd al-Adha. Quinze jours se sont écoulés entre cette incursion et la dernière, période durant laquelle nous avons travaillé par roulement, un groupe relayant l’autre pour préparer des engins explosifs et prendre d’autres mesures de précaution. Nous étions pressés par le temps et n’avons pas pris suffisamment de temps pour bien organiser nos affaires. Nous avons décidé à ce moment-là de ne remettre des engins explosifs à personne tant que nous n’étions pas certains que les forces israéliennes avaient commencé à se diriger vers Jénine. En effet, dès que nous avons senti que l’armée avait entamé son avancée vers Jénine, nous avons distribué les engins explosifs. Il y avait une pénurie, et pendant ce temps, nous avions posé des mines dans toutes les rues du camp de Jénine. Il s’agissait d’engins explosifs de tailles et de formes variées. Certaines étaient des mines terrestres, que nous utilisions contre les chars et qui fonctionnaient à ressort, et les autres étaient des engins explosifs montés sur le côté. Elles ont été posées sur toutes les routes du camp… la rue Al-Madaris de l’UNRWA, la rue Al-Mustashfa de Jénine, et d’autres zones à l’exception du quartier ouest, où nous craignions que leur détonation ne cause du tort aux habitants en raison de l’étroitesse des passages et de la densité de population.
Ces engins explosifs ont-ils causé des pertes matérielles ou humaines à l’armée israélienne et à son matériel ?
Il s’agissait d’engins explosifs artisanaux, et comme on dit, « une balle qui ne touche pas fait quand même du bruit ». Cependant, lorsque ces engins explosifs ont atteint leur cible, ils ont causé des dégâts, et nous avons réussi à endommager plus d’un char. Par exemple, dans la rue Al-Madaris, nous avons réussi à mettre un char hors d’état de fonctionner, ce qui a provoqué son incendie et immobilisé d’autres véhicules pendant plusieurs heures, jusqu’à ce qu’ils soient retirés. Cet événement a remonté notre moral, sans compter que nous avons su tirer parti du facteur temps en les retardant. Bien sûr, lorsque l’armée s’est rendu compte que sa progression était lente à l’intérieur du camp et qu’elle subissait des pertes, elle a retiré tous les chars et fait venir un démineur qui a fait exploser tous les engins explosifs placés dans la rue Al-Mustashfa, ainsi que dans la rue Al-Madaris. Ensuite, nous nous sommes concentrés sur d’autres types d’explosifs et avons privilégié le combat direct après que l’armée ait pris le contrôle de certaines rues et que nous étions retranchés dans les fortifications.
Pendant le siège, comment avez-vous pu vous procurer des médicaments pour les blessés et de la nourriture pour les combattants ?
Après le neuvième jour, c’est-à-dire après le départ des habitants du camp, nous avons connu une pénurie de nourriture. Nous n’avons rencontré aucun problème tant qu’ils étaient là, car ils nous fournissaient de l’eau et de la nourriture en continu. Après le neuvième jour, nous avons commencé à collecter des cruches d’eau et à les placer dans les maisons que nous traversions afin que les combattants puissent boire, et c’est ainsi que nous avons pu surmonter le problème de l’approvisionnement en eau. Quant à la nourriture, aucun des combattants n’avait d’appétit, car notre principale préoccupation était la victoire ou le martyre. En parcourant le camp, nous avons trouvé des fruits que nous avons distribués aux combattants ; ils sont devenus notre nourriture quotidienne. Je tiens ici à souligner le rôle d’Umm Marwan Al-Washahi, Maryam Al-Washahi, âgée de 50 ans, qui continuait à nous apporter de la nourriture sans relâche, même après avoir vu le corps de son fils enveloppé dans un linceul. Malgré cela, elle a continué à nous apporter de la nourriture jusqu’à ce que les soldats lui tirent dessus alors qu’elle portait de la nourriture sur sa tête, et elle a été martyrisée. Des témoins oculaires affirment que l’armée lui a tiré dessus en sachant qu’elle était une femme.
À quelle date Umm Marwan a-t-elle été martyrisée ?
Le septième ou le huitième jour de l’invasion.
Il y a certaines actions dont vous avez déjà parlé, comme celle d’ Umm Marwan Al-Washahi. Pouvez-vous nous en parler ?
Je me souviens ici d’un des jeunes, appelé Osama Al-Saadi, qui avait en sa possession un engin explosif (4) qu’il s’apprêtait à lancer sur un char qui passait dans la rue. Or, après avoir allumé l’engin, il s’est rendu compte que son ami courait devant le char. Son ami lui a crié de lancer l’engin, mais il a refusé et celui-ci a explosé dans sa main, entraînant son amputation. Nous appelions ces jeunes les « jeunes aux engins explosifs » car ils ont mené de nombreuses attaques audacieuses contre les chars ennemis pendant l’invasion. Je me souviens ici de Mohammad Al-Khatib, lorsqu’il est parti en reconnaissance sur la route et qu’un tireur d’élite l’a touché à l’épaule. Il s’est immédiatement allongé par terre et a commencé à ramper, puis il est revenu vers nous en disant : « Je suis blessé, s’il vous plaît, aidez-moi. » Ce jeune est resté avec nous et est parti avec nous le dernier jour, lorsque nous nous sommes rendus. Bien sûr, il y avait d’autres jeunes, et je me souviens des noms, ou plutôt des surnoms, de certains d’entre eux, comme celui que nous appelions « le moustique », le fils d’Abu Al-Rakez. Ce jeune, âgé de 12 ans, avait été blessé lors de l’invasion et avait refusé de se rendre. Nous lui avons appris à se servir d’un fusil et nous lui en avons donné un qu’il gardait sur lui. Il en était très content et est parti avec nous le jour de la reddition.
Que pensez-vous des comparaisons entre le Hezbollah et la résistance dans les territoires occupés ?
En réalité, on ne peut pas nous comparer au Hezbollah, car le Hezbollah a une portée internationale et des voies d’approvisionnement ouvertes, tandis que nous, en tant que peuple palestinien, avons une liberté de mouvement limitée avec nos armes dans la zone A. Nous ne sommes pas autorisés à faire entrer des armes de l’étranger, et même si nous parvenions à nous procurer une arme, l’Autorité palestinienne nous poursuivrait et la confisquerait. Il est donc très difficile de nous comparer au Hezbollah. Malgré tout, nous disposons d’un ensemble de moyens simples pour résister à l’occupation, mais ceux-ci restent faibles, par exemple face aux avions. Nous ne pouvons pas affronter les avions, car nous n’avons pas d’armes antiaériennes ; nous comptons donc principalement sur des engins explosifs pour faire face aux chars et autres véhicules militaires. De plus, nous sommes capables de nous déplacer dans les petites ruelles du camp tandis que le soldat israélien reste à l’intérieur de son char. Nous espérons, ou plutôt nous espérions, que l’Autorité [palestinienne] nous autoriserait à faire entrer des armes, ou du moins qu’elle fermerait les yeux et ne nous poursuivrait pas.
Parle nous du martyre de Mahmoud Tawalbeh. Comment cela s’est-il passé ? Quel jour de l’invasion a-t-il été martyrisé ? Où étiez-vous lorsque cela s’est produit ?
Mahmoud, qu’Allah ait pitié de lui, était un frère combattant, et peu importe ce que nous dirons de lui, nous ne lui rendrions pas justice. Il était responsable de la défense de la zone sud du camp, aux côtés des frères Eid Faraj, Ashraf Abu Al-Haija et Salim Al-Saadi, qui ont tous été martyrisés. Mahmoud aspirait au martyre. Lorsque l’armée est entrée dans le quartier ouest, Mahmoud a quitté son poste et a insisté pour affronter l’armée. Avec ses hommes, il a réussi à piéger trois soldats dans un bâtiment de la zone ouest, près de la maison d’Abu Aita, et un affrontement a commencé. Les soldats ne pouvaient pas quitter la maison, et il était difficile pour les jeunes hommes d’entrer dans le bâtiment. L’un des frères, sur les instructions de Mahmoud, s’est infiltré avec un bidon d’essence et a reçu l’ordre de brûler toute la maison avec les soldats à l’intérieur. Les jeunes ont continué à tirer. Lorsque l’armée a perdu tout espoir, elle a commencé à bombarder la maison et les résistants avec des roquettes. Mahmoud s’est alors retiré, est retourné à sa position et a attendu deux jours.
Pendant ce temps, l’armée menait une offensive depuis les zones ouest et est, d’où provenait l’essentiel de la pression, ces zones étant des espaces ouverts. L’ennemi n’ayant pas réussi à pénétrer par la rue Al-Mustashfa, le frère Mahmoud s’est rendu dans le quartier d’Al-Damj et a combattu les forces d’occupation pendant toute une nuit, au cours de laquelle le frère Ziad Al-Zubeidi a été martyrisé et l’armée a du battre en retraite. J’estime au moins 7 soldats sionistes ont été tués au cours de cet affrontement. Après le retrait de l’armée, des bulldozers sont entrés dans le quartier d’Al-Damj et ont démoli toutes les maisons du quartier. À ce moment-là, Mahmoud m’a appelé et m’a raconté ce qui s’était passé. Il m’a dit que les bulldozers étaient près de chez moi, car je me trouvais dans le quartier d’Al-Hawashin. Nous ne pouvions pas croire qu’ils avaient détruit le quartier d’Al-Damj, alors nous sommes allés voir et avons constaté que le quartier était devenu un terrain de football. Suite à cela, les groupes se sont reformés, et nous avons empêché tout combattant de changer de position. L’armée a commencé à tenter de pénétrer dans la zone sud. Elle a d’abord essayé d’y entrer avec une unité d’infanterie, et il y a eu un violent affrontement au cours duquel le frère Iyad Tahseen a été blessé. L’un des frères nous a rejoint et a demandé des engins explosifs et des combattants pour couvrir la zone. Il a effectivement reçu le matériel nécessaire. Alors que le frère revenait regagnait son groupe, la maison où se trouvaient Mahmoud Tawalbeh et d’autres frères a été bombardée par quatre obus Energa. Mahmoud, Abdul Faraj et Ashraf Abu Al-Haija ont été martyrisé. C’était le septième jour du siège, le 6 ou le 7 avril. Bien sûr, la mort de Mahmoud et de ses camarades a été un choc pour nous. Après leur mort, l’armée a pris le contrôle de la zone sud et il est devenu facile pour l’ennemi de pénétrer au cœur du camp. Les combattants étaient répartis à la périphérie de cette zone et s’y sont concentrés, sachant que si l’armée pénétrait de seulement 15 mètres, cela signifiait qu’elle contrôlait tout le camp. En effet, l’armée a tenté de pénétrer jusqu’à atteindre la maison de Yahya Al-Zubeidi (un détenu). L’armée a essayé de contourner cette maison, mais n’y est pas parvenue, alors les avions ont commencé à bombarder les positions où se trouvaient les combattants de la résistance. Comme ces positions se trouvaient dans de petites ruelles, aucun combattant de la résistance n’a été touché directement. Des maisons ont été détruites, l’armée ayant passé toute une nuit à bombarder cette zone. Bien sûr, les jeunes hommes ne pouvaient pas partir, et pendant ce temps, des bulldozers sont arrivés et ont commencé à démolir les maisons, si bien que nous nous sommes alors retrouvés encerclés, à l’exception de certains quartiers.
Les habitants du camp étaient-ils déjà partis à ce moment-là ?
À ce moment-là, nous avons refusé de laisser les habitants se rendre. L’armée a annoncé aux habitants, via des haut-parleurs montés sur des chars, qu’ils devaient se rendre. Peu de temps après, les avions ont commencé à bombarder au hasard, sans faire la distinction entre les civils et les combattants. Par conséquent, nous avons facilité la sortie des habitants, et ils sont partis. Nous sommes restés dans trois quartiers déserts. Je me souviens d’un homme du nom de Majed Al-Badawi, qui, je crois, était le seul à avoir refusé de partir. Il a dit qu’il voulait rester avec sa famille dans le camp pour nous aider, car sa maison se trouvait à une vingtaine de mètres de la position des tireurs d’élite de l’armée. Il nous a aidés en nous fournissant de l’eau et des informations sur les mouvements de l’armée dans la région. Nous nous déplacions pendant la journée, car la nuit, nous ne pouvions pas nous déplacer en raison de la capacité de l’armée à nous localiser grâce à son équipement de pointe. L’armée a découvert nos positions et les tireurs d’élite ont commencé à nous tirer dessus. Cheikh Riyad a été blessé à la jambe à Deir Abu Al-Abd. Cheikh Riyad est originaire de Tulkarem et était venu défendre le camp de Jénine. Bien sûr, nous nous sentions en danger et savions que nous avions été découverts. Compte tenu de cela, nous avons demandé à la famille al-Baddawi de quitter le camp. Elle l’a fait et, un quart d’heure après leur départ, leur maison a été touchée par des missiles. Pendant le bombardement, nous étions dans la maison voisine ; nous nous sommes donc immédiatement levés et rassemblés dans une pièce pour nous mettre à l’abri. Peu après, les hélicoptères Apache ont cessé de tirer et nous avons senti que des soldats d’infanterie avançaient vers nous. Nous avons appris pendant le siège que chaque fois que les hélicoptères cessaient de bombarder, des soldats d’infanterie avançaient. Nous avons commencé à observer attentivement la situation et, pendant ce temps, un bulldozer s’est avancé depuis le centre du camp vers nous, est entré dans la maison d’Umm Mohammad Abu Saria et a poursuivi sa route vers le quartier d’Al-Zubeidi. Nous avons fait exploser une bombe à son passage, mais cela ne l’a pas affecté. L’un des frères a tenté de le brûler en se tenant sur le toit d’une des maisons, en y versant de l’essence et en y mettant le feu, mais en vain : cela n’a eu aucun effet. Pendant ce temps, nous avons continué à nous positionner dans la maison de Talal Ruwaiha, sur le balcon surplombant la position du tireur d’élite que nous avions repéré, mais nous n’avons pas pu déterminer son emplacement exact. À ce moment-là, nous avons été surpris par quatre soldats dans la maison « Al-Nashirti ». Plus tard, nous avons appris qu’un des frères se trouvait avec eux en tant que prisonnier, un certain « Mohammad Abu Saria ». Les soldats étaient entrés dans l’usine Al-Ragheb. De là, ils ont percé un trou dans le mur de la maison « Al-Shalabi », menant à la maison « Abu Ali Awis » et à la maison « Al-Nashri », puis ils ont grimpé sur le toit de ce dernier bâtiment. Pendant ce temps, nous étions postés derrière des colonnes en béton sur le balcon de la maison, et les soldats ne pouvaient pas nous voir. Dès qu’ils sont apparus, chaque combattant a ouvert le feu sur l’un des quatre soldats. Ils ont été tués après que le jeune homme qui était prisonnier avec eux, et qu’ils avaient utilisé comme bouclier humain, se soit échappé et nous ait confirmé que les quatre soldats avaient été tués. Les jeunes hommes se sont mis à scander « Allahu Akbar », et nous sommes descendus dans la cage d’escalier. Une heure plus tard, les bulldozers ont commencé à avancer, et pendant ce temps, nous avons fait exploser un char qui les accompagnait, le mettant hors d’état de nuire. Puis les avions sont arrivés et ont commencé à bombarder la maison d’Abu Saria et d’autres maisons. Ensuite, les bulldozers ont avancé et ont réussi à faire exploser les charges et à démolir la moitié de la maison où nous nous trouvions. Puis des tireurs d’élite ont pris position et se sont concentrés sur la maison et d’autres maisons voisines. Nous avons essayé de les cibler, mais nous ne pouvions pas déterminer leur emplacement exact.
Tu as parlé de plans de résistance à l’intérieur du camp. Ma question est la suivante : quelle est l’action la plus surprenante menée par l’armée israélienne ?
Nous nous attendions à tout, sauf à ce que le camp de Jénine soit complètement détruit. Cela ne faisait pas partie de nos plans, et si cela arrivait, nous nous attendions à une véritable mobilisation des masses arabes, car nous nous considérons comme faisant partie de cette nation arabe, et c’est l’opinion de la majorité des habitants du camp de Jénine. Mais malheureusement, le camp a été démoli et la nation n’a pas réagi. Quant à nos attentes, nous nous attendions à des combats normaux, comme lors de l’invasion précédente. S’il y avait une différence, ce serait que le camp a été bombardé par des missiles tirés depuis des avions de combat. Nous ne nous attendions pas non plus à ce que le bulldozer, que nous appelions le « goule », pénètre dans le camp. Il suffisait qu’il heurte l’un des piliers d’une maison pour que celle-ci s’effondre. Les engins explosifs ne l’ont pas affecté, pas plus que le tir de RPG de notre frère Abu Al-Jandal. Je me souviens qu’à un moment, le toit d’une maison s’est effondré sur le bulldozer sans que celui-ci ne subisse le moindre dommage. Nous avons commencé à nous replier de maison en maison, car rester au même endroit signifiait que nous serions ensevelis vivants.
En ce qui concerne les bulldozers, quel jour l’armée les a-t-elle utilisés ? Et combien y en avait-il ?
Le bulldozer a été utilisé le septième jour de l’invasion, dans le quartier d’Al-Damj. Ils l’ont fait venir après avoir rencontré une résistance farouche à cet endroit, car ce quartier se caractérise par ses ruelles étroites. Le bulldozer a procédé à la démolition de cette zone, et un certain nombre de combattants de la résistance y sont tombés martyrs. Les autres se sont retirés. Le bulldozer a réussi et ils ont commencé à l’utiliser dans les autres quartiers, un bulldozer avançant du quartier d’Al-Damj vers celui d’Al-Hawashin, et un autre depuis la place du camp. J’ai vu quatre bulldozers, alors que nous étions encerclés le neuvième jour, avancer vers nous de toutes parts, et après notre départ, j’ai vu plus de dix bulldozers de tailles diverses.
Passons au martyre d’Abu Al-Jandal. Quel est son vrai nom ?
Son nom complet est Youssef Mohammed Abu Al Jandal, et son nom de famille est Kabha. Je crois que c’est son nom complet, car nous ne cherchions pas à connaître tous les prénoms des frères, mais seulement leurs noms de famille.
Parlez-nous du martyre d’Abu Al-Jandal, car selon certaines rumeurs, il aurait été éliminé après avoir été arrêté ?
Avant de poursuivre, je voudrais adresser tout notre respect et notre reconnaissance au martyr Abu Al Jandal, qui mérite toutes les médailles d’honneur. Ce combattant ne manquait jamais une confrontation avec l’armée sioniste. Il était vraiment comme un oiseau dans le camp. On le voyait voler et résister partout. Je me souviens qu’une fois, je lui ai demandé de venir là où je me trouvais, et en quelques secondes, il était à mes côtés avec un lance-roquettes RPG. Abu Al-Jandal était allé au Liban et avait suivi de nombreuses formations militaires. Il avait aussi participé à l’Intifada des tunnels il y a plusieurs années (septembre 1996).
Je me souviens qu’Abu Al-Jandal avait blessé un officier sioniste sur la rocade autour de Jénine. Après cela, nous avons appris que le commandement de la région de Jénine voulait le rétrograder, et il a été transféré dans une zone appelée Al-Hashimiya, dans le district de Jénine. Je tiens à souligner ici que la zone d’Al-Hashimiya est une zone de contact direct avec l’ennemi. À tout moment, elle pouvait être prise d’assaut par les forces spéciales. Mais Abu Al-Jandal est un homme intelligent et prudent. Il s’est montré très prudent lorsqu’il se trouvait au poste de contrôle qui lui avait été assigné. Lorsque la bataille finale a éclaté, il est venu au camp. Après avoir reçu l’ordre de quitter le camp, comme je l’avais déjà mentionné, il nous a assuré qu’il était un combattant libre, honorable et patriote, prêt à défendre la patrie jusqu’à sa dernière goutte de sang.
Après avoir réussi à éliminé 13 soldats, nous étions soumis à une forte pression, car les bombardements menés par les avions et les chars s’intensifiaient à notre encontre ; en plus des avions, nous étions sous le feu d’un char situé dans la zone d’Al-Jabriyat. Certains des frères (c’était le neuvième jour) ont perdu leur sang-froid et se sont rendus, et deux groupes sont restés dans le camp, envahis par le sentiment que cette bataille était décisive. L’un des groupes était près de la maison de Talal Ruwaiha et l’autre dans le quartier d’Abu Al-Sabaa. Pendant ce temps, l’un des combattants de l’autre groupe est venu me dire que le moral des jeunes s’effondrait. Plusieurs rumeurs circulaient, disant que je m’étais rendu, ou que j’avais été tué, et bien d’autres encore concernant un certain nombre de combattants. J’ai dit au groupe qui m’accompagnait que je reviendrais rapidement et je suis parti avec Ashraf Al-Saadi, Mahmoud Abu Al-Saeed, et je suis allé frapper à la porte de la maison, mais personne n’a répondu ; nous avons donc enfoncé la porte et découvert que les jeunes hommes se trouvaient dans la maison voisine ; nous nous sommes donc faufilés à l’intérieur par une ouverture dans le mur. Le frère Abu Al-Jandal nous a accueillis et, quand il nous a vus, il a posé sa main sur ma bouche ; j’ai alors compris qu’il y avait des soldats à proximité. Abu Al-Jandal était également accompagné de Mahmoud Al-Hilweh, d’un autre combattant surnommé Al-Dabaa et d’autres encore. J’ai appris qu’une seule pièce nous séparait de l’armée.
Les frères m’ont dit qu’ils avaient récité la Fatiha pour leurs âmes et qu’ils se tenaient en embuscade. Je leur ai demandé pourquoi nous devions attendre au lieu d’aller à leur rencontre. Ils m’ont répondu que l’armée, comme d’habitude, ferait une brèche dans le mur pour entrer, et qu’alors nous nous jetterions sur eux.
En effet, nous sommes restés avec eux, certains d’entre eux dormaient tandis que les autres restaient éveillés. Vers trois heures, j’ai vu Abu Al-Jandal avec trois combattants postés sur un petit rempart dans la maison. Je lui ai demandé pourquoi ils étaient là. Il m’a répondu que si la maison était prise d’assaut, les soldats se heurteraient d’abord à nous, et qu’une fois entrés, ils les prendraient par surprise et tireraient sur les soldats. Nous sommes donc restés ainsi. Il était environ 5h du matin quand j’ai entendu le bruit d’un bulldozer qui avançait, nous avons commencé à regarder par une fente de la fenêtre. Il avançait effectivement dans notre direction. L’un des frères a fait savoir à Abu Jandal et aux autres combattants de prendre position au rez-de-chaussée, car s’opposer au bulldozer était inutile. Nous tirions dessus et les balles nous revenaient. Vers 6 h 30, le bulldozer a commencé à démolir la maison où nous nous trouvions et l’a coupée en deux. Abu Jandal a dit qu’il sauterait du balcon, car nous étions 11 ou 12 personnes et nous ne pouvions pas tous sortir par le trou, étant donné que le bulldozer était en train de raser la maison. Abu Jandal s’est rendu sur le balcon, et c’est là que les tireurs d’élite l’ont touché, et il a été blessé. Il a crié et nous a dit qu’il était blessé. Nous avons essayé de tirer pour le faire sortir, mais les tireurs d’élite ont commencé à nous tirer dessus, et un char s’est joint à eux. Abu Al-Jandal nous a dit de partir, qu’il se débrouillerait tout seul. Bien sûr, nous n’avons pas pu secourir Abu Al-Jandal, alors l’armée a avancé vers lui et l’a éliminé, alors qu’il était blessé au pied.
Ils l’ont éliminé parce que vous l’avez laissé blessé ?
Oui, il était vivant et nous répondait lorsque que nous lui parlions avant notre départ.
Y a-t-il un témoin oculaire qui a vu l’armée tirer sur Abu Al-Jandal lors de son arrestation ?
J’ai vu la photo quand je suis arrivé à la prison. Nous avons laissé Abu Al-Jandal avec une blessure à la jambe. Son corps n’était pas brûlé ni rien. Nous nous sommes retirés et avons pris position chez un certain Ali Al-Habib. L’un des frères est venu nous voir et nous a dit qu’Abu Al-Jandal avait été tué et que l’armée était présente, juste là où nous étions, et que le corps d’Abu Al-Jandal avait été emporté de là.
Quand vous avez entendu le bulldozer arriver, avez-vous pu sortir de la maison ?
Oui, c’est ce qui s’est passé. Nous étions en train de nous retirer, mais Abu Jandal n’a pas voulu sortir par le même endroit, il a préféré sortir par le balcon, et un sniper l’a abattu. C’était le choix d’Abu Jandal, et son martyre a eu un effet profond sur le moral des combattants. Nous les avons calmés et sommes restés dans la maison d’Ali Al-Habib. À partir de là, nous avons été assiégés dans plusieurs autres maisons, comme celle d’Abu Anwar Al-Hamed.
Nous nous sommes rassemblés, munis de plusieurs téléphones portables que les jeunes avaient saisis à l’armée, ainsi que de fusils M16. Nous avions préalablement nettoyé ces armes pour enlever le sang, car le sang des soldats qui maculait leurs armes témoignait du nombre de victimes de l’ennemi dans le camp. Nous avons également saisi d’autres équipements de combat. Je me souviens ici qu’un des feddayin a été tué alors qu’il tentait d’enlever le collier d’un des soldats morts, et que un char l’a abattu. Un autre essayait de prendre la cartouchière d’un des soldats morts, et un tireur d’élite l’a abattu, et il a été tué.
Tout d’un coup, un chien, je n’exagère pas si je dis qu’il mesurait environ un mètre de large, est entré dans notre pièce, et les combattants ont ouvert le feu sur lui. Un dispositif avait été attaché à son cou ; nous nous en sommes donc débarrassés, mais nous ne savions pas ce que c’était. Nous avons pensé à ce moment-là que nous avions été découverts, alors nous sommes allés dans une autre maison appartenant au martyr Fouad Al-Damj. La maison était complètement brûlée, et nous avons pensé qu’ils ne s’en étaient pas occupés pendant la nuit. L’avion a continué à tirer sur la maison où nous nous trouvions jusqu’au matin.
Connaissez-vous des agents de l’occupant qui se trouvaient à l’intérieur du camp pendant le siège ?
En réalité, il y avait certainement des agents. Cependant, il leur était difficile de surveiller et de poursuivre directement les combattants recherchés. Un agent, aussi effronté soit-il, n’aurait jamais supporté de voir des roquettes et des missiles s’abattre de toutes parts, au point de se sacrifier pour continuer à rédiger ses rapports et à se déplacer d’un endroit à l’autre afin de démasquer et de surveiller les moudjahidines et les combattants. Nous avons compris le rôle des agents au cours des interrogatoires. Peut-être certains agents ont-ils remis leurs rapports au début, et parfois les questions des services de renseignement pendant les interrogatoires s’appuyaient sur ces rapports. Nous l’avons compris au vu du caractère insignifiant et incomplet des informations dont ils disposaient. Cependant, après l’intensification des combats, quand les bombardements ont commencé à balayer aléatoirement toute la zone, je suis certain qu’il ne restait plus aucun agent dans le camp. À partir du sixième ou septième jour du siège, il était impossible pour un agent de rester là-bas, aussi audacieux ou courageux fût-il.
Des rumeurs se sont répandues dans le camp selon lesquelles des graffitis glorifiant le « Liban libre » auraient été trouvés sur les murs détruits. Cela a servi de confirmation que des soldats de l’ ancienne armée de Lahd avaient participé à l’invasion du camp. Quel est votre commentaire à ce sujet ?
Je pense que ces rumeurs sont fausses. L’intensité des combats entre nous et l’ennemi dans le camp rendait difficile pour un soldat, qu’il soit de la milice de Lahd ou de l’armée sioniste, d’envisager de sortir de son char et de risquer sa vie pour écrire sur les murs « Vive le Liban libre » ou quelque chose de similaire.
Avant que nous quittions le camp, il était impossible pour les soldats d’infanterie de pénétrer dans les quartiers du camp. Ils n’intervenaient qu’avec des chars et des bulldozers. Quiconque a tenté de pénétrer dans le camp n’en est pas ressorti indemne. Peut-être que ce que les médias ont rapporté au sujet de la présence d’éléments de Lahd s’est produit après notre départ du camp. Cependant, pendant que nous étions là-bas, je ne crois pas que ce fût le cas. Peut-être s’agit-il simplement de rumeurs provenant d’une cinquième colonne ou inspirées par des âmes faibles et inconscientes, terrifiées par les bombardements et les crimes qui ont eu lieu, et qui ont ainsi laissé libre cours à leur imagination. Il est arrivé plus d’une fois que l’on parle de la présence de l’armée dans un endroit ou un quartier à l’intérieur du camp, puis lorsque nous avons enquêté sur la question, il nous est apparu clairement que ce qui avait été dit était faux. De nombreuses rumeurs se sont répandues et nous ont parfois nui, mais nous nous sommes efforcés de les traquer et de dénoncer rapidement leur inexactitude, comme les rumeurs de maisons piégées et de kamikazes (combattants de la résistance équipés de ceintures d’explosifs), ainsi que l’exagération du nombre de morts et les rumeurs faisant état de 500 à 1 000 morts dans le camp. Tout cela relevait d’une guerre médiatique visant à rallier l’opinion publique et à l’inciter à s’opposer à ce crime odieux, tout en dissuadant l’ennemi de prendre d’autres mesures brutales et en sauvant ce qui pouvait l’être, alors que la démolition effective du camp avait commencé. Certains d’entre nous considéraient ces rumeurs comme nuisibles et estimions qu’elles ne nous apportaient rien de bon.
Quelle est, selon vous et d’après vos estimations, l’ampleur réelle des destructions, et combien de maisons environ ont été détruites ?
Il aurait été plus simple et plus facile de répondre si vous m’aviez demandé combien de maisons n’avaient pas été détruites. L’ampleur des destructions dans le camp est effrayante et a dépassé toutes les prévisions ; il est donc impossible de compter ce qui a été détruit. Si l’on se concentre sur ce qui n’a pas été détruit, on constate ce qui suit : la mosquée principale du camp n’a pas été détruite, tout comme le quartier adjacent. À l’est du camp, il y a une briqueterie qui servait de camp, ce qui a protégé certaines parties de celui-ci de la démolition. Quant aux maisons et aux quartiers entourant la briqueterie, ils ont tous été bombardés par des missiles, et ce qui n’a pas été détruit a été complètement brûlé, comme la maison de mon frère, qui a également été entièrement brûlée, et celle d’un des voisins.
Peut-on dire que 80 % du camp a été détruit ?
Je dirais que le pourcentage a peut-être dépassé les 90 %, car les maisons dont nous parlons et qui n’ont pas été détruites se trouvent uniquement à la périphérie du camp, et même leurs environs sont inhabitables en raison des fissures et des incendies majeurs qui les ont touchés à la suite des bombardements de missiles. Quant au reste des maisons, elles ont été rasées.
Que pouvez-vous nous dire sur le nombre réel de martyrs, tant parmi les combattants que parmi les civils ? Étant donné que pendant les combats, vous parliez d’environ 1 000 martyrs, quelle est la vérité ?
Par rapport aux combattants tombés lors de l’invasion, leur nombre n’a pas dépassé 35 au total. Quant aux civils, environ 60 à 70 ont été tués, certains ayant été exécutés et éliminés par l’armée après leur arrestation. Ils ont été alignés contre les murs et tués, comme ce qui est arrivé à Jamal Al-Sabbagh et Abdel Kareem Al-Sabbagh, dont j’ai été témoin de l’exécution de mes propres yeux, car il n’était pas loin de nous lorsqu’ils les ont arrêté. Après les avoir fouillé, ils les ont abattu. Il en a été de même pour Abdul Karim Al-Saadi et Wadah Al-Shalabi, qui étaient des civils n’ayant aucun lien avec les combattants. Plusieurs de nos frères ont assisté à leur exécution sur la voie ferrée en face du bureau de l’agence. Quant au nombre total de combattants présents dans le camp depuis le début du siège, il ne dépassait pas 100. Cependant, ces héros étaient tous prêts à mourir en martyr à tout moment. S’il y avait eu 100 ceintures d’explosifs, chacun d’entre eux en aurait pris une sans hésiter.
Vous souvenez-vous du jour et de la date auxquels les exécutions mentionnées ont eu lieu ?
Je pense que cela s’est passé le cinquième jour de l’invasion, je ne me souviens pas vraiment du jour exact…
Pendant le siège, vous avez signalé la présence de combattants de la résistance équipés de ceintures d’explosifs. Israël s’en est servi comme prétexte pour justifier ses meurtres aveugles, y compris de civils, sous prétexte que ce pourraient certains de ces combattants. Ils ont également affirmé, pour étayer leur argument, que les 13 soldats avaient été tués dans le camp grâce à l’utilisation de candidats au martyre contre eux. La question est la suivante : aveiz vous réellement de tels combattants dans vos rangs ? Quelle est votre évaluation personnelle de votre annonce concernant leur présence dans le camp ?
Nous avons déjà dit que l’annonce de la présence de candidats au martyre était peut-être erronée et ne nous a pas du tout été utile, car certaines des maisons bombardées étaient censées les abriter, mais heureusement celles-ci étaient vides lors de leur bombardement. Je suis certain que l’ennemi n’a pas agi ainsi par crainte de la présence de ces combattants, mais qu’il s’en est plutôt servi comme prétexte pour détruire le camp et tuer autant de ses habitants que possible, afin de dissuader les autres. C’est pourquoi elle a bombardé certains rassemblements d’habitants dont elle savait qu’ils étaient composés de civils.
Dans le cadre de notre plan de confrontation défensive, il était prévu de faire appel à des résistants équipés de ceintures explosives. Par exemple, il avait été décidé de placer certains de ces combattants dans des zones specifiques. Cependant, à la dernière minute, nous avons estimé que l’ennemi détruirait ces lieux sans y pénétrer ni s’en approcher, nous avons donc annulé le plan.
Considérez-vous donc que cette annonce était une erreur ?
Oui, annoncer la présence de candidats au martyre était une erreur. Il aurait mieux valu garder cela secret afin que l’ennemi soit pris par surprise … Cependant, via les chaines satellites, les médias ont diffusé massivement ce qui n’était connu que d’un cercle restreint de personnes. Alors que nous aurions pu en faire un atout, cela s’est retourné contre nous, bien que je sois certain que le plan de Sharon visait en réalité à écraser et détruire l’ensemble du camp, qualifié dans plusieurs de ses déclarations de « nid de frelons », et que cette annonce n’a été en rien déterminante.
Vous avez eu recours à des ruses dans votre guerre contre l’ennemi, notamment en annonçant le martyre d’un certain nombre de combattants et en répandant d’autres rumeurs. Parlez-nous de ça
Je ne vous cacherai pas que notre sentiment de danger et de pression a atteint son paroxysme après l’assassinat des 13 soldats, c’est-à-dire après le huitième jour. Ce sentiment ne venait pas d’un manque d’armes ou de combattants, mais plutôt de notre prise de conscience que le plan visant à détruire et à anéantir le camp n’était plus seulement des paroles, mais que des mesures concrètes avaient été mises en œuvre. Il fallait prendre une mesure qui retirerait l’une des cartes de la main de l’ennemi, à savoir la carte des fugitifs, qui servait d’argument principal à l’armée sioniste pour justifier son entrée dans le camp. Nous avons donc fait courir une rumeur sur le martyre de tous les combattants recherchés et présents dans le camp dans le but d’alléger la pression. Thabet Al-Mardawi, Mahmoud Tawalbeh, Qais Adwan et moi même faisions partie de ces combattants traqués par l’occupation et dont le martyr a été annoncé.
Mahmoud Tawalbeh n’était-il pas déjà tombé en martyr à ce moment-là ?
Tout à fait. Nous avons estimé que confirmer le martyre d’Al-Tawalbeh et ajouter les trois autres noms à la liste pourrait amener l’ennemi à croire la rumeur et à alléger la pression sur le camp, mais cela n’a pas du tout était le cas. En réalité, l’ennemi a démenti le martyre des trois autres et n’a confirmé que celui d’Al-Tawalbeh.
Racontez-nous comment vous avez appris, que l’armée avançait vers le camp.
Ce qui s’est passé était vraiment drôle. Comme nous nous attendions à l’arrivée de l’armée, nous avions préparé un grand nombre de feux d’artifice colorés et les avions répartis un peu partout dans le camp. Il y avait un cheikh soufi qui possédait des instruments religieux tels que des tambours, des massues, etc. Lorsque nous avons reçu la nouvelle que l’armée se trouvait à Harsh Al-Saada et avançait vers le camp, les frères ont commencé à tirer des feux d’artifice de toutes parts au-dessus du camp. Le cheikh, surnommé « l’agneau », avait réunis des jeunes et leur avait distribué ses instruments. Lorsque les feux d’artifices ont lancé le signal, ils ont parcouru les rues du camp comme dans une ambiance de fête. Le cheikh exhortait les habitant•es à la fermeté et à ne pas avoir peur, disant que les tambours de guerre avaient retenti et que le paradis attendait les martyrs. Cela a créé une atmosphère de joie et a remonté le moral du camp, qui ressemblait à une réception pour les chars et les avions… Comme si les habitant•es du camp ne craignaient plus la mort.
Et l’utilisation de haut-parleurs ?
La plupart des groupes autour du camp disposaient de haut-parleurs que nous utilisions pour crier les takbir, pour nous appeler les uns les autres, et à d’autres fins. Lorsque l’ennemi a commencé à assiéger le camp et a utilisé ses haut-parleurs pour exiger que le camp se rende et que les combattants déposent les armes, nous avons commencé à répondre de la même manière. Dès que le soldat israélien eut fini sa phrase, nous avons commencé à lui demander de se rendre, de jeter son M16 et de se livrer. Qu’il serait traité avec honneur et respect jusqu’à ce que nous le ramenions à Sharon ; sinon, il serait témoin des pires horreurs et mis en pièces dans le camp. Nous avons également tenté de remonter le moral des gens en lançant des takbir et en réfutant les propos de l’ennemi, car après le cinquième jour, certains commençaient à envisager de se rendre.
Nous avons donc dû convaincre les gens de l’importance de rester à nos côtés. Nous leur avons dit : « La menace de l’ennemi de bombarder le camp avec des F-16 ne vise qu’à vous faire peur et à vous forcer à quitter vos maisons pour lui faciliter la tâche. Si vous restez, il ne pourra pas mettre ses menaces à exécution. » Ce discours a convaincu certaines personnes, mais pas d’autres… Nous avons dit aux gens que l’ennemi exécutait ceux qui se rendaient, et en effet, cela s’est produit sous nos yeux, comme je l’ai mentionné plus tôt. Tout cela a contribué à retarder l’évacuation du camp, mais plus tard, lorsque les combats se sont intensifiés et que nous avons senti que la brutalité de l’ennemi ne connaissait pas de limites et que le fait que des civils soient avec nous ne les dissuaderait pas, nous avons demandé aux habitants de quitter le camp et de se rendre dans des lieux sûrs. D’une manière générale, l’utilisation de haut-parleurs a clairement eu pour effet de démoraliser les soldats ennemis. Au cours d’un des combats, nous avons même entendu certains d’entre eux pleurer, nous supplier et nous demander de ne pas les tuer, affirmant qu’ils déposeraient les armes et se rendraient.
Dites-nous, selon votre estimation, combien de soldats ont été tués au cours des combats. Le rapport ennemi fait état de 26 à 28 soldats, dont les 13 qui sont tombés dans l’embuscade. Quels sont les chiffres exacts ?
Commençons très simplement ensemble en nommant les lieux et le nombre de soldats tués à chaque endroit, et je te laisserai faire la somme totale. Ces informations ont été confirmées par les frères, qui les ont constaté de leur propres yeux sur le champ de bataille.
Dans le quartier d’Al-Damj, les frères ont appelé et ont dit qu’ils avaient sept corps de soldats ennemis. Trois soldats ont été éliminés par le martyr Mahmoud Tawalbeh près de la maison d’Abu Aita. Je ne connais pas exactement le nom du propriétaire de la maison, mais c’était dans le même quartier où se trouvait Raja Abu Aita, dans le quartier ouest. Dans la zone d’Abu Al-Jandal, quartier d’Al-Amouri, l’ennemi a mené une opération terrestre et mobilisé environ 25 soldats qui ont été combattu par les frères sur place. Abu Al-Jandal nous a contactés via messagerie et a dit qu’ils avaient 5 corps de soldats ennemis. Dans le quartier d’Abu Darwish Abu Al-Haija, 6 soldats ont tenté d’entrer par là, 3 ont été tués et les 3 autres ont fui. Depuis Dar Al-Nasharti, 4 soldats ont essayé d’avancer, et avec eux se trouvait Mohammad Abu Saria, qui a été utilisé comme bouclier humain. Il nous a confirmé : « Je témoigne que j’ai vu de mes propres yeux la mort des 4 soldats là-bas. » Depuis la zone d’Al-Jabriyat, 5 soldats ennemis sont descendus vers le quartier d’Al-Samran. Il y a eu une embuscade menée par certains frères, et l’un des martyrs a fait irruption devant le groupe et s’est fait exploser, tuant les soldats. Pour ce martyr, il existe une vidéo de son testament. Il y a également les 13 soldats qui ont été éliminés d’un coup dans le quartier d’Al-Hawashin. Si l’on additionne ces nombres, on obtient 40 soldats tués. Ce chiffre peut être confirmé en comptant les armes actuellement dans le camp et entre les mains des organisations, qui appartenaient à ces soldats, parmi lesquelles plusieurs mitrailleuses « Mag » et des fusils M16 longs et courts que l’armée ennemie utilise.
Il est essentiel, Hajj Abu Ali, que tu nous parles de quelques exemples de martyrs tombés en affrontant l’agression contre le camp, comme le martyr héroïque Taha Al-Zubeidi, que Dieu lui fasse miséricorde.
Le frère Taha Al-Zubeidi était l’un des commandants des Brigades Al-Quds, et il a participé à de nombreuses opérations, telles que celles d’Afula et de Khadera, auxquelles ont pris part deux martyrs, Yusef Al-Suwaiti et Nidal Abu Shaqra. Son rôle dans ces opérations était majeur. En bref, c’était un combattant engagé, doté d’un esprit combatif élevé. Un homme courageux dont le niveau de bravoure et de sacrifice dépasse toute description pour son âge, puisqu’il n’avait pas plus de 25 ans. Il était fiancé et a reporté la date de son mariage à trois reprises, ces reports étant liés aux invasions successives menant à la dernière, au cours de laquelle il est tombé en martyr. La date de son mariage était prévue pour avril 2002, et avec son martyre, il s’est marié avant cette date, mais avec 72 promises au paradis. Ce qui est marquant, c’est la manière dont il est tombé en martyr. Il a sacrifié sa vie pour défendre ses frères et ses camarades et assurer leur sécurité. Certains frères voulaient se déplacer d’une zone à une autre afin de quitter le camp. Il devait sécuriser l’itinéraire qu’ils emprunteraient et l’endroit où ils resteraient si la route habituelle n’était pas libre. Cependant, en cours de chemin, il a découvert un passage au-dessus du quartier d’Al-Jabareen. Il a été surpris par une balle tirée par un sniper, qui l’a atteint directement à la poitrine. L’un des frères a alors essayé de le tirer hors de la zone exposée afin de lui prodiguer les premiers secours ou de le faire sortir de cette maison, mais il n’a pas pu en raison des tirs de missiles tiré par un hélicoptère sur la maison. L’un des missiles a d’abord frappé une pièce voisine, obligeant les frères à se retirer immédiatement de la maison. Ils sont revenus après la fin des bombardements et ont découvert qu’un missile avait touché la pièce où se trouvait le martyr, ce qui a entraîné la combustion de son corps, à l’exception de l’un des deux bandeaux qu’il portait.
Le martyr portait habituellement deux bandeaux : sur l’un était écrit « Soldats d’Allah » et sur l’autre « Il n’y a de dieu qu’Allah ». Pour préciser, le bandeau « Soldats d’Allah » est apparu à la suite d’un incident spécifique dans le camp entre les frères. Certains les ont écrits et distribués, puis, après cet épisode, les frères sont revenus au bandeau portant « Il n’y a de dieu qu’Allah, Muhammad est le Messager d’Allah ». On m’a dit, car je n’ai pas vu le corps moi-même, que ce dernier bandeau était la seule chose qui n’avait pas brûlé avec le corps.
Ainsi, ce combattant a atteint le martyre qu’il souhaitait, lui qui insistait souvent pour être parmi les martyrs. J’ai enregistré plusieurs cassettes de lui concernant certaines opérations sur la route de contournement et d’autres opérations militaires qu’il a menées. Il existe également un enregistrement de son testament, et toutes ces cassettes seront diffusées plus tard, si Dieu le veut, car elles sont conservées et protégées.
Il y a quelques jours, le journal Al-Quds a publié un appel de Umm Mohammad Al-Turkman au Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, lui demandant d’aider à révéler le sort de son fils disparu, Mohammad Turkman. Nous avons appris de votre part que vous disposez d’informations confirmées concernant le sort d’Al-Turkman.
Le frère Mohammad Al-Turkman, surnommé Mohammad Al-Badawi, est le frère du martyr Lutfi Al-Turkman, que Dieu lui fasse miséricorde. Il est l’un des frères héroïques les plus remarquables du camp de Jénine, et il mérite toute considération et tout respect.
Ce frère se trouvait avec les martyrs Mustafa Al-Shalabi et Mohammad Al-Nursi, ainsi que trois officiers de la Sécurité nationale, tombés martyrs dans une maison près de celle d’Al-Hamduni. Il avait été blessé aux pieds par des éclats de missiles et a été transporté par les frères jusqu’à la maison où je me trouvais alors, celle du martyr Mustafa Abu Saria. Avec Mohammad se trouvait un autre jeune homme, Raed Al-Hanoun, également blessé par des éclats.
Nous avons essayé d’appeler une ambulance pour les transporter à l’hôpital, mais elle n’a pas pu nous atteindre. Un médecin de la famille Al-Nashiri n’a pas pu venir, alors nous avons envoyé l’un des plus jeunes à son domicile pour nous apporter de la gaze et les médicaments nécessaires. L’aide s’est révélée insuffisante. Nous avons tenté de panser la blessure avec des morceaux de tissu, et nous avons essayé de surélever ses pieds en les soutenant avec un oreiller afin de ralentir l’hémorragie.
Au début, nous avons pensé que cela avait un effet positif. Ce qui nous encourageait, c’était que le frère Mohammad continuait à nous parler, contrairement à l’autre blessé, dont l’état nous inquiétait davantage, car sa blessure se situait à l’abdomen et les éclats y étaient logés ; il restait silencieux et ne parlait pas.
Malgré les efforts déployés pour stopper le saignement des pieds du martyr Mohammad, nous avons échoué et constaté que l’oreiller sur lequel ses pieds étaient surélevés était désormais imbibé de sang. À ce moment-là, comme l’armée éliminait de sang-froid chaque combattant qu’elle capturait, nous craignions qu’il ne subisse le même sort si nous le faisions sortir pour le remettre à l’armée. Nous espérions que l’hémorragie s’arrêterait et qu’il resterait avec nous jusqu’à ce que nous puissions le transférer à l’hôpital.
Alors que nous étions dans cette situation, des chars et des bulldozers ont commencé à s’approcher du quartier où nous nous trouvions, et nous avons commencé à sentir que l’endroit n’était plus sûr pour les frères blessés. Nous les avons donc déplacés vers une autre maison près de celle d’Ibrahim Al-Damj. Nous avions également avec nous le corps du martyr Munir Al-Washahi, que nous n’avons pas pu transporter cette nuit-là.
Plus tard, l’un des frères est venu m’annoncer le martyre de Mohammad Al-Badawi, qui est Mohammad Al-Turkman. Son corps est resté dans la maison où il avait été transféré, près de celle d’Ibrahim Al-Damj, jusqu’à ce que les bulldozers arrivent et l’ensevelissent sous les décombres. Entre-temps, j’ai appris que l’autre blessé, Raed Al-Hanoun, avait survécu à sa blessure et se trouve maintenant dans la prison d’Asqalan.
Al-Turkman est-il mort à cause de sa blessure ?
On a raconté que les soldats de l’occupation, en arrivant dans cette maison, lui avaient tiré dessus et l’avaient tué. Mais je crois fermement que le frère Mohammad est mort en martyr pendant son transfert d’une maison à une autre… car la quantité de sang qu’il a perdue était énorme. L’un des oreillers sur lequel j’avais posé ses pieds était devenu aussi lourd qu’un gallon d’eau à cause du sang qu’il avait absorbé.
Son état, selon l’évaluation des frères, était très critique : son corps se refroidissait fortement, et parfois sa température montait énormément à cause de la blessure. Ensuite, les bulldozers sont arrivés et ont détruit la maison au-dessus de son corps.
Qu’est-il arrivé au second corps ?
Quant au second corps, celui du martyr Munir Al-Washahi, nous avons ensuite pu le déplacer vers une autre maison afin que sa mère puisse le voir avant son enterrement. La maison appartenait à Khalil Al-Nursi. Le martyr Mohammad Al-Nursi est venu demander que le corps soit transféré chez Ibrahim Al-Nursi pour que sa mère puisse le voir. Il a effectivement transporté le corps après l’évacuation des blessés, et sa mère est venue le voir. Peu après son départ, la nouvelle de sa mort en martyr a été annoncée. Une martyre, mère d’un martyr.
Quelle est l’histoire de Raed Al-Farir ?
Le frère Raed Al-Farir était l’un de ceux qui ont été gravement blessés au dos lors des affrontements. Il se trouvait dans le bâtiment où nous étions, avec les corps de deux martyrs, dont Munir Al-Washahi. Pensant qu’il vivait ses derniers instants, nous lui avons dit de s’allonger entre les deux corps et de réciter Al-Fatiha pour son âme.
Nous l’avons laissé ainsi. Après environ 20 à 30 minutes, alors que nous nous étions légèrement éloignés, nous avons été surpris de nous retourner et de voir le frère Raed Al-Farir courir derrière nous, riant et disant : « Regardez, je ne suis pas mort ! »
Je lui ai répondu : « Alors cours parmi les combattants. Nous sommes tous ici candidats au martyre, ne te précipite pas, cela viendra. » Il a finalement survécu à ses blessures après son arrestation, et il se trouve aujourd’hui lui aussi dans la prison d’Asqalan.
Comment les 13 soldats israéliens ont-ils été tués ? Était-ce une opération planifiée ?
Avant de parler de cette opération, il faut mentionner les noms de ces frères héroïques : Nidal Al-Nubani, Amjad Al-Fayed et Mohammed Al-Fayed. Ces trois-là comptaient parmi les combattants les plus féroces du camp.
Avant de devenir officier dans les services de sécurité préventive, Nidal était un militant de la première Intifada. Il a été arrêté et torturé. Chaque fois qu’il voyait une patrouille de l’occupation, il ouvrait le feu sans ordre. Après des protestations et des sanctions, il lui a été interdit de porter une arme. Cette privation a duré jusqu’à la dernière invasion. Finalement, nous avons réussi à lui procurer une Kalachnikov, ce qui l’a rempli de joie.
Le 9 avril 2002, dans le quartier d’Al-Hawashin, un dédale de ruelles étroites difficile d’accès, les trois frères étaient présents avec quelques jeunes. Ils ont aperçu cinq soldats ennemis descendre, armés de mitrailleuses MAG et de fusils M16.
Ils ont laissé les soldats avancer, comprenant qu’il s’agissait d’une unité de reconnaissance suivie d’une autre force. Sans être détectés, les frères se sont positionnés en triangle dans les ruelles, tandis que des jeunes se tenaient au centre avec des explosifs artisanaux.
Lorsque cinq soldats, suivis de sept autres, sont arrivés au centre du triangle, les jeunes ont lancé environ six charges explosives qui ont explosé au milieu des soldats. Ensuite, les combattants ont donné l’assaut en criant « Allahu Akbar », ouvrant le feu à la mitrailleuse.
Les cris des soldats se sont fait entendre dans tout le camp, tandis que les combattants achevaient ceux qui étaient à terre. Trois soldats encore vivants ont levé les mains et supplié, mais ils ont été abattus.
Certains pourraient demander pourquoi ils n’ont pas été capturés. La réponse est que la situation ne le permettait pas : se déplacer était déjà dangereux, et encore plus avec des prisonniers. De plus, l’armée avait déjà bombardé des positions où se trouvaient ses propres soldats, ce qui rendait toute capture extrêmement risquée.
Après l’attaque, des habitants et des combattants se sont rassemblés, récupérant des armes : deux mitrailleuses MAG, des fusils M16 et d’autres équipements, ainsi que des plaques d’identification des soldats.
Alors que les frères se retiraient, un feu très intense a éclaté. Nidal a été touché en premier et est tombé en martyr immédiatement. Mohammed et Amjad Al-Fayed ont également été tués, tandis qu’un quatrième combattant a été blessé.
Le combat s’est poursuivi contre les chars qui entraient dans le quartier. L’opération avait duré environ 15 à 20 minutes. Ensuite, les affrontements ont continué pendant plusieurs heures, de 7h du matin jusqu’à environ 13h ou 14h, empêchant l’armée de récupérer les corps.
Pendant ce temps, l’armée utilisait des haut-parleurs pour demander une trêve afin de récupérer les corps, promettant ensuite de se retirer complètement.
En tant que combattants, nous considérions que l’entrée dans le quartier d’Al-Hawashin signifiait la chute du camp. Pour cette raison, nous avons refusé tout cessez-le-feu. La résistance devait continuer et il fallait empêcher l’ennemi de récupérer les corps.
Pendant ce temps, un hélicoptère Apache a commencé à bombarder nos positions. Nous nous sommes retranchés près du quartier d’Al-Hawashin, dans la maison d’un habitant du camp nommé Ali Al-Habib. L’Apache a tiré environ 12 missiles avant de se retirer. Ensuite, certains frères ont commencé à nettoyer le sang sur les armes des soldats. Je leur ai demandé de laisser le sang sur les armes afin que le monde puisse constater la fragilité du soldat israélien, malgré ses équipements modernes et avancés. Ils ont donc cessé de les nettoyer.
Afin d’être prêts pour la suite des combats, nous avons demandé aux frères de profiter de ce calme relatif pour se reposer, car la nuit leur appartenait tandis que le jour était à nous. La maison comportait trois pièces, et les frères s’y sont répartis en assurant des tours de garde.
Je me suis allongé un moment avec mon arme sur la poitrine. Peu après, j’ai entendu des tirs nourris dans la pièce. Je me suis levé en demandant ce qui se passait. Un des frères a répondu : « Il y a l’armée. » En réalité, un chien dressé de l’ennemi était entré soudainement dans la maison. Les frères ont compris que des soldats pouvaient être derrière lui. Certains ont tiré sur le chien et l’ont tué, tandis que d’autres tiraient au hasard par les portes et les fenêtres.
Je leur ai immédiatement ordonné d’arrêter, car ils tiraient sans cible visible et risquaient de se blesser entre eux. Nous avons envoyé quelques jeunes en reconnaissance : rien d’anormal. Un d’entre eux s’est posté à l’entrée et nous a confirmé l’absence de soldats, ce qui nous a rassurés. Nous avons fait enlever le chien à cause de l’odeur insupportable du sang.
La nuit a été difficile. L’Apache et les chars bombardaient la maison voisine, celle où nous nous trouvions auparavant, provoquant de grands incendies à chaque impact.
Au matin, des bulldozers se sont approchés. Ils ne savaient pas exactement où nous étions, mais les chars démolissaient les maisons au hasard. Nous avons quitté les lieux et nous nous sommes divisés en deux groupes : l’un s’est dirigé vers la maison d’Abdul Abu Al-Dhiyab, l’autre vers un autre quartier dont je ne connaissais pas précisément l’emplacement.
Combien étiez-vous ?
À ce moment-là, nous étions entre 20 et 25 combattants.
Peu après, nous avons vu un missile frapper la maison voisine, celle d’Abu Mohammad Khalil Musa, qui a pris feu, ainsi qu’une autre maison. Nous étions au rez-de-chaussée d’un bâtiment entouré d’autres constructions, ce qui nous a protégés. Pour tromper l’ennemi, nous avons mis le feu à un matelas à l’entrée afin de faire croire que la maison était vide et brûlée.
Malgré les incendies, les bulldozers continuaient d’avancer et de tout détruire. L’un des frères préparait même une soupe de vermicelles trouvée dans une cuisine, mais dès qu’elle fut prête, nous avons dû fuir, car les bulldozers arrivaient. Le char a ensuite détruit la maison.
Nous nous sommes déplacés vers la maison d’un homme appelé Abu Anwar, originaire de Nuris. Nous y sommes restés environ un quart d’heure, mais nous avons vite senti que notre position était exposée. C’était le dixième jour, et nos mouvements semblaient entièrement visibles pour l’armée.
Nous avons alors rejoint une autre maison, celle d’Abu Al-Hamed. Nous n’étions plus qu’une quinzaine de combattants.
Abu Al-Jandal était-il avec vous ?
Non, il était déjà tombé en martyr.
Dans cette maison, un des frères a signalé des bruits de pas. Nous nous sommes immédiatement préparés à un affrontement. En observant par les fenêtres, nous avons réalisé qu’il s’agissait de nos frères : Jamal Huwail, Omar Al-Sharif, Issam Abu Al-Sabaa, Iyad Al-Salfiti, ainsi que Thabet Mardawi.
Ils avaient été séparés de nous et nous ont rejoints. La rencontre a été très émouvante, comme si nous ne nous étions pas vus depuis des décennies.
Peu après, un frère s’est mis à pleurer en annonçant que son cousin, Wael Abu Al-Sabaa, venait d’être tué par un tireur embusqué alors qu’ils traversaient une rue. Nous avons prié pour lui et tenté de consoler le frère.
Nous sommes restés jusqu’à l’après-midi, puis avons décidé de nous diviser en deux groupes pour limiter les pertes en cas d’attaque. Mais la séparation s’est révélée trop difficile, et nous avons finalement choisi de rester ensemble.
Nous avons ensuite rejoint une maison de la famille Abu Saria. À cours d’eau, nous avons trouvé une petite ouverture vers une maison brûlée où un robinet cassé laissait couler un peu d’eau. Nous avons pu remplir une bouteille et étancher partiellement notre soif.
Nous avons envisagé d’atteindre la rue principale, pensant y être en sécurité, mais un char y était positionné. Il était impossible de passer.
Un frère, Mohammad Khalil Al-Nursi, a proposé de passer par le quartier Abu Al-Saba’a pour atteindre la route de l’hôpital. Nous avons accepté et envoyé un petit groupe en reconnaissance.
Cinq minutes plus tard, ils sont revenus avec une terrible nouvelle : Mohammad avait été tué par un tireur embusqué en testant le passage.
À ce moment-là, nous avons compris que la situation empirait et que toute possibilité de fuite disparaissait.
Certains d’entre nous ont alors appelé leurs familles. J’ai appelé ma femme pour lui dire de prendre soin d’elle et des enfants, et que cela pourrait être notre dernier appel.
Elle a d’abord pleuré, puis elle a dit : « Nous sommes croyants. Si vous ne remportez pas la victoire ici-bas, elle sera dans l’au-delà. » Elle a conclu : « Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu », puis elle a raccroché.
Après cela, notre principale préoccupation est devenue de disparaître encore davantage aux yeux de l’armée. Nous nous sommes alors déplacés vers une autre maison…
Pendant cette période, vous étiez en contact avec des chaînes satellitaires. N’était-ce pas une erreur de votre part, dans la mesure où cela pouvait révéler votre position à l’ennemi ?
L’ennemi, avec toutes ses armes, y compris les hélicoptères Apache et autres, n’a épargné aucun endroit : il frappait et bombardait partout sans distinction. Il était donc impossible de savoir si le fait de communiquer avec nous était nuisible ou non.
Les chaînes satellitaires se précipitaient pour nous contacter afin de diffuser les derniers développements dans le camp. Malheureusement, nous avons eu le sentiment que leur principale, voire unique préoccupation était de transmettre l’information, et non de nous aider.
C’est pourquoi, après la mort des 13 soldats, nous avons coupé tout contact avec elles, car nous avons compris qu’en tant que chaînes satellitaires, elles ne nous avaient pas aidés malgré tous nos appels. Nous avons lancé des appels à la Croix-Rouge, aux Nations unies, aux organisations de défense des droits de l’homme, et au monde arabe pour qu’il prenne une position sérieuse en faveur de ces personnes et de ce camp… mais malheureusement, cela n’a pas été le cas. Même les ambulances ne pouvaient plus nous atteindre.
Je me souviens que Walid Al-Omari, correspondant d’Al-Jazeera, m’a appelé et m’a proposé de diffuser une interview après la mort des 13 soldats pour raconter ce qui s’était passé. Il a précisé qu’il l’enregistrerait, car une diffusion en direct n’était pas possible avant le bulletin d’information.
J’ai refusé en lui disant que tout ce que nous avions dit, demandé et expliqué n’avait servi à rien. Même les ambulances ne pouvaient plus arriver jusqu’à nous. Leir seule préoccupation était d’être les premiers à diffuser l’information, alors que notre priorité était d’aider les civils à sortir. Nous ne pensoins même plus à notre propre sécurité ; notre souci était d’assurer celle des civils avec nous, enfants, femmes et personnes âgées.
J’ai refusé sa demande et je lui ai dit de nous laisser tranquilles puisqu’ils ne pouvaient pas nous aider. Il m’a répondu que je pouvais dire cela dans l’interview, mais j’ai insisté dans mon refus et j’ai coupé la communication.
En réalité, les chaînes satellitaires ne nous ont pas aidés concrètement. Elles ont profité du fait que nous diffusions ce qui nous arrivait dans l’espoir que le monde nous viendrait en aide, mais malheureusement personne ne l’a fait.
Et cela, malgré le fait que la nation arabe et ses peuples disposent de capacités qui, si elles étaient engagées dans le conflit contre l’entité sioniste, auraient permis de la vaincre depuis longtemps. Mais malheureusement, la plupart de nos dirigeants arabes sont des traîtres et ce sont eux qui protègent Israël ; dès lors, comment permettraient-ils réellement à leurs peuples de nous soutenir ?
À la fin, nous louons Allah, Seigneur des mondes, pour toute chose, et nous Lui demandons d’accepter cette œuvre comme étant accomplie pour Lui. Ainsi, je considère que les chaînes satellitaires ne nous ont pas aidés concrètement comme nous, en tant que combattants, l’avions espéré.
Revenons à la dernière maison où vous étiez assiégés
Après être entrés dans la maison de Hussein Aisha Abu Ayyad, nous avons commencé à réfléchir à un déplacement vers un endroit plus sûr. Nous pensions que se cacher dans une maison détruite réduirait le danger, car ces maisons sont moins ciblées. Nous nous sommes donc déplacés de nuit vers une maison détruite, à côté de celle d’Abu Rifaat Al-Rakh, et nous avons essayé d’atteindre le quartier d’Al-Rakh depuis là.
Une fois de plus, nous avons été surpris de constater que l’armée était présente en grand nombre dans ce quartier. Nous avons été contraints de revenir à la maison détruite, dont j’ignorais le nom du propriétaire. Le toit était effondré en pente, et les frères se sont dispersés sous les décombres pour ne pas être repérés.
Je me suis installé dans une petite pièce remplie de gravats et de poussière à moitié enfouis. Avec moi se trouvaient le frère Jamal Huwail, un jeune de la famille Ghazzawi et d’autres encore. J’ai dit à Jamal que je voulais m’allonger un peu pour me reposer, et je lui ai demandé de rester pleinement vigilant.
Peu de temps après, avant même que je m’endorme, Jamal est venu me dire que le sol tremblait. À cause de mon extrême fatigue, je n’ai pas compris immédiatement et je lui ai répondu : « Comment le sol pourrait-il trembler ? Laisse-moi dormir un peu. »
Mais lorsqu’il m’a fait comprendre la gravité de la situation, je me suis réveillé brusquement et j’ai constaté qu’un bulldozer était tout près de nous. Il avait rassemblé devant lui les décombres de maisons voisines et tentait de les pousser sur le toit de la maison où nous étions pour nous ensevelir sous les gravats.
Nous avons battu en retraite aussi vite que possible et, à la dernière seconde, nous avons échappé à une mort certaine. Nous sommes alors retournés à la maison de la famille Abu Saria, la dernière maison où nous avons été encerclés.
C’était vers 1 heure du matin. Le onzième jour, je me souviens que les appels pour une ambulance ont commencé vers midi.
Parlez-nous de cette maison, du dernier siège, et de la manière dont vous êtes sortis
Oui… après être entrés et restés dans cette maison, nous avions avec nous un frère nommé Ibrahim Al-Damj, qui était blessé à l’épaule. Nous lui avons alors dit que nous allions essayer de nous déplacer jusqu’à la maison de Talal Al-Waini, située sur la rue principale.
Afin de ne pas y aller tous en même temps, nous lui avons proposé ceci : puisqu’il était blessé, qu’il descende seul dans la rue avec un tissu blanc. S’il y avait des soldats, il devait lever le tissu, se rendre et dire qu’il était blessé et qu’il n’y avait personne d’autre. Et s’il n’y avait pas d’armée, il devait nous faire signe de le suivre vers la rue principale, puis vers l’hôpital.
Tout cela s’est déroulé vers 23h30. Le frère Ibrahim Al-Damj s’est préparé et est descendu. Mais à peine s’était-il éloigné de nous qu’un soldat l’a attrapé. Depuis notre position, nous aurions pu tirer sur ce soldat, mais nous avions peur qu’Ibrahim soit abattu, et nous craignions aussi que notre position ne soit révélée à l’ennemi.
Plus tard, nous avons découvert que notre position était déjà connue, sans que nous le sachions. Nous nous trouvions alors dans la maison de Talal Al-Waini, adjacente à celle de la famille Abu Saria, où nous sommes retournés après l’arrestation d’Ibrahim.
Nous avions avec nous quelques appareils, et nous préservions leurs batteries pour les moments nécessaires. À la dernière minute, Jamal Huwail a appelé un ambulancier volontaire, un jeune nommé Ghassan Al-Saadi. Il lui a indiqué notre position, donné nos noms, et expliqué que l’armée nous assiégeait et tentait de nous enterrer vivants.
Le hasard a voulu qu’un correspondant d’Al-Jazeera se trouve à côté de Ghassan. Il lui a demandé de parler en direct avec la chaîne. Jamal a effectivement pris la parole et a décrit notre situation.
À ce moment-là, les bulldozers ont commencé à avancer vers nous. Jamal a lancé un appel pressant aux organisations de défense des droits de l’homme et à toutes les instances internationales : nous étions assiégés, avec des civils, encore en vie, et l’armée israélienne, avec ses bulldozers, tentait de nous enterrer vivants, refusant même la reddition des civils piégés avec nous.
Nous avons ensuite appris l’intervention de l’un des comités de défense des droits de l’homme, et le monde a entendu notre appel. Nous avons reçu un appel de Mohammed Al-Hindi, directeur du renseignement à Gaza, ainsi que de Nasser Abu Aziz, l’un des cadres du Front populaire à Jénine.
Ils ont promis à Jamal qu’ils ne permettraient pas que nous soyons enterrés vivants, qu’ils travailleraient à nous faire sortir, mais que nous devions nous rendre. Jamal leur a répondu que certains voulaient se rendre et d’autres non, et qu’il fallait laisser le choix. On lui a demandé combien nous étions ; il a répondu 27. En réalité, nous étions 25, mais nous espérions encore retrouver quelques frères pour les emmener avec nous.
Après un certain temps, Saeb Erekat a rappelé et nous a dit qu’il avait contacté Kofi Annan, le Secrétaire général des Nations unies, et que des discussions étaient en cours pour empêcher que nous soyons enterrés vivants.
Pendant ces moments de négociation, le frère Thabet Al-Mardawi est sorti, accompagné de moi-même et d’Iyad Al-Salfiti. Il y avait une maison coupée en deux, donnant sur la rue. Nous nous y sommes dirigés afin de reconnaître le chemin vers une autre ruelle qui pourrait nous offrir une issue.
Nous avons été surpris de constater que la rue que nous devions traverser était bloquée par un char à chaque extrémité, et qu’à l’une des extrémités, derrière un char, un bulldozer détruisait des maisons.
Face à cette situation difficile, et à la nécessité de quitter l’endroit où nous étions, j’ai proposé aux frères un plan : qu’une partie d’entre nous monte sur le toit de la maison coupée, qui n’était pas très élevé, tandis que les autres resteraient en bas. Nous nous préparerions à traverser la rue en couvrant notre progression par des tirs de mitrailleuses dirigés vers l’avant, de part et d’autre, afin de sécuriser le passage.
Malgré l’opposition de l’un des frères, qui estimait qu’un seul tir de char suffirait à nous tuer tous pendant la traversée, nous étions déterminés à mettre ce plan à exécution.
Certains des frères ont dit : « Tu nous mènes à une mort certaine. » Nous leur avons répondu que ceux qui souhaitaient se rendre pouvaient rester sur place et ne seraient pas inquiétés.
Alors qu’Issam Abu Al-Sabaa, trois autres frères et moi nous préparions à quitter les lieux, le téléphone de Jamal a sonné à ce moment précis. L’appelant, dont j’ignorais l’identité, a annoncé qu’une information urgente venait d’être diffusée par les médias : Sayyed Hassan Nasrallah avait lancé une initiative pour nous sauver et garantir notre vie et notre sécurité, en échange de l’officier qu’il avait capturé.
À cette nouvelle, nous avons ressenti un grand soulagement et beaucoup de joie. Nous avons décidé de rester ensemble dans cette maison et avons remercié Allah, Seigneur des mondes.
Cependant, nous avons demandé que les négociations ne passent pas par l’Autorité palestinienne. L’interlocuteur nous a demandé pourquoi. J’ai répondu que certains éléments de cette autorité n’étaient pas dignes de confiance. Il nous a alors été assuré que les négociations se feraient directement avec le Hezbollah.
Nous avons donc accepté de nous rendre. La plupart des jeunes étaient pressés de le faire, mais nous leur avons conseillé d’attendre le matin. Entre-temps, notre position étant désormais connue, les hélicoptères Apache ne quittaient plus le ciel au-dessus de la zone et éclairaient l’endroit avec des fusées éclairantes.
Ensuite, le responsable de l’opération israélienne dans le camp a commencé à nous appeler par haut-parleurs.
Vos noms étaient-ils connus des parties qui vous ont contactés ?
Oui, à ce moment-là, tous nos noms étaient connus de B’Tselem, le comité des droits de l’homme, et l’appelant a dit qu’il venait d’Umm Al-Fahm et qu’il en était le représentant. Au début, j’ai refusé de donner mon nom, et mon frère Thabet Al-Mardawi a fait de même, craignant que nous ne soyons bombardés. Nous lui avons dit que s’ils connaissaient nos noms, ils nous bombarderaient tous. Le représentant a répondu : « N’ayez pas peur, cela n’arrivera pas. »
Il a demandé les noms des quatre fugitifs les plus dangereux que nous avions. Jamal leur a donné trois noms : Thabet Al-Mardawi, Ali Al-Safouri et Alaa Freihat, tandis que le quatrième était Jamal lui-même.
Les négociations avaient lieu entre le frère Jamal et l’officier responsable des forces d’occupation dans le district de Jénine. On nous a d’abord demandé de sortir les mains en l’air après avoir enlevé tous nos vêtements. Cette demande a été complètement rejetée par certains des frères, et nous avons dit que nous préférerions mourir ici plutôt que de le faire. J’ai informé Jamal de la situation et que tout le monde n’était pas prêt à enlever ses vêtements. L’officier a répondu que, qu’il comprenait que nous soyons préoccupés par notre sécurité et celle de nos compagnons, mais qu’il était lui même préoccupé pour ses soldats, et qu’il avait peur que nous ne soyons piégés.
Après quelques débats et allers-retours, et après que Jamal ait confirmé que personne n’était piégé, il a été convenu que nous retirions nos vêtements du haut et sortions sans lever les mains. Notre sortie se ferait en deux étapes : d’abord pour s’assurer qu’aucun de nous ne portait d’armes, puis pour avancer vers la fouille qui serait effectuée par l’armée.
À l’aube, nous nous sommes retrouvés entourés de tous les côtés par des tanks et des bulldozers, qui nous encerclaient de toutes parts et à une distance permettant aux soldats de nous voir. Nous étions sur exposés et, sans exagération, le nombre de soldats présents dans la zone autour de nous dépassait les 20 000. Toutes les forces qui sont entrées dans le camp et l’ont encerclé étaient là pour nous observer. Nous avons été très surpris de découvrir que notre plan nocturne pour échapper au siège et descendre dans la rue menant à une zone sûre s’était en réalité terminé dans un camp militaire rempli de soldats et de snipers.
L’un des frères m’a commenté cela en disant : « Mon frère, si nous étions sortis la nuit, notre destin aurait été entre leurs mains. » Alors je lui ai répondu : « C’est notre destin. » Nous sommes sortis et nous nous sommes tenus sur un tas de terre. La vue était inimaginable. Le camp n’existait plus. C’était la première fois que nous regardions et voyions le quartier dans lequel nous étions. Nous ne reconnaissions plus les maisons, même si je suis natif du camp, que j’y ai vécu toute ma vie et que je connaissais chacune de ses maisons ; tout était différent, leurs formes avaient changé, et à cause de l’ampleur des destructions, je n’ai même pas reconnu la maison dans laquelle ils nous avaient placés alors que nous étions menottés.
Nous regardions le camp et ne voyions que des montagnes de ciment entassé et les restes des maisons. À ce moment-là, nos visages n’étaient pas connus de l’armée. Ils ont commencé à appeler chacun de nous pour qu’il s’avance. Un des soldats pointait un fusil M16 sur la personne qui s’approchait de l’officier pour l’inspection, et après celle-ci, il la remettait à un autre soldat pour l’emmener dans une autre pièce. Ainsi, à notre sortie du camp nous avons senti que ce qui était arrivé au camp était une grande tragédie après que nous avons été rassemblés dans une pièce, menottés.
Ils nous ont emmenés dans la maison d’Abu Ali Al-Owais pour une autre inspection. Bien sûr, la maison d’Abu Ali Al-Owais comptait trois étages. Elle était pleine de soldats, et des snipers étaient postés à chaque fenêtre du bâtiment. Ils nous ont fait passer un par un, ont effectué une fouille minutieuse, et nous ont fait asseoir sur un tas de terre et de débris sur les escaliers de la maison de Hussein Al-Hajj Rajeh, que les tanks et bulldozers avaient démolie. Nous sommes restés assis sur ces débris pendant environ un quart d’heure, après quoi nous avons été surpris de voir des jeeps militaires avancer vers nous, un officier est arrivé, la presse est arrivée, et des caméras ont commencé à nous photographier.
Je ne vous cacherai pas que ce que nous avons vu était très douloureux et que nous ressentions beaucoup de honte envers nous-mêmes, la tête baissée, au point que le frère Jamal m’a demandé de relever la tête car nous n’avions rien fait dont nous devrions avoir honte. Je lui ai alors dit de placer notre confiance en Allah. La situation n’était pas facile ; en plus de notre sentiment de désarroi, je cachais mon visage à la caméra pour ne pas être identifié.
Un des frères m’a dit : « mon frère, fais attention car quelqu’un dans la maison d’Abu Saleem te photographie » Je lui ai répondu : « Ça va » et je me suis légèrement déplacé pour qu’il ne me reconnaisse pas.
Après environ dix minutes, ils nous ont emmenés à la mosquée. Sur le chemin, nous avons vu des corps de jeunes hommes qui avaient été martyrisés éparpillés ici et là, certains recouverts d’une porte brisée, d’autres avec des couvertures, et d’autres encore à découvert. La distance jusqu’à la mosquée ne dépassait pas 50 mètres.
À notre arrivée à la mosquée, ils nous ont bandé les yeux avec des chiffons et nous ont fait nous tenir face au mur. Au bout d’un moment, un des officiers est venu appeler Safouri, mais je n’ai pas répondu. Il a rappelé, mais je n’ai pas répondu car mon nom sur ma carte d’identité n’était pas Safouri, mais Al-Saadi. Il s’est alors tourné vers moi et a dit : « N’es-tu pas Ali Al-Safouri ? » J’ai répondu : « Je suis Ali Al-Saadi. » Il a dit : « N’es-tu pas Hajj Ali Al-Safouri aussi ? » J’ai répondu : « Oui. »
Ensuite, ils m’ont pris et mis dans la mosquée, et j’ai commencé mon périple aux mains des hommes du renseignement et de l’armée dans la mosquée. J’étais les yeux bandés et menotté. J’ai entendu un jeune homme être torturé à côté de moi, et dans une autre direction, j’ai entendu quelqu’un parler en arabe.
Il a donné mon nom et celui de Jamal Huwail à l’officier, ce qui m’a un peu rassuré, et je me suis dit que le martyre ici, dans la maison d’Allah, avait un goût particulier, inaccessible à beaucoup d’autres qui ont été martyrisés et enterrés sous les décombres. J’étais même heureux que ceux qui viendraient m’enterrer trouvent mon corps entier et non en morceaux, ce qui me consolait.
Après cela, ils nous ont sortis de la mosquée en une seule rangée, me mettant à l’avant et les autres jeunes hommes derrière moi. Puis un des officiers s’est avancé, a retiré le bandeau de mes yeux et m’a demandé mon nom. Quatre caméras avaient commencé à filmer, alors j’ai dit : « Mon nom est Ali Suleiman Saeed Al-Saadi. »
Il a dit : « Tu es Hajj Ali Al-Safouri ? » J’ai répondu : « Oui. » Il a dit : « Voici toute ton armée. » J’ai dit : « Oui, c’est mon armée. »
Puis il a remis le bandeau sur mes yeux et un des tanks est arrivé pour nous emmener. Nous ne savions pas où nous étions dirigés, jusqu’à ce que nous arrivions et que je comprenne que nous étions à la prison de Salem. C’est ainsi que notre parcours dans les prisons a commencé.
Est-il vrai que l’armée vous a envoyé un appareil alors que vous étiez encerclés pour que vous puissiez communiquer, et que l’un des officiers, selon le récit du journaliste Abdul-Yem Mufid qui relayait un témoignage d’un réfugié du camp, qui serait le chef de l’opération, aurait salué les combattants en partant ? Dans quelle mesure cela est-il vrai ?
Il y a une certaine exagération dans cette affirmation. L’officier sioniste ne nous a pas envoyé d’appareil. Nous avions nos propres appareils et nous avons obtenu le numéro de l’officier par notre frère Qadrouma Musa, puisqu’il faisait partie du comité de coordination. Il nous a dit d’appeler ce numéro. Cependant, c’est le chef de la campagne qui a pris l’initiative de nous contacter, et c’est ainsi que les négociations ont commencé.
Quant à l’officier et au fait qu’il ait salué les combattants, nous ne l’avons pas revu après notre départ de la maison d’Abu Ali Al-Awis. Il était parti faire le tour du camp pour collecter des armes et rechercher des combattants, même si nous lui avions assuré qu’il n’y avait plus de combattants. La première question qu’il nous a posée était : « Qui reste-t-il parmi les combattants dans le camp ? » Nous avons répondu qu’il n’y avait plus de combattants. Il a dit qu’il avait reçu l’ordre de bombarder le camp avec des F16. Nous avons répondu : « Vous pouvez bombarder avec des B52. » Personne ne restait dans le camp. Il a demandé : « Où sont les armes ? » Nous avons dit : « Elles sont toutes encore dans le camp. » C’était l’investigation initiale qui a eu lieu dans le camp.
Le côté israélien affirme qu’il a empêché les ambulances de transporter les corps parce que vous les auriez piégés ? Et que les lieux et maisons démolis contenaient des ceintures explosives que vous auriez laissées là. Dans quelle mesure est-ce vrai ?
C’est absolument faux, car une ceinture explosive ne peut exploser qu’avec l’appui d’un bouton ou une télécommande. Il est déraisonnable que les maisons démolies soient supervisées depuis un seul endroit. Le but de ces propos est une tentative ratée de justifier les crimes majeurs qui ont eu lieu dans le camp. Quant à piéger les corps, comment pourrions-nous faire exploser des corps alors que nous savons que ceux qui viennent les récupérer sont de jeunes hommes du Croissant-Rouge palestinien ? En pratique, ceux qui viennent récupérer les corps ne sont pas l’armée israélienne, mais les frères, les infirmiers de l’hôpital de Jénine. Donc, est-il possible pour nous de faire exploser un corps de manière à ce qu’il explose sur un médecin venu vous soigner ? C’est une affirmation fausse et une déclaration incorrecte.
Nous aimerions que vous commenciez par vous présenter et nous parler de votre rôle dans les événements du camp de Jénine et des préparatifs qui les ont précédés, de manière séquentielle et jour par jour, si possible.
Tout d’abord, je m’appelle Jamal Huwail, résident du camp de Jénine. Je suis originaire d’un village appelé Zar’in dans le district de Jénine. Je suis étudiant en master d’études politiques à l’Université de Birzeit. Je travaille au Conseil législatif palestinien et je suis un membre influent de la Jeunesse du Fatah en Cisjordanie.
L’ennemi me considère comme l’un des combattants des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa en Cisjordanie les plus recherchés. Ce qui s’est passé dans le camp de Jénine était digne d’une véritable légende, résultat d’une stratégie mise en place par un groupe de jeunes du camp appartenant à toutes les forces politiques actives. Ils se sont réunis pour former un des exemples les plus remarquables d’unité nationale en discutant, en surmontant les contradictions et en renforçant les aspects positifs chez chacun, afin de représenter un exemple à suivre dans tout le pays pour atteindre nos objectifs de libération et d’indépendance.
La région de Jénine, comme vous le savez, est connue à travers l’Histoire comme un modèle de résistance et de défi. Depuis le combattant Izz Ed-Din Al-Qassam, qui était stationné dans cette région et a mené des luttes célèbres et héroïques jusqu’à son martyre dans les forêts de Ya’bad… en passant par les actes héroïques de l’armée irakienne et sa persévérance dans la région de Jénine, où un grand nombre d’entre eux ont été martyrisés.
Des dizaines de groupes armés ont émergé de cette région au fil des années d’occupation, notamment les groupes Black Panther et Red Eagle pendant la première Intifada, jusqu’à l’Intifada d’Al-Aqsa, et l’émergence de groupes militaires de résistance actifs dans la région de Jénine, ce qui a conduit l’ennemi à admettre que le nombre de ses colons et soldats tués dépassait celui des martyrs dans cette zone.
L’ennemi a également donné plusieurs noms à cette région, dont « le Nid de Frelons » ou « Hornet’s Nest ». À la suite de ce qui s’est passé dans le camp de Jénine, il a été considéré comme la pierre angulaire de l’établissement de l’État palestinien.
Si l’on parle des combats qui ont eu lieu à Jénine, ils ont commencé le 30 mars, et non le 3 avril comme cela a été dit parfois, date à laquelle le renforcement militaire intense dans le gouvernorat de Jénine a commencé. Il y a également eu une opération des frères des Brigades Izz al-Din al-Qassam, menée à Haïfa par le combattant héroïque Shadi Al-Tubasi, lors de laquelle l’ennemi a reconnu la mort de 26 ou 28 colons. Cette opération a fait que l’ennemi, en plus de son intention préalable de s’emparer de la zone, a doublé sa haine envers Jénine, en particulier le camp, car cette zone a été le théâtre de nombreuses opérations et un important foyer de lutte. Chaque fois que l’ennemi a tenté de s’emparer de zones en Cisjordanie, il a échoué à prendre le camp de Jénine, bien que ces événements n’aient pas suscité un grand retentissement médiatique comme ce fut le cas lors de la dernière invasion. En mars, c’est-à-dire environ 20 jours avant le siège du camp, nous avons repoussé une attaque majeure, 25 martyrs sont tombés, et nous avons empêché l’ennemi d’entrer dans le camp. Le succès dans le repoussement de ces invasions est dû à l’effort collectif positif fourni par un groupe de dirigeants sur le terrain, qu’ils soient du Fatah, du Hamas ou du Mouvement du Jihad islamique Palestinien, qui constituaient les principales forces actives dans ces combats, en plus de quelques camarades des Fronts populaires et démocratiques travaillant individuellement ou en petites cellules.
Pouvez-vous nous citer certains de ces noms ?
Oui, il y a des frères distingués dans le mouvement Hamas qui ont joué un rôle majeur dans la résistance du camp de Jénine, notamment les martyrs Issa Adwan, Nasr Jarrar, Mahmoud Al-Hilweh et Mahmoud Musa Abu Musab.
Parmi nos frères de la branche militaire du Mouvement du Jihad islamique Palestinien, les Brigades Al-Quds, se trouve le frère martyr Mahmoud Tawalbeh, qui se distinguait par ses qualités de leader, bien qu’il n’ait pas plus de 25 ans. Il possédait également les qualités d’une personne simple qui aimait tout le monde et qui était aimée de tous. Il y a aussi le frère Al-Safouri, considéré par l’ennemi comme l’un des fugitifs les plus dangereux… ainsi que le frère Bassem Al-Saadi, toujours recherché et considéré comme le chef des frères dans la voie de la résistance … et le frère Al-Shabl Saeed Al-Tubasi, également toujours recherché.
Nous avions également des frères venant de l’extérieur du camp, tels que Thabet Al-Mardawi et Abdel Haleem Izz Al-Din, en plus d’autres frères.
Quant au mouvement Fatah, spécifiquement les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, nous formions une élite très distinguée dans le travail et étions les fondateurs de la branche des opérations martyres au sein du Fatah, puisque la première opération de martyr dans la Cisjordanie a été lancée depuis le camp de Jénine et menée par le martyr Nazir Hammad, du village d’Al-Arqa dans le district de Jénine.
Parmi ces frères distingués, le frère leader martyr Ziad Amer, diplômé universitaire en anglais, âgé de 27 ans. Il a été arrêté pendant la Première Intifada et condamné à la réclusion à perpétuité pour avoir tué des agents ennemis. Sa maison a été détruite, et il a été libéré lors des libérations d’Oslo en 1994.
Parmi les frères connus des Brigades Al-Aqsa à Jénine figurent également Akram Stiti et Majdi Al-Tayeb. Ce dernier a été martyrisé à l’intérieur du camp lors d’une opération d’assassinat, sa voiture ayant été piégée et déclenchée par un drone de reconnaissance télécommandé.
Il y a aussi le combattant Abdel Kareem Awis, actuellement en prison à Asqalan. Il avait survécu à la première tentative d’assassinat menée par l’ennemi dans la région de Jénine avec un hélicoptère Apache, et à la deuxième dans la Cisjordanie, lorsque sa voiture a été bombardée près du district. Malheureusement, lors de cette tentative, un autre frère bien connu dans les Brigades Al-Aqsa, Moatasem Al-Sabbagh, a été tué. Israël l’avait accusé d’être le premier à travailler sur le développement des obus de mortier et des lanceurs à cette époque. Il avait travaillé avec Hajj Ali Al-Safouri, qui était nouveau dans la lutte à ce moment-là, tandis que le frère Abdel Kareem Awis avait été emprisonné à vie pendant la Première Intifada et libéré en 1994. Il fut l’un des fondateurs des groupes des Panthères noires pendant la Première Intifada, et sa maison avait également été bombardée.
Parmi les frères éminents figurent Amjad Al-Fakhouri du village de Jaba’ et Amer Al-Hawatli de Silat Al-Dhahr, et dans la ville de Jénine, Khattab Jabareen. Il y a beaucoup de noms dont je me souviens, notamment Alaa Al-Sabbagh dans le camp de Jénine et le martyr Zuhair Stiti, tombé lors de la bataille de Jénine lors d’un raid à Burqin, où il a été blessé aux yeux… ainsi que le frère Nidal Turkman, un jeune très connu des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa… et le frère Zakaria Zubeidi, toujours recherché à ce jour, en plus d’Adnan Abu Na’sah et d’autres noms que je ne peux pas tous rappeler maintenant.
Le frère Atta Abu Rumaila était à la tête de l’organisation Fatah dans le camp de Jénine et était considéré comme le chef incontesté du camp de Jénine dans toutes les confrontations, que ce soit contre l’ennemi sioniste ou contre l’Autorité palestinienne durant la période des arrestations politiques, alors que nous collaborions avec certains frères d’autres organisations. Nous travaillions principalement avec le frère Jamal Abu Al-Haija du Hamas et le frère Bassam Al-Saadi du Mouvement du Jihad islamique Palestinien.
Nous aimerions que vous nous expliquiez la structure de leadership à la tête du camp. Si nous disons « Fatah », faisons-nous référence aux Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ?
Je commencerai par la deuxième partie en disant que les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ne sont pas exactement une organisation du Fatah, car il existe un organe officiel dans le camp de Jénine, dont le secrétaire est le frère Abu Rumaila. Il est responsable de toutes les questions sociales, politiques et syndicales, ainsi que de tout ce qui concerne les citoyens du camp. Il est également responsable du comité social pour les services dans le camp… et nous l’avons soutenu dans son travail de mobilisation des masses.
Quant aux Brigades, je souhaite clarifier un point important, un bref aperçu des Brigades et de leur formation dans toute la Cisjordanie, pour servir de référence aux lecteurs à l’avenir. Les Brigades n’avaient pas de commandement central, par choix et selon l’approche que nous avons suivie depuis le début des événements. Nous considérions que chaque gouvernorat avait sa propre manière de travailler et que la coordination pouvait se faire entre les régions, mais il n’y avait pas de commandement unifié dans toutes les régions. Chaque région faisait ses choix, au point que dans certaines régions, il y avait plus d’un groupe travaillant sous le nom des Brigades sans qu’ils se connaissent entre eux.
Notre slogan dans la région de Jénine, que nous avons généralisé à toute la Cisjordanie, était : « Le leader est le martyr, et tant que tu vis, tu es un soldat dans la bataille. » L’ennemi a essayé de nous accuser et de décrire certains d’entre nous selon un ordre hiérarchique comme étant les leaders des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, mais cela est absolument faux.
Si nous essayons de préciser le travail des Brigades dans le camp de Jénine, qui était la référence principale pour ces groupes et y avait-il une référence organisationnelle ?
Essentiellement, les Brigades d’Al-Aqsa n’avaient aucun lien avec le travail organisationnel ou politique. Nous étions engagés dans la résistance militaire conformément à l’idéologie du mouvement et à ses positions et orientations politiques déclarées. Parfois, nous n’étions pas d’accord avec nos frères de l’organisation, qui nous contactaient d’une manière ou d’une autre pour nous demander de calmer les choses ou de prendre en compte certaines considérations régionales et internationales. Malgré notre engagement envers la ligne politique générale déclarée par le mouvement, nous savions qu’il existait plus d’une tendance au sein de l’organisation, au point de créer de la confusion. Nous avons donc essayé de tenir notre travail militaire à l’écart de ces questions, et notre plus haute autorité en tant que Brigades ne s’étendait pas au-delà du camp.
Quant à l’armement et au soutien financier, c’était une question importante et difficile pour nous… puisque les opérations que nous menions nécessitaient parfois des sommes importantes, même des armes coûtant 20 à 30 000 shekels. Il y avait donc certaines sources de revenus provenant d’institutions sociales dans la région et de philanthropes souhaitant participer à la lutte avec leur argent, sans que personne ne le sache. Il y avait également d’autres sources provenant des autorités organisationnelles que je ne peux pas mentionner ici.
Mais je vais vous poser la question, et vous êtes libre d’y répondre… Quelle est la relation de Munir Maqdah avec les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa en termes de soutien financier ?
Tout d’abord, le frère Munir Maqdah, commandant de la milice Fatah au Liban, est un homme respecté, et je le tiens en très haute estime, peu importe ce que nous avons entendu récemment. Lorsque tout le monde a abandonné les fils de Fatah, en particulier le noyau dur du mouvement Fatah qui formait les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, il nous a apporté son soutien par tous les moyens, et dans toutes les régions de la Cisjordanie, que ce soit financièrement ou autrement. Cela est intervenu par la suite, c’est-à-dire que cela n’avait rien à voir avec la fondation. Nous lui avons clairement indiqué dès le départ que nous étions subordonnés et engagés envers le mouvement Fatah, notre Autorité [palestinienne], et notre frère Abu Ammar, et que nous n’accepterions rien d’autre. C’était pour lever tout doute. Nous avions des doutes quant au parti avec lequel Munir Maqdah travaillait, mais nous avions fondamentalement besoin de financement.
On dit que Munir Maqdah reçoit de l’argent de l’Iran via le Hezbollah. Avez-vous des réflexions à ce sujet ?
Au départ, je pensais que tous ceux qui aidaient et travaillaient durant cette période étaient accusés de telles choses. D’un autre côté, je ne connais pas la vérité exacte, car nous n’étions pas proches ni conscients de tout ce que faisait Munir Maqdah pour déterminer la validité ou l’invalidité de ces propos. En tout cas, Munir Maqdah, dans son soutien envers nous, n’a imposé aucune condition aux jeunes qui aurait été conforme à l’approche iranienne ou à celle du Hezbollah. Je crois que si un lien avait existé, il se serait manifesté par des exigences et conditions particulières servant les intérêts de l’Iran et du Hezbollah, que nous aurions dû respecter en échange de leur soutien. Nous n’avons jamais ressenti cela de sa part. Je ne connais pas la véritable source du soutien que nous avons reçu, mais l’important est que c’était un soutien ouvert et efficace.
Le soutien incluait-il tous les groupes des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa dans toutes les régions ?
Oui… et je crois que le soutien n’était pas limité aux Brigades d’Al Aqsa seulement, mais incluait également les Brigades du Retour, également affiliées au mouvement Fatah. Munir Maqdah avait une relation avec la jeunesse, spécifiquement avec le frère Ziad Amer, et j’ai participé à certaines actions dans ce contexte, mais la relation principale se faisait par le frère Ziad Amer. Nous ne connaissions pas le montant du financement arrivé, mais notre confiance envers le frère Ziad Amer et les frères qui étaient avec lui nous faisait considérer que toute décision qu’ils prenaient constituait une référence pour nous. La composition de ce groupe était de trois ou cinq personnes. Certains de ces frères sont tombés en martyr et d’autres sont encore vivants, et la base de cette structure, en plus de Ziad, était le frère Akram Stiti. Pour les autres frères restés vivants, il n’est pas nécessaire de mentionner leurs noms.
Je voudrais clarifier davantage la formation que vous avez mentionnée, de 3 à 5 personnes. Étaient-ils, par exemple, en contact avec Naplouse pour les affaires militaires ?
La communication avec Naplouse se faisait dans un cadre de coordination et de consultation. Nous échangions des points de vue sur la situation actuelle sur le terrain et sur les opérations en cours dans notre région ou dans la leur. Nous nous fournissions mutuellement des informations sur les détails de ce qui se passait, ainsi que des affiches des martyrs à publier et distribuer dans différentes zones concernées par la coopération militaire.
J’ai connaissance que de telles pratiques existaient également entre d’autres régions comme Tulkarem, Naplouse, Bethléem et Ramallah. Jénine, quant à elle, avait sa propre confidentialité, car elle était fermée à tout le monde. Personne des autres régions n’y était présent… mais il y avait des jeunes hommes présents à Naplouse, de même que des jeunes de Tulkarem à Ramallah et des jeunes de Jénine à Ramallah, mais pas l’inverse. Par exemple, Abdel Kareem Awis, membre du groupe de cinq que j’ai mentionné, menait des activités et opérations spéciales depuis Ramallah.
Echangiez-vous vos expériences et vos connaissances militaires pour en faire une expérience commune et collective ?
Bien sûr, ces échanges existaient, mais ils étaient consultatifs et non contraignants, et en fin de compte, la décision revenait aux groupes de chaque région individuellement.
Pendant l’Intifada, nous avons remarqué deux discours politiques : celui de l’Autorité palestinienne officielle (AP) et du mouvement Fatah, et celui des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa. Comment avez-vous géré cette dualité ? Que faisiez-vous pour combler le fossé entre ces deux positions ?
Comme je l’ai dit précédemment, la confusion qui a saisi la situation politique au niveau du leadership a eu un impact négatif sur le travail de certains de nos frères dans l’appareil militaire. Par conséquent, nous avons dû adopter le travail militaire comme méthode fixe jusqu’à l’apparition d’un horizon politique clair qui aurait arrêté ce travail militaire. Il y a Al-Quds, les colonies, les retraits et d’autres questions.
Bien entendu, avec tout le respect et l’estime pour la plus haute autorité de l’organisation en Cisjordanie, représentée par le frère Marwan Barghouti, qui est avant tout considéré comme un symbole de l’Intifada. Cela est reconnu par l’ennemi avant même les alliés. Nous respections son avis et sa décision, et en même temps nous affirmions que nous n’étions pas en contact avec lui concernant le travail militaire.
Bien que certains frères le reconnaissent, j’exclus et je suis surpris que le frère Barghouti puisse être impliqué dans des affaires de ce type. Malgré notre distance par rapport à la question du camp de Jénine, il est important de savoir et de dire ici que le frère Marwan soutenait, mais pas l’appareil militaire.
Comme j’étais responsable de la Jeunesse Fatah dans le camp de Jénine et membre du leadership jeunesse en Cisjordanie, il était naturel que le frère Marwan me soutienne. Mon propre budget me parvenait par son intermédiaire, en sa qualité de secrétaire du mouvement Fatah en Cisjordanie. Quant à moi, je disposais de ce budget pour servir le travail militaire. Marwan n’avait rien à voir avec cela.
Je crois que c’est ce qui s’est passé avec Marwan dans plus d’un endroit, mais les frères lors des interrogatoires et face aux questions des hommes du renseignement et des enquêteurs, ainsi que leurs différentes méthodes et les réponses fournies, ont permis aux enquêteurs de piéger certains frères sur le sujet du frère Marwan et de sa relation avec le travail militaire, Israël cherchant par tous les moyens à tenir le frère Marwan responsable de la direction de l’appareil militaire et des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa en Cisjordanie.
Je défie, et j’assume mes mots, que le frère Marwan ou quiconque soit responsable des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa. Il est possible de confirmer cette déclaration lors d’une réunion future. J’avais considéré, et j’en avais parlé dans une interview à la revue Al-Istiqlal, affiliée au Jihad islamique depuis le début de notre travail militaire, que le secret de notre succès militaire au sein des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa résidait dans l’absence d’une structure organisationnelle unique et d’une référence unique dans toutes les régions de Cisjordanie.
Bien sûr, cela avait des aspects négatifs, représentés par l’absence d’une référence qui contrôlait notre travail dans une direction unique. Cependant, le succès fut plus grand, en termes de confusion de l’ennemi et de son incapacité à frapper de grands groupes à cause d’une petite erreur ou d’un petit coup.
Par exemple, avec les frères du Hamas ou du Jihad islamique, si un groupe militaire était frappé à Naplouse, cette frappe s’étendait pour inclure des individus et des cercles dans le reste des zones de Jénine, Tulkarem, Qalqilya et autres. Leur structure était hiérarchique : si l’un d’eux était arrêté et s’effondrait lors de l’interrogatoire, il révélait toute la hiérarchie organisationnelle. Cela s’est produit avec nos frères des Brigades Al-Quds, mais au sein du mouvement Fatah, les choses étaient différentes.
Par exemple, je ne connaissais personne à Naplouse, et si je connaissais quelqu’un, il était recherché, comme Nasser Awis ou Raed Karmi. Et s’ils me reconnaissaient, c’était pareil, car j’étais recherché. La plus grande surprise pour la jeunesse lorsque je suis entré en prison et envoyé à Megiddo fut que je n’étais pas responsable des nombreuses accusations qui m’étaient attribuées. La jeunesse supposait à tort que j’étais responsable parce que les médias israéliens, Al-Jazeera et les chaînes d’Abou Dhabi me présentaient différemment. Dans les rapports qu’ils diffusaient et les interviews que je donnais, ils nous attribuaient de grands noms et titres avec lesquels je n’avais aucun lien.
Lors de l’enquête, il est devenu clair que je n’avais aucun lien avec beaucoup de choses, et cela a été reconnu par l’ennemi sur leur propre site appartenant au ministère de la Défense. Il était indiqué qu’après l’enquête, il leur était devenu clair que certaines personnes n’avaient aucun lien avec les actes “terroristes” dont elles étaient accusées, comme Jamal Huwail. Cependant, au début de mon arrestation, Ben-Eliezer a dit : « Il suffit que nous ayons éliminé Qais Adwan et Mahmoud Tawalbeh et arrêté Jamal Huwail et Hajj Ali Al-Safouri. » Ensuite, ils m’ont tenu responsable de plus de 150 opérations, mais l’enquête a montré que je n’avais de lien avec aucune d’entre elles.
Après que vous ayez confirmé que le succès de vos opérations militaires était dû à l’absence d’autorité unifiée et donc à la difficulté pour les forces d’occupation de frapper vos groupes, et que dans chaque région vous êtes devenus « indépendants » en tant que groupes des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa pour accomplir vos missions militaires… maintenant, deux ans après l’Intifada, avez-vous réfléchi aux perspectives de vos opérations militaires et à leurs conséquences politiques ?
Non… Je vous ai dit que notre réflexion allait uniquement dans le sens du travail militaire pur, jusqu’à ce qu’une solution politique apparaisse à l’horizon et nous mène à arrêter notre travail militaire, ce qui faisait que nous ne nous engagions pas dans des solutions partielles auxquelles l’ennemi ne se conformait pas.
Par exemple, ils pouvaient nous demander un cessez-le-feu complet et que des efforts soient faits, etc., et le lendemain, nous découvrions que l’ennemi avait assassiné l’un des leaders ou des combattants recherchés, ou qu’il avait assiégé le président et bombardé son siège. Par conséquent, nous avons commencé à estimer que le leadership voulait que nous répondions à cela, et que nous frappions fort et partout où c’était possible.
Mais si nous parlons de la situation actuelle, nous constatons qu’il y a une relecture et une réévaluation par toutes les organisations de la méthode de travail, et cela s’applique aux Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, car elles font partie du tissu politique et social de notre peuple, et leurs calculs dans le travail doivent être réévalués.
Dans le cadre de ces réévaluations, et étant donné que les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ont lancé des opérations martyres depuis le camp de Jénine, comme je l’ai mentionné plus tôt, et en regardant en arrière, continuer ce type d’opérations à l’intérieur du pays aurait-il été positif ou négatif ? J’espère que vous nous partagerez votre position personnelle.
Tout d’abord, il est difficile de séparer la position officielle de la position personnelle lorsque vous êtes en position de responsabilité, mais malgré cela, je vais essayer d’être franc avec vous, même sur ma position personnelle. On nous demandait d’arrêter de tuer des civils et de ne pas mener d’opérations à l’intérieur d’Israël.
En revanche, nous voyions l’armée israélienne envahir le camp de Jénine plus de dix fois, assiégeant le camp et la ville de Jénine avec des chars, tandis que des enfants, des femmes et des personnes âgées étaient tuées, et la liste des martyrs dans le camp est longue. Toutes ces choses génèrent une réponse de toute la jeunesse du camp, qui voit toutes ces atrocités et crimes.
Quand on me demande de ne pas tuer de civils et que je vois l’armée m’assaillir, tout bloquer et tuer des innocents, que puis-je faire d’autre que répondre par des opérations martyres à l’intérieur d’Israël, qui visaient à mobiliser la rue israélienne pour faire pression afin d’arrêter les massacres commis contre nous par l’armée ?
Mais ce qui s’est passé, c’est que le monde entier, après le 11 septembre, a commencé à considérer chaque opération que nous menions comme un acte terroriste inacceptable, car il n’était pas conscient de la réalité de ce qui se passait ici. Par conséquent, il a été nécessaire de reconsidérer notre stratégie, et de continuer la résistance toute en la imitant aux zones occupées en 1967. Mais dans le cas où l’ennemi commettrait un acte brutal contre des civils, il est nécessaire d’y répondre pour le dissuader, à l’intérieur de la Palestine occupée et partout où cela pourrait se produire.
Même à ce stade ?
Oui, même à ce stade.
La question porte maintenant sur les opérations martyres et l’expression « prendre sa revanche » et « se venger », qui a été répétée de nombreuses fois dans les témoignages d’autres frères. Il a même été dit que les frères du Hamas avaient retiré certains dirigeants du camp pour qu’ils restent à l’étranger afin de prendre leur revanche et de se venger. Ne pensez-vous pas que le travail militaire avec cette compréhension s’est transformé en une affaire de vengeance personnelle, au lieu de viser un objectif politique ?
Oui, c’est vrai. Et je pense que cela nous a nui. Mais si nous le regardons de manière simplifiée… La vengeance nous apportera-t-elle un succès plus grand que ce qu’Israël pourrait obtenir par de telles opérations ? Oui, nous nous posions ce genre de questions. Je vous le dis, nous, dans le camp, étions un groupe de jeunes hommes qui discutaient et s’accordaient sur certaines choses.
Comme il n’y a pas une maison dans le camp sans martyr, blessé ou prisonnier, nous nous disions, comme une forme d’incitation, que même si c’était pour la vengeance personnelle, nous devions continuer notre travail. Bien sûr, le motif de base de notre lutte n’est pas la vengeance, mais plutôt la libération de notre terre et la défaite de l’occupation.
S’il n’y avait pas eu d’occupation, il n’y aurait pas eu de vengeance. S’il n’y avait pas eu de colonies et de colons, il n’y aurait pas eu de vengeance. Si nous avions obtenu nos droits, la vengeance aurait pris fin.
Lors de la Première Intifada, l’un de mes frères a été martyrisé. Après un certain temps, les négociations de paix ont commencé. Je ne pensais pas à ce moment-là à venger mon frère et tous les martyrs, pour satisfaire ma conscience, mon peuple et ma religion. Mais, à la fin, et je l’ai dit à plus d’un journal israélien alors que j’étais encore libre, nous devons étudier les raisons fondamentales qui ont produit cette situation.
Il est clair pour nous que l’existence de l’occupation et ses objectifs nous donnent le droit de résister et de lutter contre elle. Cependant, dans ce contexte, vous représentiez un leadership de terrain, et deviez faire face de l’existence de deux discours politiques, et du manque de soutien du politique dans votre travail militaire. N’avez-vous pas, en tant que direction du travail militaire au sein du mouvement Fatah, essayé avec la direction politique d’unifier le discours, et par conséquent d’obtenir leur soutien à votre résistance militaire, et non plus des demandes de cessez-le-feu ou d’arrêter la lutte ?
Naturellement, la réponse serait oui, puisque de tels contacts et consultations ont été menés avec les factions opposées à l’Autorité [palestinienne], sans même parler des fils du Fatah et des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa. Mais la gravité de la confusion, comme je vous l’ai mentionné, au sein de la direction politique, nous a empêchés de réussir. Ils ne savaient pas ce qu’ils voulaient. Un jour, ils demandaient la résistance militaire et le lendemain le contraire. Rien n’était clair dans leur réflexion.
Il y avait également des erreurs dans le travail des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, du Jihad islamique et du Hamas, dont certaines ont été fatales. Le travail n’était pas toujours couronné de succès et contribuait à clarifier la vision politique et à définir nos aspirations. Parmi ces erreurs, certains frères ont programmé certaines de leurs opérations pour coïncider avec la présence de personnalités politiques et d’envoyés internationaux dans la région, croyant que de telles opérations enverraient des messages à ces pays pour faire pression sur Israël afin qu’il mette fin à l’occupation, considérée comme la cause de ces opérations.
Cependant, Israël préparait immédiatement des visites de ces responsables sur les sites des opérations, comme cela a été fait avec Tenet, Fisher, Mitchell et Powell. Ce faisant, il a pu obtenir d’eux des positions contre nous, et par conséquent de la part de leurs pays. Je crois que le préjudice était clair pour tout le monde.
Avez-vous discuté de ces questions à l’époque ?
Oui, mais les conditions de la lutte ne sont pas toujours favorables en tout temps et en tout lieu, et le calendrier des visites de ces personnalités dans la région ne peut être subordonné à cette question technique. À cela s’ajoute le fait que certains frères ne respectaient pas toujours les instructions et directives. Pour être plus clair, parfois la compétition dans le travail devenait intense, et malgré la nature positive de la compétition dans le travail de résistance et de lutte, elle devenait parfois négative. De nombreuses opérations ont échoué à cause de la précipitation et du manque de préparation complète résultant de cette compétition mal placée.
Ne pensez-vous pas que la rivalité a été préjudiciable de deux manières ? Premièrement, l’annonce rapide des opérations et de leurs auteurs constitue une menace pour la sécurité de ce groupe… et deuxièmement, elle instille un esprit sectaire parmi les membres des factions de résistance. Que dites-vous à ce sujet ? Et qu’avez-vous fait pour y remédier ?
Tout d’abord, sur la question de la menace pour la sécurité et de l’exposition des individus en raison de la précipitation à annoncer l’opération. C’était l’une des erreurs les plus importantes que nous ayons commises pendant l’Intifada d’Al-Aqsa… et c’était une erreur fatale.
Quant à la deuxième erreur, après que le Comité exécutif du Fatah ait évalué les aspects positifs et étudié les aspects négatifs, je donne à la relation nationale, avec un peu d’exagération, une note de 80 à 90 %, mais certains frères évaluent la question émotionnellement et disent que la relation nationale a été 100 % réussie, alors que ce n’est pas vrai… Je crois que l’unité nationale à Jenin n’était pas profondément enracinée et continue, et cela a été le cas tout au long des événements.
N’est-ce pas que la période du siège constitue une exception à cette généralisation ?
Oui… Allah dit que, le Jour du Jugement, tout le monde sera nu et personne ne devra regarder les parties intimes d’un autre… Alors, qu’en est-il pendant le siège, quand tout le monde est exposé à la mort ? Malgré cela, certaines déclarations sectaires ont été émises par des individus et des responsables extérieurs au camp, parlant au nom de la résistance… Que tel est un officiel de Fatah, tel est un officiel du Hamas, et un autre du Mouvement du Jihad Islamique Palestinien.
Ces déclarations ont continué après le siège. Pendant la bataille au cours de laquelle environ 67 hommes, femmes et enfants ont été martyrisés, nous n’avons pas réfléchi à ce qu’il fallait écrire sur leurs affiches… Fatah, Jihad Islamique Palestinien ou Hamas. Après la bataille, de grandes erreurs ont été commises par les dirigeants des factions, à savoir des déclarations ici et là revendiquant la responsabilité de la mort de soldats dans le camp et se l’attribuant. Ces trois factions ont reproduit la même erreur…
Pour ne pas être injuste, et parce que je sais qui est à l’origine de ces communiqués, je préfère souligner que ceux qui les ont faits n’ont absolument rien à voir avec les combattants. Ils ont mentionné les noms de certains frères comme responsables de la mort de soldats, alors que ces frères avaient été martyrisés avant l’opération. Ils ont réparti les martyrs : un pour le Jihad Islamique Palestinien, un autre pour le Fatah, et un autre pour Hamas… Au lieu de mettre en avant notre unité et notre solidarité lors de cette magnifique épopée écrite par le peuple et les combattants du camp de Jenine, que le monde a vue se dérouler sous ses yeux, certains ont fini par émettre des déclarations sectaires. Le Hamas, le Fatah et le Jihad Islamique Palestinien parlaient comme s’il n’y avait personne d’autre…
Je me souviens que les camarades du Front Démocratique (FDLP) ont joué un très grand rôle alors qu’ils n’étaient qu’un petit groupe. Et malgré tout ils ont prouvé leur valeur dans la position qu’ils occupaient à l’intérieur du camp. Il en va de même pour les camarades du Front Populaire (FPLP) qui sont maintenant emprisonnés. Ils ont joué un rôle remarquable, et j’ai un grand respect pour eux.
Est-il possible de mentionner quelques noms de ces groupes ?
Je ne pense pas que ce soit approprié à ce stade. Je voudrais plutôt parler du rôle décisif et important qu’a joué le martyr Abu Al-Jandal… quiconque parle de la bataille du camp de Jenine sans mentionner Abu Al-Jandal serait injuste… Il est important d’évoquer le commandant de terrain, le frère martyr Ziad Al-Amer, qui a été martyrisé au deuxième jour de la bataille. Le frère Ziad était celui qui nous avait appris à creuser des passages de maison en maison, pour ne pas avoir à s’exposer lors de nos déplacements. Cette méthode a également été utilisée dans le camp de Balata. Il nous a aussi appris à éviter de tirer par les fenêtres des maisons, mais plutôt par des petites ouvertures creusées dans led murs spécialement pour ça et moins visibles. C’était une personne persévérante qui ne dormait peu et préférait inspecter tous les sites et axes du camp.
Quant à Abu Al-Jandal et à l’unité spéciale de la Sécurité nationale, répartie dans tout le camp, ils ont joué un grand rôle, que nous détaillerons plus tard.
Le frère martyr Mahmoud Tawalbeh, que Dieu ait son âme, a joué un rôle important dans le piégeage des ruelles, des tuyaux et des robinets. C’était une méthode très innovante, car les tuyaux et robinets qui courraient le long des murs du camp étaient piégés. Les soldats pensaient qu’il s’agissait de tuyaux d’eau, et il était naturel qu’ils s’en approchent sans prudence en cherchant à se protéger le long des murs. Puis ils étaient actionné et la charge explosait généralement au niveau de la tête du soldat, qui se protégeait contre le mur.
Le frère Mahmoud Al-Hilweh du Hamas a également joué un rôle majeur. Les jeunes militants ont aussi joué un rôle important, tout comme les jeunes ordinaires qui nous ont surpris par leurs capacités et leur disponibilité. Il y avait aussi un rôle pour les jeunes ordinaires travaillant dans les services de sécurité, mais ils ont excellé dans leur travail. Je me souviens parmi eux de Hajj Imad Al-Qassem, premier lieutenant de police, actuellement détenu à Megiddo et dont la main a été amputée. Le frère Nidal Al-Nubani et son frère Shadi ont participé à la mort des 13 soldats avec Amjad Al-Fayed et Mohammed Al-Fayed.
Je veux que vous reveniez plus en détail sur les préparatifs que vous avez effectués avant la dernière invasion, ainsi que sur la chronologie des événements. Nous voulons également que vous nous parliez du rôle de l’Autorité palestinienne, car il a été question de contacts qui ont eu lieu avec certains frères et forces afin de se replier.
Bien sûr, les préparatifs mis en place avant la dernière invasion étaient le résultat des invasions répétées auxquelles le camp de Jenine avait été exposé, comme je l’ai mentionné précédemment. Mais cette fois, la préparation était spéciale, car nous avions estimé que cette opération des forces d’occupation serait différente des précédentes. Nous avons donc amélioré notre préparation.
Une réunion de coordination a été appelée par toutes les organisations, incluant les trois principales factions du camp : Fatah, Hamas et Jihad islamique Palestinien et il y avait certains frères de l’Autorité nationale palestinienne. Cela s’est passé environ trois jours avant l’invasion. La situation a été étudiée et la question de comment développer les mécanismes de travail dans le camp pour faire face au siège à venir a été discutée, ainsi que la question de savoir si nous devions quitter le camp ou non.
La vérité est que nous avons abordé ce sujet avec l’un des hauts dirigeants des frères du mouvement Hamas et que nous avons discuté de notre réponse dans le mouvement Fatah, Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa : il s’agissait de résistance jusqu’au martyre, car nous considérions que cette bataille était une bataille de défi et une bataille pour la victoire.
En même temps, et pour être franc, le siège du frère Abu Ammar à Ramallah et son pari que Jenine et le quartier de la vielle ville à Naplouse en particulier, seraient des bastions de la résistance, nous ont donné un grand élan pour continuer et résister à l’intérieur du camp.
Est-il possible de mentionner les noms des responsables des factions qui ont assisté à la réunion préparatoire ?
Oui, je me souviens que parmi les participants à la réunion se trouvaient le frère Atta Abu Rumaila du mouvement Fatah, ainsi que le frère Ibrahim Jabr, Jamal Abu Al-Haija, Bassam Al-Ragheb, et, si je me souviens bien, Bassam Al-Saadi du Jihad islamique. Il y avait également le frère Ziad Amer des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, Abdel Haleem Izz Al-Din du Jihad islamique Palestinien, Ahmed Moussa du Hamas, et bien sûr le frère Abu Al-Jandal, commandant incontesté de la bataille de Jenine et chef de la salle des opérations.
Quoi que nous décidions, les frères recherchés qui assistaient à la réunion étaient informés et se préparaient en conséquence. Ils étaient comme les responsables des ailes militaires, nous informant de leurs préparatifs, de leurs capacités et des jeunes présents. Puis, à notre tour, nous informions pleinement les factions et les tenions au courant.
En général, les discussions portaient sur notre préparation à mener une bataille très dure, et nous n’avons pas discuté de la question de quitter le camp ou non, car cette décision avait été prise dès le départ.
Quels étaient les points clés spécifiques discutés lors de la réunion ?
Nous avons discuté de la préparation au combat, du déploiement des groupes dans des positions spécifiques et de la répartition des moyens disponibles pour les factions, qu’il s’agisse d’armes, d’explosifs, etc. La question de l’hôpital mobile a été étudiée, tout comme celle de la mise à disposition d’un camion de pompiers, ainsi que la présence des infirmiers et des médecins dans le camp.
Ces besoins ont-ils été couverts ?
Franchement, c’était incomplet. Il y avait un ou deux dispensaires, si je me souviens bien, et un certain nombre de trousses de premiers secours étaient disponibles pour certains frères qui avaient suivi des cours de premiers secours que nous organisions dans le camp de Jénine. À mon avis, les frères qui portaient ces trousses étaient parfois plus précieux que ceux qui portaient des armes, car elles ont permis de sauver des frères malgré les ressources limitées… Quant au service des pompiers, des frères donateurs à l’intérieur, sous la supervision et le suivi de frère Abdel Razzaq Abu Al-Haija, nous avaient promis d’en fournir un certain nombre, mais ils ne sont pas arrivés à temps.
La question de quitter le camp a-t-elle été sérieusement abordée lors de la réunion ?
Non, elle n’a pas du tout été abordée lors de la réunion, mais elle a été discutée en aparté avec certains frères. Finalement, il y a eu consensus pour rester.
Nous avons appris que vous aviez eu des contacts avec certaines parties, y compris des groupes d’opposition, concernant la question de quitter le camp.
Oui, des contacts ont eu lieu, et j’ai personnellement discuté de cette question avec Jamal Abu Al-Haija la veille de l’invasion. Il m’a parlé avec une totale franchise et responsabilité de la faisabilité et de la raison d’être que nous restions tous dans le camp, au risque de perdre nos cadres. Ma réponse a été que notre maintien était le plus grand message au peuple : vos fils n’étaient pas les seuls envoyés pour être martyrisés à Afula et Haïfa, mais que nous, en tant que jeunes responsables et leaders de ce camp, devions également assumer cette responsabilité et montrer au peuple que nous étions prêts à sacrifier nos vies aux côtés des leurs.
Ainsi, la décision de rester a été prise pour plusieurs raisons : la nécessité de défier l’arrogance israélienne, de tenir le pari du frère Abu Ammar sur la fermeté du camp de Jénine, qui deviendrait une légende, et le moral très élevé chez les habitants, ainsi que l’insistance des chefs militaires à rester dans le camp.
Il y a eu quelques personnes qui ont quitté le camp. J’ai convaincu Jamal Abu Al-Haija de partir en premier, car il avait été blessé lors de l’invasion précédente et son bras avait été amputé ; je lui ai dis que son aide depuis l’extérieur du camp serait plus efficace. Ainsi, l’engagement des frères du Hamas en tant qu’appareil a été assuré, car il était plus important que celui des autres appareils. Par exemple, lorsque le frère Tawalbeh et Hajj Ali Al-Safouri ont été invités par le Dr Ramadan Shallah à quitter le camp, ou d’autres comme Thabet Al-Mardawi ont reçu la même demande, ils ont totalement refusé de partir. Dans le mouvement Fatah, tous les combattants recherchés ont refusé de quitter le camp.
Je reviens à ma question : quels dirigeants politiques du mouvement Fatah vous ont demandé de partir afin d’éviter ce qui allait se passer et vous ont fourni des justifications pour cette position ?
Je serai franc avec vous. Notre frère, le leader Marwan Barghouti, m’a appelé et nous a expliqué la situation depuis sa position, avec les informations dont il disposait, et a dit textuellement que cette phase était une phase d’invasions qui se poursuivrait pendant un à trois mois, une phase d’arrestations, d’éliminations, de destructions et de démantèlement des infrastructures de l’Intifada. Il a précisé que ces informations provenaient de renseignements confirmés de l’autre côté et qu’il fallait donc se protéger autant que possible et rester présents pour la prochaine phase en tant que jeunes membres du mouvement Fatah, et non en tant que forces militaires.
Il y a également eu un appel du frère Jibril Rajoub, qui a lui aussi présenté sa vision sur cette question. Dans ce contexte, je crois, avec la plus grande responsabilité, que l’action de Jibril Rajoub à ce moment précis et dans les conditions de l’époque était correcte concernant le siège de Beitunia et sa demande aux jeunes de se rendre. Cependant, l’erreur fondamentale fut la présence de jeunes du Hamas recherchés à l’intérieur du siège dès le départ, et ils auraient dû être libérés avant que les forces israéliennes n’approchent. Je crois toutefois que quelque chose s’est produit que nous ne pouvons pas encore comprendre, car il y avait des promesses et des pressions des Américains sur les forces d’occupations pour qu’elles ne lancent pas le siège mais elles l’ont fait malgré tout.
Vous a-t-on demandé à tous de quitter le camp ?
Non, il a demandé spécifiquement la libération des personnes recherchées connues.
Comme nous le savons, Jénine est une zone montagneuse avec une vaste campagne. N’y a-t-il pas eu de discussion ou même d’idée pour éviter la confrontation depuis l’intérieur du camp et de se déplacer dans la campagne afin de continuer et de soutenir la résistance, et d’éviter un coup majeur pour le camp et pour vous-mêmes ?
D’après notre expérience des invasions précédentes, nous pensons que l’endroit le plus sûr pour les combattants est à l’intérieur du camp de Jénine, et nous avons des exemples qui confirment cette idée. Lors d’une des invasions précédentes, il y avait un homme recherché, qualifié de “très dangereux” par l’occupation, un combattant des brigades Al-Quds, qui était caché dans le camp, nommé Mohammad Al-Anini. Quand il a décidé de quitter le camp pour une raison ou une autre et est allé au village de Saris, l’ennemi a pu l’assassiner pendant l’invasion.
Un autre exemple confirme que l’extérieur du camp n’était pas sûr et au contraire pouvait être plus dangereux. Ce qui est arrivé à notre frère Qais Adwan, leader des Brigades Al-Qassam, et à ses camarades qui étaient avec lui : lorsqu’il a quitté le camp pour se rendre au village de Tubas, trois jours après l’invasion, il a été martyrisé là-bas. Par conséquent, nous n’avions pas d’autre choix que de tenir le camp de Jénine, car le quitter était dangereux.
Parlez-nous du niveau de préparation des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne dans le district de Jénine en général et dans le camp en particulier, que ce soit en termes de fourniture d’armes et de munitions aux combattants, ou en ce qui concerne la décision de les confronter. Ma question se situe dans le contexte des promesses faites par ces forces jusqu’à la dernière minute de fournir des armes et des munitions, mais au dernier moment, il a été dit que les armes et les munitions avaient été transférées dans un village voisin.
Les services de sécurité n’avaient pas de stratégie pour mener la confrontation. Ils n’ont pas suivi la résistance. Un général de brigade a même complètement retiré ses armes de la zone. Un officier du renseignement a même enterré toutes ses armes. Un haut responsable du gouvernorat de Jénine répétait constamment que nous étions un groupe de fous pour vouloir faire face à une bataille de ce type. Il exprimait à plusieurs reprises son souhait de détruire complètement le camp. Je prends la responsabilité de ces mots.
Pourquoi pensez-vous qu’il avait une telle attitude ?
Cette période là a exposé la corruption de nombreux individus au sein de l’Autorité palestinienne. Les organisations de jeunesse exigeait qu’il y ait une réforme des appareils de l’Autorité et de mettre fin au phénomène de la corruption. Apparemment ce responsable était un agent du régime jordanien, et il est le pire exemple que l’on puisse trouver dans sa famille, car certains membres de cette famille ont joué un rôle majeur et honorable lors des événements et ont beaucoup contribué au développement de la résistance. Je me souviens notamment d’un frère remarquable ayant le grade de colonel.
Il y avait aussi un autre responsable des services de sécurité, qui n’a participé à aucune confrontation mais se moquait de nos actions, les qualifiant de feux d’artifice et demandant ironiquement : « comment allez vous mener une bataille avec ces armes et ces feux d’artifice ? » Cela montre que sa mentalité n’était pas celle d’un combattant cherchant la confrontation. Ses forces n’ont pas participé officiellement à la résistance.
Il laissait le choix aux éléments résistants de défendre la zone et ceux qui ne voulaient pas pouvaient partir en civil et se cacher dans leur village. Il y a eu une participation individuelle de certains policiers ici et là. Je me souviens personnellement du premier lieutenant Imad Qasim, qui a été blessé et a eu la main amputée, parmi les participants.
Donc, vous affirmez qu’il n’y avait pas de décision officielle de confrontation ?
Oui, tout à fait. Quant à nos frères dans d’autres agences, comme la Sécurité préventive, ils ont participé en nous fournissant quelques armes, que nous avons distribuées aux jeunes. Certains éléments ont également participé efficacement, mais individuellement.
Dans le Service de renseignement, une unité de la Force exécutive était présente à l’intérieur du camp, dirigée par le martyr héros, le capitaine Mohammad Al-Nursi, qui a été martyrisé lors de la bataille, avec tout son groupe.
L’unité la mieux formée et ayant joué un rôle majeur dans le camp était l’Unité d’exécution et de reconnaissance affiliée à la Sécurité nationale, dirigée par Abu Al-Jandal, et comptant 40 combattants. C’est la seule unité qui a combattu officiellement.
Les responsables du 17ᵉ appareil, littéralement, le frère Abu Al-Awad et le général de brigade Faisal Abu Sharkh (Abu Mahmoud), du 17ᵉ appareil en Cisjordanie, ont dit : « Frère Jamal, considère-nous comme des soldats dans la bataille de Jénine, et l’appareil, son directeur et toutes ses capacités sont à ta disposition. »
Malheureusement, le colonel susmentionné du 17ᵉ appareil, responsable dans le camp de Jénine, n’a pas coopéré avec nous sur cette question. Je lui ai demandé des munitions, mais il a nié en avoir. Les jeunes ont découvert où se trouvaient les munitions, ont forcé les portes, ont pris les munitions et les ont transportées au camp de Jénine.
Vous avez mentionné précédemment que certains responsables des services vous avaient rendu des armes qu’ils avaient auparavant confisquées. Pouvez-vous clarifier cela ?
Oui, cela s’est produit. Je me souviens que nous avions une mitrailleuse qui avait été saisie par la police et qui nous a été rendue. Il y avait une autre mitrailleuse destinée au Jihad islamique, confisquée par la Sécurité nationale. Je suis allé personnellement voir le général de brigade Fayez Arafat et il me l’a donnée. Je crois que cela s’est produit quatre jours avant la bataille. C’était le résultat de la pression populaire à ce moment-là. L’arme a été transférée au camp et est encore en possession des jeunes à ce jour.
Étiez-vous pratiquement prêts pour la bataille à ce stade ?
Oui, en plus de cela, nous avons sécurisé les provisions alimentaires. Nous avons informé tous les magasins et commerces du camp de satisfaire toute demande d’un combattant et de l’enregistrer pour que la comptabilité et le paiement puissent se faire après la bataille. Ainsi, les provisions étaient sécurisées dans tous les lieux.
Après cette préparation, pouvez-vous nous parler de la première étape du siège et de la confrontation ?
Le premier jour, après que les jeunes eurent terminé leurs préparatifs, une tentative d’infiltration dans le camp a été effectuée par l’entrée sud, depuis la zone d’Al-Jabriyat, vers 2 ou 3 heures du matin. Les combattants ont lancé une embuscade très importante à cet endroit, et l’ennemi a été surpris par la présence des jeunes sur ce terrain élevé. Une confrontation très violente a eu lieu, et certains soldats ont été tués et blessés lors de ce combat. Des hélicoptères ont été vus évacuant les blessés de la zone.
Pendant la nuit, toute la rue a été piégée, dans la zone de la place sur la rue principale, en plus de certaines maisons et tuyaux. Il y avait également de gros explosifs que les jeunes appelaient « fantômes », mesurant de 2 à 6 mètres de long. Ils ont été fabriqués par certains frères des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa et distribués dans les rues.
Il y avait aussi de grands chauffe-eaux piégés, fabriqués par le frère Mahmoud Tawalbeh. Des grenades à main ont été fabriquées par toutes les organisations… Une partie de la fabrication de ces explosifs a été réalisée en coordination avec le Jihad islamique et le Fatah, et nous avons partagé les coûts.
Les groupes étaient répartis dans tout le camp, et certains incluaient des membres de la Sécurité nationale qui faisait bénéficier leurs camarades de leur expérience.
Le deuxième jour, si je me souviens bien, l’attaque s’est concentrée sur la partie ouest du camp. Ce fut un raid très lourd, et le frère Abu Al-Jandal y était pour les affronter, se déplaçant entre les grands axes. La bataille était si intense que les cris des soldats pouvaient être entendus à travers les haut-parleurs, suppliant Mahmoud Tawalbeh, dont la maison était en face du lieu de l’affrontement, de les sauver. Ils disaient qu’ils n’avaient rien à voir avec cette guerre.
Les jeunes leur ont demandé de déposer leurs armes et qu’ils seraient en sécurité ; sinon, ils mourraient. Le frère Abu Al-Jandal a contacté Mahmoud Tawalbeh pour obtenir un renfort de combattants. En effet, le martyr Mohammad Al-Nursi, le martyr Mahmoud Tawalbeh et certains autres frères s’y sont rendus. Mahmoud a été légèrement blessé à la main ce jour-là. Cette bataille, je m’en souviens, a été documentée en images, montrant un certain nombre de soldats tués et d’autres blessés.
Le troisième jour, le frère Tariq Darawsheh, résident de Wadi Al-Far’a, a été martyrisé. Le frère Abu Al-Jandal lui a juré qu’il ne quitterait pas le champ de bataille avant de se venger, ce qu’il a fait.
Les troisième et quatrième jours environ, la zone ouest a été complètement incendiée en raison des bombardements qui ont continué jour et nuit, servant de couverture aux soldats assiégés. Pendant ce temps, cinq frères ont été martyrisés, parmi lesquels je me souviens des héros Nidal Sweitat, Mustafa Al-Shalabi, Mohammad Talib de Nuris, et d’autres de la Sécurité nationale dont je ne me rappelle malheureusement pas les noms.
Après cela, les groupes se sont légèrement repliés vers le centre du camp, la zone d’Al-Hawashin. Parmi ceux qui se sont retirés se trouvaient Abu Al-Jandal, son groupe et le reste des frères.
Ensuite, l’attaque s’est concentrée dans la zone de la place, où la résistance a été très acharnée car il s’agissait d’une zone clé. Les tanks, sous une couverture de feu intense par les avions et un bombardement continu, ont pu progresser jusqu’à la zone de la place.
Le camp a été attaqué le quatrième et le cinquième jour, je pense, depuis la zone est. Durant les quatre ou cinq premiers jours, les jeunes continuaient à allumer des feux la nuit au milieu de la rue principale et à se rassembler autour. Les premières pluies ont commencé à tomber, ce qui les a fait acclamer et chanter, en attendant la pluie.
Les frères disposaient d’enceintes portables placés sur l’une de leurs jeeps, car nous nous attendions à ce que les haut-parleurs de la mosquée soient frappés et que l’électricité soit coupée. Nous avions un générateur de secours pour recharger les batteries des téléphones portables pendant la coupure d’électricité dans le camp.
Ziad Amer a été martyrisé le deuxième jour de l’invasion, à midi, touché par un tireur d’élite lors d’un raid sur le camp, appelé le raid de Qanbar.
Un des frères a tenté de le sauver, mais il a également été martyrisé. Comme je l’ai dit, le frère Ziad Amer faisait partie des personnes qui ont joué un rôle majeur dans la préparation et la mobilisation pour cette bataille. C’était une personne créative dans ses idées, et sa simple présence dans le camp représentait un facteur moral très important. Par conséquent, son martyr a eu un impact négatif sur le moral de certains jeunes engagés dans la bataille.
Parlez-nous de votre relation, en tant que combattants, avec la population du camp. Leur avez-vous demandé de rester ? Et combien de temps sont-ils restés avec vous ?
Les habitants du camp ont tenu avec nous de manière exceptionnelle jusqu’au sixième ou septième jour, lorsque nous leur avons demandé de partir. C’est à ce moment-là que les bulldozers ont commencé à démolir les maisons et à progresser lentement de maison en maison. Les avions bombardaient les maisons de manière terrifiante. Il n’y avait pas une maison qui abritait un combattant ou un groupe de combattants qui n’ait été bombardée, avec au moins 30 missiles.
Les habitants du camp sont-ils restés volontairement ou à votre demande ?
Au début, nous avons demandé aux gens de rester et les avons exhortés à rester avec nous. Mais lorsque nous avons senti que les crimes de l’ennemi menaçaient tout le monde sans exception, et que des crimes odieux pouvaient être commis contre notre peuple, surtout que les Israéliens ne prenaient pas en compte la présence de civils et ne faisaient aucune distinction entre civils et combattants, et que les civils étaient ciblés de la même manière… Nous avons reçu les nouvelles, le deuxième et troisième jour de l’invasion, de l’exécution de certains jeunes hommes devant leurs familles sur la place principale du camp, alors même qu’ils n’avaient aucun lien avec une quelconque activité de résistance. Les jeunes hommes avaient été arrêtés et éliminés devant leurs familles.
Les Israéliens affirment avoir été forcés de tuer des civils parce que des combattants étaient présents au même endroit. Quelle est votre réponse à cette affirmation ?
Cette justification n’est pas rare de la part de notre ennemi, qui trouve toujours des arguments et excuses pour justifier ses crimes. Beaucoup d’assassinats qu’ils ont commis ont été réalisés principalement par des hélicoptères contre des individus recherchés, tuant des civils qui se trouvaient à proximité. Comme d’habitude, ils avancent de fausses excuses. Ce sont des justifications bidons.
Nous n’allions jamais dans des maisons habitées par des civils. La plupart du temps, nous étions dans les ruelles du camp. Chaque fois qu’un combattant avait besoin de repos ou de nourriture, il allait à sa maison si elle était à proximité. Nous sommes des habitants du camp et nous le défendons ainsi que ses habitants. Mais les crimes commis par l’ennemi contre les habitants ont conduit les combattants de la résistance à demander aux résidents de quitter leurs maisons et de se mettre à l’abri afin d’éviter plus de pertes.
Je veux que vous nous parliez du fait de voir des personnes ensevelies vivantes sous les décombres et que vous mentionniez leurs noms.
C’est vrai que nous ces choses se sont produites et certains frères ont été enterrés vivants. Je me souviens du martyr Mohammad Al-Badawi, qui a été blessé le troisième jour. Je me souviens également d’autres personnes blessées qui ont été ensevelies sous les démolitions de maisons par les bulldozers, notamment le frère Mahmoud Al-Hilweh, le frère Munir Al-Washahi et Umm Marwan Al-Washahi. Ces trois personnes ont vu leurs maisons détruites alors qu’elles étaient encore vivantes à l’intérieur. Des maisons ont été démolies sur le corps de martyrs, tels que le martyr Nidal Al-Nubani, Mohammed Al-Fayed et Allam Kaniri, ainsi que Taha Al-Zubeidi et les autres frères.
Les frères étaient retranchés à plusieurs endroits. Hajj Ali se trouvait dans la zone de la place, et je me souviens de lui avec affection car il a montré une résilience remarquable. Il n’a pas bougé un seul instant de l’endroit où il se trouvait, malgré le bombardement intense et la forte présence des forces ennemies dans la zone.
Le sixième jour, le quartier Al-Damj, au sud-est du camp, a été rasé par les bulldozers, et certains frères y ont été blessés et martyrisés. Nous étions là avec le frere Mahmoud Tawalbeh un groupe de jeunes hommes, et il y avait aussi Saeed Al-Tubasi, qui est actuellement recherché à l’étranger. Il y avait d’autres frères, comme le martyr Mahmoud Al-Hilweh, le professeur Mohammad Kharwish et Abdel Haleem Izz Al-Din. Nous étions dans l’une des maisons, puis nous avons été répartis dans plus d’un endroit, car l’ennemi se rapprochait de plus en plus et nous avions peur des bulldozers.
Le cinquième jour, plus précisément, le martyr Tawalbeh s’est rendu chez le frère Jawad Al-Hasani, et là il a rencontré environ cinq des frères restants qui étaient fortifiés dans le lieu pour défendre la zone est du quartier Al-Hawashin. Cette zone a été bombardée intensivement avec des RPG, et Tawalbeh, Abdul Satar et Shadi Al-Nubani ont été martyrisés là, si je me souviens bien. Hajj Imad Al-Qassem a été blessé et sa main a été amputée.
Un des frères, nommé Iyad Tahseen, du Hamas, est resté coincé sous les décombres dans la cage d’escalier du sixième jour jusqu’au treizième ou quinzième jour, c’est-à-dire même après le retrait de l’armée de la zone… Selon les secouristes, il avait des brûlures au visage et a pu survivre grâce à des morceaux de fromage et une bouteille d’eau… Il a raconté le martyr de Tawalbeh, qu’il connaissait, et le frère Tawalbeh a été martyrisé le sixième jour de la bataille.
Nous avons appris que ce qui s’était passé avait été documenté par des photos, et que le martyr avait une caméra avec lui pendant et tout au long des combats. C’est ce que certains frères ont mentionné. Avez-vous effectivement enregistré cela ?
En vérité, ce sujet est né de notre expérience lors des invasions précédentes. Je me souviens que nous avons longuement discuté avec le frère Abu Al-Jandal de la manière de documenter et d’enregistrer tout. J’ai parlé avec Hajj Ali et Sheikh Jamal de la manière dont, après chaque bataille, nous publierions une déclaration conjointe des batailles et enregistrerions ses détails et les pertes des deux côtés. Abu Al-Jandal enregistrerait certains événements et dates. Je notais également certains jours dans un petit carnet que j’avais toujours avec moi, mais malheureusement il a été perdu pendant l’invasion et je n’ai pas pu le retrouver. Hajj Ali avait une caméra et il filmait parfois, en la confiant à certains jeunes pour filmer des événements très importants. Je crois que les cassettes existent et qu’un jour elles seront publiées.
Pensez-vous que ce qu’Abu Al-Jandal a écrit et enregistré des dates et événements soit resté en sa possession ?
Je pense que cela est resté avec lui jusqu’à son martyr, et peut-être que les Israéliens l’ont pris après cela.
Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l’ecriture d’un journal de bord et à la photographie ?
Sur la base de nos expériences précédentes, nous avons senti que cette fois serait différente et qu’une légende serait écrite dans ces batailles.
On parle d’un engagement de votre part dans le camp de Jénine, de la part du Fatah et d’autres factions. Cet engagement a été exprimé dans un document envoyé à Abu Ammar avant la dernière invasion. Parlez-nous de ce document dans lequel vous disiez que vous ne mèneriez pas d’opérations militaires à l’intérieur de la Ligne Verte.
La direction s’est concentrée sur le camp de Jénine à cet égard, comme centre d’action et axe des opérations militaires à l’intérieur de la Ligne Verte. Nous avons été contactés à ce sujet par un interlocuteur principal dans sa capacité organisationnelle au sein du mouvement Fatah, et non dans une capacité militaire ou autre. Cet interlocuteur était Marwan Barghouti. D’autres nous ont également contactés pour le même objectif.
Cependant, lorsque Marwan a contacté le président Abu Ammar dans son bureau, il nous a demandé un document dans lequel les factions s’engageaient à ne mener aucune opération à l’intérieur de la Ligne Verte et à ne revendiquer aucune responsabilité pour une telle opération. Il y avait en effet une grande et claire compréhension de la part des appareils militaires des factions, principalement des Brigades Al-Quds, car à ce moment-là Mahmoud Tawalbeh était emprisonné par l’Autorité [palestinienne] à Naplouse, et Ali Al-Safouri se trouvait dans le camp de Jénine.
Hajj Ali et moi sommes restés éveillés et avons discuté jusqu’à 2h30 du matin, jusqu’à ce que Hajj Ali rédige un document de sa propre main s’engageant à ce que les Brigades Al-Quds à Jénine ne mènent ni ne revendiquent d’opérations à l’intérieur de la Ligne Verte. Je me souviens que nous avons cherché le sceau des Saraya al-Quds mais nous ne l’avons pas trouvé. Nous avons dit à Marwan que nous n’avions pas trouvé le sceau et que le document ne serait donc pas signé avec le sceau des Saraya. Il a dit : « C’est bon, envoyez-le-moi. » Nous l’avons donc envoyé, si je me souviens bien, depuis le bureau de la Sécurité Nationale à Jénine. Marwan l’a reçu à Ramallah et est allé voir le président à trois heures du matin alors qu’il dormait. Il l’a regardé et a exprimé sa grande satisfaction quant à la compréhension que nous avions montrée à Jénine.
Ce que je comprends, c’est que Marwan, dans sa conversation avec vous, a exprimé une position rejetant toute action à l’intérieur de la Ligne Verte.
Marwan ne dit à personne de travailler ou de ne pas travailler dans tel ou tel domaine. La position de Marwan était bien connue : tant qu’il y aura occupation, il y aura résistance à cette occupation. Mais à ce moment précis, et à la lumière de la situation politique et des mouvements, sa position était que nous devions prendre un tel engagement.
Quand ce contact vous est-il parvenu ? Environ quel mois ?
Je pense que c’était en janvier ou février, c’est-à-dire quelque temps avant la dernière invasion.
Avec quelles factions vous êtes-vous réunis pour transmettre le message d’Abu Ammar ?
À cette époque, j’ai eu des réunions intensives avec Sheikh Jamal du Hamas, avec qui j’avais une relation étroite (Jamal Abu Al-Haija) en sa qualité de représentant de l’aile politique, et avec Ibrahim Jabr, Bassam Al-Saadi, Hajj Ali Al-Safouri, Abdel Haleem Izz Al-Din, et de Fatah, le frère Atta Abu Rumaila, et j’étais également à jour avec le frère Ziad Amer.
En pratique, aucun engagement n’a été pris sauf par les Brigades Al-Quds.
La bonne démarche était que les Brigades Al-Quds s’engagent uniquement à mener ces opérations dans le district de Jénine, et Ali Al-Safouri a déclaré qu’il ne respecterait pas cet accord si Israël violait le cessez-le-feu et assassinait directement quelqu’un, je ne me souviens plus exactement de qui. Cela n’a pas aidé à compléter le dialogue avec nos frères du Hamas, malgré une discussion initiale qui a eu lieu et au cours de laquelle ils ont montré une grande compréhension… Il est vrai que l’engagement concernait les forces présentes à l’intérieur du camp, mais l’ensemble du camp de Jénine décide de sa position. Le frère Qadura Musa, en sa qualité de secrétaire du mouvement Fatah dans le district de Jénine, était entièrement d’accord avec nous et disait toujours : « Quoi que vous décidiez, je suis avec vous et engagé ».
Comment avez-vous joué ce double jeu ? D’une part, vous, en tant que mouvement Fatah, ou plus précisément, les Brigades Al-Aqsa, meniez des opérations à l’intérieur de la Ligne Verte, et d’autre part, vous deviez convaincre les factions de prendre un engagement, comme vous l’avez mentionné… La question est : avez-vous adopté cette position auparavant et avez-vous également soumis un engagement au président Arafat ?
D’abord, lorsque nous parlons avec le frère Marwan ou avec le Président, je parle en ma qualité organisationnelle, et non en tant qu’organe militaire. Je suis un responsable de la Jeunesse Fatah, suivant les étudiants dans les universités et les relations internationales. Cependant, les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ont compris les circonstances politiques et apprécié la situation, même sans dialogue. Implicitement et sans soumettre de document écrit, elles étaient engagées envers la position générale du mouvement.
En même temps, elles ne pouvaient rien soumettre par écrit car cela aurait mis le mouvement Fatah dans une situation embarrassante, étant donné qu’il y avait un débat sur la légitimité ou non des Brigades. Cette question a été portée devant le Président pour retirer la légitimité aux Brigades. Hakam Balawi avait exigé la dissolution des Brigades. La réponse du frère Marwan lors de cette réunion fut que les Brigades n’avaient pas été formées par une décision du mouvement Fatah, et donc elles ne peuvent être dissoutes par une décision. « Nous ne les avons pas formées ensemble, toi et moi » (le discours s’adresse à Hakam Balawi) « pour pouvoir les dissoudre. » Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa n’ont pas été formées par le mouvement, et donc personne n’a le droit de les dissoudre.
En effet, la décision a tenu, et après cela, nous avons entendu Mohammed Rashid Khaled Salam sur des chaînes satellites louer les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, leurs martyrs, leurs opérations et leurs héros. Khaled Islam, qui était contre les Brigades et appelait à leur dissolution, a commencé à louer ces Brigades… Je crois que le mouvement Fatah a traversé des étapes importantes. La troisième étape de ce mouvement a eu lieu pendant l’Intifada Al-Aqsa. La premiere était en 1965 et la deuxième en 1967 après la Bataille de Karameh. Cette troisième étape qui a eu lieu après Oslo a plongé le mouvement Fatah dans une grande confusion face à la question : « Où allons-nous ? » Jusqu’à ce que les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa apparaissent, imposent leur présence sur la scène palestinienne, et restaurent le respect et l’attention de la rue palestinienne envers le mouvement Fatah, son leadership et son commandement.
Encore une fois, je souhaite poser la question de l’état de désunion que vous avez connu au sein des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, en tant que membres du mouvement Fatah. D’une part, vous meniez des opérations controversées, d’autre part, vous étiez tenus de persuader les factions de cesser ces opérations et de soumettre un engagement écrit, et d’un troisième côté, vous contrecarriez les tentatives de l’Autorité palestinienne d’arrêter les personnes recherchées à l’intérieur du camp… Dans quelle mesure avez-vous pu coexister avec ces contradictions, et avez-vous également été capable de jouer un rôle d’unification des forces ?
Je commencerai ma réponse en partant de la logique de l’ennemi sioniste, qui attribue son invasion du camp à l’existence d’une unité nationale et à la perméabilité des différentes forces à l’intérieur du camp, au point qu’ils n’ont pas pris la peine d’enquêter sur les militants pour déterminer à quelles organisations ils appartenaient.
Le deuxième point concerne les déclarations de l’opposition palestinienne, notamment du Jihad islamique Palestinien et du Front populaire, que ce soit à travers des conversations directes avec nous, des messages qu’ils nous ont envoyés ou leurs interventions sur les chaînes satellites, la dernière étant celle du frère Khaled Meshaal, qui a mentionné spécifiquement mon nom et parlé de mon rôle majeur dans l’unité nationale à l’intérieur du camp, aux côtés des autres jeunes, en particulier en tant que membres du mouvement Fatah.
Cela est bien entendu différent de notre présence dans les Brigades, car nous formions la « zone médiane » pour les organisations, c’est-à-dire que nous agissions comme des médiateurs entre elles. Nous recherchions les meilleures solutions entre les positions des factions et nous étions toujours l’arbitre dans les problèmes et désaccords entre les organisations, surtout avec le Hamas et le Jihad islamique, lors de nos confrontations avec l’Autorité palestinienne lorsque des militants étaient arrêtés.
Nous avons toujours demandé aux organisations de rester en retrait, et nous, en tant que mouvement Fatah, affrontions cette question afin qu’ils ne considèrent pas la résistance dans le camp de Jénine comme étant au service de l’Iran, de la Syrie ou d’autres. Au contraire, le mouvement Fatah au sein du camp est le mouvement dirigeant et il protège les combattants et les moudjahidines dans le camp de Jénine. Nous considérions l’arrestation de tout combattant comme une attaque contre nous tous à l’intérieur du camp. C’est pour ça que le camp abritait le nombre le plus important de combattants en fuite et en clandestinité. et personne n’a pu y pénétrer pour les arrêter.
Il y a eu une tentative d’arrestation, de jeunes du Jihad islamique sur ordre de Haidar Rashid. Le mouvement était accusé d’avoir envoyé un jeune faire une opération martyr pendant une situation politique difficile. Il s’est avéré que le martyr « Istiti » n’avait aucun lien avec le Jihad, ni de près ni de loin. Certains éléments de l’Autorité palestinienne ont essayé de provoquer une confrontation majeure avec le Jihad islamique pour entraîner le camp dans une bataille visant à éliminer la résistance à l’intérieur. Cette tentative était dirigée par un haut responsable du gouvernorat. Elle a échoué, et deux de nos frères ont été blessés. L’un d’eux a été paralysé de la taille aux pieds et est maintenant handicapé. Cela reste une honte pour ce responsable et d’autres comme lui. Ce jeune homme est actuellement à l’hôpital Abu Raya à Ramallah, tandis que le second est en détention.
Nous avons capturé des policiers masqués des forces de sécurité venus nous arrêter. Nous les avons ensuite relâchés après avoir déjoué l’arrestation et tenté de faire dérailler la situation. Nous étions également responsables de la protection et de la sécurité de certains de nos frères à l’intérieur du camp.
Revenons au siège et aux combats dans le camp. Quelle logique avez-vous utilisée pour répartir vos forces à l’intérieur du camp ? Y avait-il une hiérarchie et une structure militaire ?
Pour être honnête, l’opération dans le camp n’a pas été menée à 100 % de manière militaire. Il y avait une salle d’opérations dirigée par Abu Al-Jandal. Il avait même accroché une photo d’Abu Ammar, le drapeau palestinien et des photos de martyrs de toutes les factions dans la pièce qui servait de bureau. Abu Al-Jandal gérait la répartition des groupes de combattants, et dans chaque groupe se trouvaient deux ou trois membres de la Sécurité nationale pour bénéficier de leur expérience du combat. Les positions de ces groupes formaient un demi-cercle autour du camp. Bien sûr, l’affinitaire était prise en compte lors de la répartition en groupes.
Le frère Ziad Al-Amer était présent avec son groupe dans une zone très dangereuse, Al-Jabariyat. Un autre groupe se trouvait à Jouret Al-Dhahab, et un troisième dans la région ouest. Atta Abu Rumaila, Bassam Al-Ragheb, Ibrahim Jabr et moi même étions présents, et notre travail était plus politique que militaire. Mon rôle et celui des jeunes combattants consistait à contacter Abu Al-Jandal pour fournir des munitions et des renforts. Notre contact se faisait ensuite via le réseau MERS et les téléphones portables.
Qui donnait les ordres et décisions aux groupes, par exemple pour se retirer d’un lieu ou mener une action précise ? Était-ce Abu Al-Jandal en tant que commandant des opérations, ou les factions intervenaient-elles ?
Je vous ai dit dès le début que les factions étaient presque abolies, mais les décisions étaient prises par le groupe lui-même sur le terrain, à condition qu’il nous informe de sa décision. Cependant, les décisions centrales étaient prises par Abu Al-Jandal. À un moment, le contact avec lui a été coupé à cause de l’épuisement des batteries, ce qui a fait que chaque groupe devait décider par lui-même.
Parlez-nous du martyre d’Abu Al-Jandal. Il existe plusieurs versions des circonstances de sa mort. Quelle est la version exacte ?
Le récit exact, confirmé par plusieurs sources, est que nous nous étions rendus le 11 avril 2002, et qu’Abu Al-Jandal a été martyrisé six ou sept heures après notre capture. Il était accompagné d’un groupe, parmi eux figuraient Abdel Haleem Izz Al-Din, qui est toujours vivant.
L’histoire raconte qu’il a tenté de traverser la rue principale du camp pour rejoindre la place centrale. Il était seul à ce moment-là et a refusé de se rendre. Dès qu’il est apparu sur un tas de débris, ils lui ont tiré dessus, ce qui l’a blessé sans le tuer. Les soldats se sont approchés et lui ont demandé : « Qui es-tu ? » Il a répondu : « Abu Mohammad. »
Selon Umm Ali Awis, une vieille femme présente sur les lieux, d’autres officiers l’ont reconnu comme étant Abu Al-Jandal et l’ont abattu. Il est également rapporté qu’ils ont pris des photos de lui les mains liées.
Umm Ali Awis a vu qu’il avait été blessé à la jambe, puis qu’ils lui ont tiré deux fois dans la tête. Elle a vu les soldats tirer.
Le jeune homme qui était habituellement avec Abu Al-Jandal, ne l’accompagnait pas à ce moment-là. Un jeune surnommé « la hyène », qui s’était rendu avec le groupe d’Abu Al-Jandal, a raconté en prison que personne n’était resté avec lui à ce moment-là, et je n’ai aucune information sur une quelconque personne qui serait restée avec lui.
Parlez-nous des derniers instants de la bataille avant la reddition de votre groupe.
J’étais dans la partie est du camp, avec le groupe de combattants dont je faisais partie, constitué d’Alaa Al-Sabbagh, Zakaria Al-Zubeidi, Nidal Al-Turkman, Ali Kaniri, Saeed Tubasi, Thaer Abu Al-Basem, Alaa Freihat, Wael Abu Al-Sabaa, Mohammad Al-Nursi, un jeune homme appelé Al-Tita, et Mohammad Tawalbeh, et le frère du martyr Mahmoud Tawalbeh.
Nous avons décidé de nous diviser en deux groupes, et je me suis déplacé avec un groupe de la région est vers la région ouest, dans le quartier d’Al-Hawashin. Là, j’ai été surpris de croiser Hajj Ali Al-Safouri et le groupe qui était avec lui. Nous nous sommes réunis avons constitué un groupe de 27 combattants.
Dans l’après-midi, des jeunes de l’extérieur du camp ont pris contact avec nous. C’était le 10 avril 2002. Mais avant cela, je veux raconter la fin de cette bataille dans en détails.
Nous commencions à nous déplacer de maison en maison, tandis que les bulldozers démolissaient et nous poursuivaient. Sheikh Riyad Bdeir, un résident de Tulkarem, s’était séparé de nous. Il a été enseveli par les bulldozers après avoir décidé de rester et de devenir martyr dans le camp. Je me souviens qu’il m’avait dit qu’il avait 57 ans. Quelques jours avant son martyr, il parlait à sa femme au téléphone portable et lui disait en plaisantant : « Tu n’es toujours pas devenue veuve, Umm Sayyid Qutb ».
Quoi qu’il en soit, nous continuions à avancer jusqu’au lieu où nous avons été encerclés. L’armée a découvert notre position et nous étions assiégés de tous côtés : snipers, hélicoptères Apache, et avions de reconnaissance tout autour de nous. Pendant ce temps, nous n’avions pas discuté de reddition et nous cherchions encore un moyen de sortir de ce siège et d’atteindre une autre zone.
Pendant que nous avancions, notre frère Ali Abu Al-Saba’ a été blessé. Les jeunes ont tenu sa main et ont constaté qu’il était tombé martyr. Les jeunes ont commencé à le pleurer, jusqu’à ce que je crie que ce n’était pas le moment de pleurer et que nous devions continuer.
Nous avons discuté entre nous et cherché un moyen de communication, mais nous n’en avons trouvé aucun. Je me suis souvenu que j’avais un téléphone que Hajj Imad m’avait donné après avoir perdu son bras. J’ai d’abord appelé le secrétaire du mouvement Fatah, Qadura Musa, et Ghassan Al-Saadi, dont j’avais mémorisé les numéros. Ils m’ont informé que le groupe que nous avions laissé derrière dans la région est s’était rendu : Alaa Al-Sabbagh, Nidal Al-Turkman, et d’autres.
En général, il y avait beaucoup d’hésitation et de gêne à discuter de la reddition. Je me souviens avoir discuté de cette question avec Kamal Al-Sabbagh du Hamas et Mohammad Al-Nursi, que Dieu ait son âme. Hajj Ali, qui refusait de parler de ce sujet, a été confronté par Kamal Al-Sabbagh, qui m’a dit : « Pourquoi, Jamal, conduirions nous notre groupe entier vers le martyr alors qu’il n’y a rien de notable contre nous qui justifierait une longue peine de prison ? »
Par conséquent, les jeunes se sont rendus dans la région est, et il ne restait plus que nous. J’ai donc abordé la question de la reddition, mais Hajj Ali m’a parlé avec colère, disant qu’il ne voulait pas se rendre, et un deuxième frère a parlé dans le même ton. Cependant, Mohammad Al-Nursi a été très bouleversé par leurs propos. Il a jugé cela excessif, et nous a quitté avec un groupe de frères. Quelques minutes plus tard, les frères sont revenus sans Mohammad Al-Nursi, et nous ont annoncé qu’il avait été martyrisé.
J’ai commencé à contacter des personnes car la situation était vraiment catastrophique. Le premier contact que j’ai établi a été avec un frère d’Umm Al-Fahm nommé Ruslan Muhajna, de l’organisation B’Tselem. Après cela, une personne nommée Qassem, employé au consulat américain à Al-Quds, m’a parlé. Il m’a dit qu’ils avaient discuté avec les Américains et coordonné la situation via l’attaché militaire à l’ambassade, qui avait parlé aux Israéliens pour arrêter l’opération. En effet, après cette discussion l’activité de l’armée autour de nous a été stoppée.
Après cela, j’ai parlé avec Al-Jazeera. J’ai expliqué la situation délicate dans laquelle nous nous trouvions. J’ai expliqué la situation plusieurs autres chaînes, dont je ne me souviens pas des noms. Ensuite, Jibril Rajoub a parlé avec nous et je lui ai expliqué la situation. Amin Al-Hindi, le directeur du renseignement général et le frère Faisal Abu Sharkh ont également pris contact avec nous. J’ai expliqué la situation à tout le monde et ils nous ont confirmé qu’ils s’engageaient à oeuvrer pour que l’armée stoppe son opération.
Puis le frère Saeb Erekat m’a parlé et m’a dit qu’ils avaient discuté avec Solana et Zinni pour stopper les opérations militaires de l’armée sioniste, mais il a ajouté qu’il ne pouvait pas garantir que nous ayons la vie sauve car on ne peut pas faire confiance aux Israéliens. Le porte-parole officiel de l’armée israélienne m’a ensuite contacté et m’a dit : « Frère Jamal, je vous demande de vous rendre, vous et l’ensemble de votre groupe. »
Une discussion a eu lieu entre lui et moi à propos de l’initiative du Hezbollah pour nous remplacer. Il m’a répondu : « Cela n’arrivera pas, et si vous ne vous rendez pas dans un certain délai, nous démolirons tout l’endroit sur vous. »
Ensuite, pour gagner du temps, nous avons discuté avec lui de l’obligation de retirer nos vêtements lors de la reddition. Le commandant de la campagne israélienne m’a dit : « Frère Jamal, je suis le capitaine Alon, et vous devez vous rendre après avoir retiré vos vêtements. » Je lui ai répondu : « Il n’en est pas question, nous sortirons avec nos vêtements et faites de nous ce que vous voulez. »
En effet, je suis monté au sommet de la colline et j’ai sauté. Un jeune du groupe, nommé “Al-Zabour”, a commencé à leur parler en hébreu. Nous avons avancé vers l’armée sans lever les mains, nous avons seulement relevé nos chemises jusqu’en haut et avancé en colonne. Le capitaine Alon a commencé à appeler : « Où est Jamal Huwail ? » Je lui ai répondu : « Je suis Jamal. » Il a dit sur un ton sarcastique : « Tu es Jamal ? Je t’imaginais plus grand et plus important que tu ne l’es réellement… » Il a fait un geste de salut de la main, m’a pris le bras, a marché avec moi et m’a dit en me prenant à part : « Frère Jamal, si j’étais à la place de Sharon, je n’aurais pas fait tout cela… Je voudrais que nous puissions vivre en paix avec vous et je suis sûr qu’un jour nous nous assiérons tous à une table de négociation pour parvenir à une solution à deux États pour deux peuples… »
Je lui ai répondu qu’ils n’avaient pas remporté de victoire, et que si ils étaient de vrais combattants, ils n’auraient pas fait ce qu’ils ont fait dans le camp en termes de démolition et de destruction. Il m’a montré une certaine clémence dans son comportement et plus tard, les jeunes ont considéré le salut qu’il nous avait adressé comme un salut militaire.
En général, il m’a permis de constater la destruction dans le camp et j’ai contemplé avec amertume les tas de gravats. Après cela, nous avons été conduits en colonne vers le véhicule blindé tout en étant filmés, et emmenés à la mosquée. Là, Hajj Ali, Iyad Al-Salfiti et moi avons été appelés et battus avec des fusils de manière très brutale.
Ensuite, nous avons été transférés au camp de Salem, et après quelques heures, nous nous sommes retrouvés au service d’investigation de Jalameh, près de la ville de Haïfa, qui fut le début de notre parcours de détention.
Je suis Yahya Mohammad Abdelrahman Al-Zubeidi, résident du camp de Jenin. J’ai terminé le lycée puis j’ai rejoint le Service général du renseignement sous le commandement de Tawfiq Al-Tirawi. J’ai travaillé dans ce service pendant trois ans. De plus, j’ai travaillé pendant une période comme ouvrier du bâtiment. Je suis célibataire et n’ai pas d’enfants. J’ai déjà été arrêté une fois pendant un mois et relâché sous caution. Il s’agit de ma deuxième arrestation.
Il y a une contradiction entre votre travail dans le renseignement et votre affiliation à l’une des brigades militaires de la résistance. Comment avez-vous pu surmonter cette contradiction ?
Dans les zones de l’Autorité palestinienne en général, et d’après mon expérience avec les appareils de sécurité, toute personne travaillant dans les brigades militaires, en particulier ceux affiliés aux forces de l’opposition, est surveillée. J’ai travaillé dans cet appareil pour protéger notre mouvement en tant que force de résistance et éviter que nos armes ne soient confisquées. J’ai donc travaillé dans le renseignement, mais mon allégeance allait au Mouvement du Jihad islamique. Je n’ai jamais été affilié au renseignement. Par conséquent, je peux dire que nous avons travaillé dans l’appareil militaire du Jihad islamique en secret, et apparemment tout le monde savait que je travaillais dans le renseignement, ce qui me protégeait moi et d’autres contre l’arrestation par l’Autorité palestinienne. Cet arrangement a été mis en place avec le Jihad islamique lors des réunions secrètes que nous avons tenues.
Le renseignement n’a-t-il pas vérifié vos déplacements et relations ?
En effet, j’ai été interrogé plus d’une fois et on m’a posé des questions comme : « Pourquoi es-tu avec Mahmoud Tawalbeh ? » Ou à propos de mes liens avec Hajj Ali, Thabet Al-Mardawi et d’autres. Ces informations leur parvenaient par des rapports soumis par des informateurs, et je maintenais mon déni de toute accusation et soulignais toujours que je parlais avec ces personnes parce qu’elles étaient de vieilles connaissances qui remontaient à l’université. J’ai refusé toute demande qu’ils m’ont faite, comme surveiller certaines personnes ou participer à l’arrestation de combattants de la liberté… J’ai toujours refusé cela.
Avant le siège, il y avait des informations concernant une invasion israélienne, et beaucoup parlaient de coordination et de préparation des différentes factions pour ce siège. Comment cette coordination s’est-elle manifestée en général ? Était-elle seulement au niveau du camp, ou y avait-il une coordination plus large au-delà des groupes présents dans le camp ? Et comment vous êtes-vous préparés pour le siège ?
Nous avons entendu qu’il y avait des informations concernant une invasion du camp, et à la lumière de ces informations, tous les combattants de la résistance, issus de différents groupes, se sont réunis au niveau du camp et ont commencé à se coordonner et à se préparer ensemble afin de repousser et de faire face à cette invasion. Ils ont commencé à se répartir et à agir selon les besoins et non selon des considérations organisationnelles, c’est-à-dire que les combattants ont été répartis sur les différents axes selon la nécessité du terrain, en tenant compte du souhait des combattants qui estimaient connaître mieux que d’autres la zone qu’ils choisissaient.
Notre plan pour la confrontation était de se répartir initialement sur tous les axes du camp et de préserver le quartier d’Al-Hawashin, qui selon nous finirait par devenir un cimetière pour nous et pour eux. Le quartier d’Al-Hawashin était l’un des plus petits du camp, et c’est pourquoi les combattants s’y rassembleraient. Toutes les forces ont commencé à réunir leurs moyens, telles que les engins explosifs, les armes, l’argent, etc.
Comment la répartition dont vous parlez s’est-elle réellement faite ?
Tout d’abord, les jeunes du camp des différentes brigades, les combattants de la résistance qui avaient fui leur travail aux postes de contrôle de l’Autorité palestinienne, et un certain nombre d’autres combattants venant de l’extérieur du camp se sont réunis. Je me souviens ici d’un combattant de la résistance d’un certain age, originaire de la région de Tulkarem qui nous a rejoint en nous disant qu’il voulait participer à la défense du camp. Il est finalement tombé martyr… Comme je vous l’ai dit, la répartition était basée sur les besoins et l’harmonie entre chaque groupe (constitué de cinq individus), et il avait été convenu qu’Abu Al-Jandal serait le commandant militaire de cette opération. Je souligne que la répartition n’était pas basée sur des considérations factionnelles, et je me souviens que nous avons annoncé via Al-Jazeera la dissolution des factions à l’intérieur du camp, et qu’il n’y avait plus désormais plus que des combattants qui défendaient l’honneur de cette nation.
Y avait-il un chef pour chaque groupe ?
Non, les groupes étaient divisés en cinq équipes sur les axes et dans les maisons, sans aucun chef. Celui qui portait le téléphone était celui qui répondait aux appels d’Abu Al-Jandal, ou l’appelait pour l’informer du besoin de combattants, par exemple.
Y avait-il des combattants de la résistance équipés de ceintures explosives à l’intérieur du camp pendant le siège ?
Oui, il y avait ce type de combattants, certains avaient des ceintures explosives autour de la taille, mais personne ne sait exactement ce qui s’est passé. Certains ont été arrêtés, d’autres n’ont pas pu déclencher leurs ceintures parce qu’ils étaient parmi les résidents, et certains ont essayé de se faire exploser mais n’ont pas réussi. C’est pourquoi aucun de ces combattants n’a pu se faire exploser. Mahmoud Tawalbeh portait également une ceinture explosive, mais il ne l’a pas déclenchée parce que les soldats ne pouvaient pas l’atteindre à pied.
Lorsque les responsables des factions se réunissaient, quel mécanisme de prise de décision utilisaient-ils pour résoudre un problème particulier ?
Tout combattant pouvait proposer une idée précise, et si elle était adoptée à l’unanimité, elle était mise en œuvre. La mort des martyrs nous a tous affectés, en particulier certains combattants qui avaient une influence et jouaient un rôle dans l’unification des opinions…
Comme qui ?
Comme Ziad Amer, qui avait un impact positif sur notre moral. Mais sa perte a aussi renforcé notre détermination. Lors de son martyr, certains jeunes qui voulaient quitter le camp ont décidé de rester et de continuer la résistance.
Qui est Ziad Amer ?
C’etait l’un des militants des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa les plus appréciés parmi les combattants. Ziad a participé à la Première Intifada et a été emprisonné pendant sept ans. Une fois libéré, il est retourné à la résistance, sans jamais compromettre les droits de son peuple. Pendant l’invasion et avant son martyre, il avait une forte présence et jouait un rôle majeur dans le maintien du moral des combattants.
Aviez-vous suffisamment de munitions et d’armes pendant l’invasion ?
Oui, il y avait des munitions et des armes légères telles que des fusils Kalachnikov, des M16 et d’autres.
Quel regard les habitants ont-ils réagi aux combattants, qui démolissaient les murs des maisons pour passer par exemple ?
Il y a eu une réponse positive de la grande majorité des habitants. Nous entrions dans n’importe quelle maison et ouvrions une brèche. Il y avait un sentiment général que l’armée n’entrerait dans le camp que pour une chose : démolir le camp, et c’est ce qui s’est passé.
Y a-t-il des exemples de familles qui ont aidé ?
L’exemple le plus proche est ma famille. Par exemple, notre maison est située dans une zone élevée, nous avons donc déplacé ma famille chez mon oncle à côté de notre maison, et cette maison est devenue une résidence et une base de surveillance pour les combattants. La même chose s’est produite dans le quartier d’Al-Damj, car tout le quartier a fourni assistance et soutien aux combattants, même les femmes et les filles du quartier ont participé à la protection des combattants. Ce quartier est devenu le quartier le plus impliqué et celui qui a fourni le plus d’aide, au point que les habitants ont participé à l’ouverture de trous dans les murs de leurs maisons afin que les combattants puissent se déplacer.
Les Israéliens ont affirmé que vous avez forcé les civils à rester à l’intérieur du camp pour vous protéger. Que pensez-vous de cela ?
Tout d’abord, nous n’avons forcé personne à rester. Au contraire, la position a été adoptée par les habitants eux-mêmes. Au début du siège, pas plus de 100 personnes âgées et enfants ont quitté le camp. Toute personne ayant un minimum de dignité et un brin de patriotisme est restée attachée à sa maison et à ses terres et a refusé de partir à ce moment-là.
Quand les habitants ont-ils commencé à partir ?
Environ au cinquième ou sixième jour, les habitants ont commencé à quitter les zones contrôlées par l’armée. L’armée a arrêté les blessés et a transporté les enfants et les jeunes vers la ville de Jenin et les villages environnants. Ils avaient encouragé les habitants à partir dès le début de l’invasion, mais leur appel a été refusé.
Voulez-vous mentionner certains combattants martyrs qui ont accompli des exploits que vous souhaitez mettre en lumière ?
Oui, je me souviens de Nidal Al-Nubani, fils du camp de Jenin, connu pour être un combattant acharné. Il a été martyrisé avec son frère et deux autres frères, Amjad Al-Fayed et Mohammed Al-Fayed. Nidal travaillait dans la Sécurité Préventive, et avant l’invasion, il avait demandé une arme, qui lui avait été fournie, mais il s’agissait d’un Kalachnikov défectueux et peu fiable. Cela l’a beaucoup affecté, car l’Autorité Palestinienne avait exfiltré les stocks d’armes vers des zones en dehors de la ville. Nidal a été martyrisé le neuvième jour de l’invasion. Une ceinture de balles appartenant à l’armée a été retrouvée avec lui, qu’il avait réussi à saisir, ainsi que des médailles pour les soldats de l’occupation qu’il avait tués lors du combat. J’ai entendu les combattants raconter comment il avait jeté le Kalachnikov défectueux, et je l’ai vu demander plus tard à tel ou tel combattant son arme pour tirer sur l’armée israélienne, puis la rendre à son propriétaire, jusqu’à ce qu’il obtienne finalement son propre fusil.
Parlez-nous du martyr Nasr Jarrar et de sa première blessure.
Sa première blessure remonte à environ un an, sur la rue de Qabatiya, alors que nous essayions de poser des engins explosifs sur la route de contournement. Nous avions déployé les fils de deux engins, et Nasr est allé connecter le fil au premier et au deuxième engin. Apparemment, il y avait un défaut. Je crois qu’il y avait une charge électrique dans le fil, et dès qu’il l’a connecté, les deux engins ont explosé en direction de la position où se trouvait Nasr. Nous avons été blessés tous les quatre par l’explosion, et avec un autre combattant nous avons couru vers la voiture. Nous pensions que Nasr était tombé martyr, nous avons donc décidé d’aller à l’hôpital et d’envoyer un groupe récupérer son corps. Nous sommes partis, mais le conducteur de la voiture n’a pas pu conduire car il était temporairement aveuglé par l’explosion. Nous avons trouvé quelqu’un d’autre qui nous a conduits à l’hôpital, et nous avons informé les jeunes de la situation de Nasr. Ils sont allés récupérer son corps et ont découvert qu’il n’était pas mort, mais que sa main et sa jambe étaient gravement blessées. Elles ont été amputées par la suite. Il a réussi à cacher son pistolet sous sa tête après l’avoir enterré dans la terre. Ils l’ont trouvé en train de réciter des versets du Saint Coran, pleinement conscient, au point qu’il a refusé d’être transporté dans leurs bras. Il s’est souvenu qu’il y avait une plaque de zinc à proximité et a demandé aux jeunes de la lui apporter pour qu’ils puissent le porter dessus. À l’hôpital, il a parlé aux médecins et leur a demandé de ne pas soigner une de ses jambes mais de commencer par l’autre, car il sentait que la première était saine malgré la blessure. Son moral était très élevé, et il plaisantait sur sa blessure tout en encourageant les jeunes autour de lui. Avant la dernière invasion, ils lui ont amputé l’autre jambe après qu’il ait été convaincu qu’elle ne lui était d’aucune utilité. Lors de la dernière invasion, il est venu au camp, ce qui a beaucoup contribué à remonter le moral des combattants. On a essayé de le convaincre de quitter le camp, mais il voulait rester pour participer aux combats. Il a accepté de rester en périphérie du camp pour maintenir le contact avec nous. Plus tard, comme vous le savez, il a été martyrisé à Tubas après que l’armée israélienne ait détruit sa maison alors qu’il se trouvait à l’intérieur.
Quel était le rôle des femmes et des jeunes recrues ?
Les femmes du camp jouaient un rôle primordial, notamment en ravitaillant les combattants en nourriture, médicaments et eau, et en surveillant les mouvements de l’armée. Quant aux jeunes recrues, ils avaient aussi un rôle à jouer. Ils excellaient dans le lancer des engins explosifs qu’ils transportaient dans leurs sac à dos. Je me souviens d’un jeune recrue, Abdel Kareem Al-Saadi, qui est tombé en martyr. Il a insisté à plusieurs reprises pour se faire exploser. Je me souviens aussi du jeune recrue Shadi Al-Nubani, qui nous demandait sans cesse de lui fournir un engin explosif ou une arme, ou de l’aider à mourir en martyre. Nous avons refusé plus d’une fois. Je me souviens d’une fois où nous étions chez eux, mon frère et moi, avec un fusil. Il a demandé à le voir et à faire le tour du camp avec. Il n’est jamais revenu, et nous l’avons retrouvé plus tard avec les combattants.
À quoi attribuez-vous la présence d’un tel phénomène, ces combattants de la résistance portant des ceintures explosives, dans le camp de Jénine ?
Premièrement, je l’attribue à la foi en Allah le Tout-Puissant, et deuxièmement, au désir de vengeance des jeunes.
Il y aeu plus d’une centaine de ces combattants martyrs dans le camp, dont certains avaient des amis ou des frères qui voulaient se venger et qui voulaient combattre et devenir martyrs à leur tour.
Dans d’autres régions, il y a aussi des personnes religieuses, alors pourquoi Jénine et le camp de Jénine en particulier ?
Je ne sais pas… Leur foi s’est accrue… Il y a des gens qui ne sont pas doués pour le tir, par exemple, et ils voulaient mener une opération, alors ils ont mené des opérations de martyre. J’affirme que personne n’est mort en martyr par haine de la vie, mais plutôt pour venger les martyrs et par foi en Allah Tout-Puissant. De plus, le martyr de cette Intifada n’est pas comme celui de l’époque de Yahya Ayyash, lorsque le jeune homme était convaincu et mobilisé idéologiquement. Dans cette Intifada, cela n’a plus lieu d’être.
Nul besoin de quelqu’un qui comprenne les questions religieuses. Il suffit de quelqu’un pour vous livrer un engin explosif. C’est pourquoi on voit tant de gens recruter et mourir en quête de martyre.
Vous dites qu’ils veulent se venger, mais pourquoi la plupart d’entre eux sont-ils jeunes ?
La majorité des hommes recherchés se trouvaient dans le camp de Jenine, où un accord existait avec l’AP selon lequel aucun homme recherché ne serait arrêté à l’intérieur du camp. Je crois que cela a eu un impact significatif sur le phénomène des martyrs dans ce camp.
J’attribue ce phénomène principalement à la foi et au grand enthousiasme des jeunes pour le martyre, surtout lorsqu’ils voient les martyrs. Je vous dis que lors de nos visites récentes dans les maisons de deuil, nous n’allions pas présenter nos condoléances. C’était très courant et normal de dire à la famille du martyr : « Félicitations, et que le reste d’entre nous connaisse le même sort. » Croyez-moi, il y avait de jeunes garçons qui venaient et pleuraient amèrement, demandant une ceinture explosive, voulant devenir martyrs. Regardez maintenant le nombre de ces jeunes qui ont été arrêtés et sont avec nous en prison.
Y a t il eu des personnes qui vous ont contacté pour vous faire quitter le camp et éviter son invasion et sa destruction ?
Je me souviens qu’Ahmed Abdel Rahman a contacté Jamal Huwail et lui a demandé de faire sortir les hommes recherchés du camp et de les cacher jusqu’à ce que l’offensive passe. Seulement trois sont partis, et cela n’a eu aucun impact, mais ceux qui sont partis ont été martyrisés avant ceux qui sont restés. En fait, nous avons survécu malgré le siège. Par exemple, le Hamas a fait sortir Qais Adwan du camp afin qu’il puisse continuer la lutte et venger les martyrs, mais il a été martyrisé avant eux. L’AP se concentrait sur l’appel à quitter le camp, et certains jeunes ont incité les autres à partir, mais les combattants avaient pris leur décision : la victoire ou le martyre.
Avez-vous été en contact avec d’autres zones qui subissaient des invasions ?
Oui, nous étions en contact avec Ramallah, Tulkarem et Naplouse, et les combattants ont essayé de s’inspirer de notre expérience des invasions précédentes pour organiser la défense de ces zones. Cependant, la chute de Ramallah sans résistance nous a tous affectés, surtout quand nous avons vu les armes qui ont été saisies. Dans le camp, nous étions prêts sur la plupart des plans, même pour l’électricité. Nous avions apporté deux moteurs dans le camp et de grands haut-parleurs installés sur les toits des maisons. Ils ont été un facteur important pour remonter le moral, car les jeunes parlaient au camp tout entier avec ces hauts parleurs. Ils rendaient hommage aux martyrs et lançaient des takbir.
Je me souviens comment ils ont diffusé par haut-parleur l’histoire d’une fille qui s’était fait exploser avec l’armée dans le quartier Al-Damj. Ces choses ont eu un effet positif sur le moral. Plus tard, il s’est avéré qu’il n’y avait pas de fille, mais plutôt une embuscade organisée par les jeunes contre une force d’infanterie israélienne.
Qu’est-ce qui a le plus affecté votre moral ?
Durant la dernière période du siège, on parlait du retrait de l’armée ou de commémorations pour les martyrs. Je me souviens qu’un des jeunes a pris un haut-parleur et a commencé à parler en hébreu aux soldats, en disant : « Instructions… Instructions. » Immédiatement, tout s’est arrêté, les bombardements et les tirs ont cessé, et l’armée a cru que la voix venait de leur hiérarchie…
Il a continué et leur a dit : « Vous êtes dans le camp du martyre. Pensez-vous pouvoir le prendre d’assaut ? » Immédiatement, des tirs ont commencé dans toutes les directions et les soldats sont devenus fous. Ils ont essayé d’atteindre les haut-parleurs, mais ils n’ont pas pu y parvenir.
Où étiez-vous dans le camp pendant le siège ?
Dans le quartier Al-Hawashin. Durant les derniers jours, j’étais dans une maison à la périphérie du quartier, chez les Al-Nubani. Nous nous sommes regroupés là, et l’armée a commencé à bombarder. Ils ont bombardé la maison, alors nous nous sommes réfugiés, certains dans la salle de bain, d’autres dans un coin d’une pièce. Quand ils ont incendié le deuxième étage, ils ont fait sortir la famille et nous sommes partis derrière eux.
N’avez-vous pas essayé d’informer l’armée qu’il y avait des civils, y compris des femmes et des enfants, dans la maison ?
Malheureusement, même si nous avions essayé, personne n’auraient pu nous entendre. Les tirs étaient si intenses et le bruit des avions empêchait toute communication.
Quel jour avez-vous été arrêté ? Et où ?
Le onzième jour, j’ai été arrêté avec un groupe de jeunes. Il y avait une femme blessée avec nous, et le bulldozer démolissait la maison. Nous pensions être le dernier groupe, car nous avions perdu le contact avec les autres groupes. Cette maison appartenait à Rashad Al-Nursi, alors nous avons décidé l’après-midi de nous rendre. Nous avons fait sortir la famille en premier pour qu’ils ne tirent pas sur nous ni sur la maison. La famille est sortie, et nous les avons suivis.
Ils nous ont séparés les uns des autres. Ils nous ont demandé d’enlever nos vêtements et nous ont fouillés. Ils ont même demandé de porter la femme blessée sur une civière, les mains liées, et de retirer le hijab par peur qu’elle ne porte une charge explosive. Cette femme est restée jusqu’à minuit, et nous l’avons laissée là. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé, car nous avons été transférés au camp de Salem.
Avec du recul, pensez-vous que rester dans le camp était la bonne décision ?
Je crois que nous devions rester dans le camp quoi qu’il arrive. Nous avons perdu beaucoup de personnes chères. J’ai perdu mon frère Taha Al-Zubeidi, ma mère Samira Al-Zubeidi a été martyrisée, mon cousin Nidal Abu Shadouf a été martyrisé sans parler de mes amis qui ont connu le meme sort. Je ne vois rien de mal dans la résistance. Nous nous attendions à ce qu’ils attaquent avec des chars, des avions et de l’infanterie, mais nous ne nous attendions pas à des bulldozers.
Comment percevez-vous le moral du soldat israélien ?
Lors des invasions précédentes, nous avons entendu de nombreuses histoires sur la lâcheté des soldats israéliens, leurs cris et leurs hurlements. Les habitants les entendaient même parler entre eux, disant que tel ou tel groupe était entré dans un endroit dangereux et qu’ils y seraient dévorés. Lors de cette invasion, cette image s’est confirmée pour moi, car certains d’entre eux ne quittaient pas leurs tanks et ne nous affrontaient pas directement au sol.
Témoignage d’Abdul Jabbar Khalil Khabas
Je suis originaire de Jalqamous, marié et père d’une fille. J’ai 25 ans. Je n’ai pas dépassé le niveau de la 3e. J’appartiens aux Brigades Izz Ad-Din Al-Qassam. Jusqu’à mon arrestation, j’ai travaillé pendant six ans au sein du Service de sécurité nationale, avec le grade de caporal.
Je vais d’abord vous parler des préparatifs qui ont précédé la dernière offensive contre le camp. Un travail de terrain a été mené en continu par les autorités politiques et militaires au sein du camp. L’enthousiasme était palpable parmi tous les résistants depuis l’offensive contre Ramallah et le début de nos préparatifs. Des engins explosifs improvisés ont été placés aux entrées du camp, et une campagne de soutien moral a été lancée parmi les combattants et les résidents.
Vous parlez de la dernière offensive ?
Oui, c’était le 31 mars 2002. Nous, 27 soldats des Forces de sécurité nationale, avons participé à la résistance et à la défense du camp, sous le commandement du martyr Abou Al-Jandal. Nous étions arrivés avec lui au camp, et c’est lui qui a réparti les combattants de la résistance, grâce à ses compétences militaires.
Quel était le grade militaire d’Abou Al-Jandal ?
Il était lieutenant, et comme je vous l’ai dit, il a supervisé la répartition des combattants. Les différents états-majors contactaient Abou Al-Jandal pour le consulter sur les questions de travail et d’équipement.
Cela signifie-t-il qu’Abou Al-Jandal vous a déployés non pas comme membres des Forces de sécurité nationale, mais comme combattants, puisqu’il était en contact avec les chefs des forces présentes ?
Oui, et il nous a répartis sur la plupart des axes, avec 3 à 5 soldats à chaque poste. Nous étions approvisionnés en munitions et autres équipements par les forces nationales et islamiques. Après le début de l’invasion de Ramallah, le processus de pose d’engins explosifs aux différentes entrées du camp a commencé. Certains de ces engins étaient antipersonnel et d’autres antichars. L’accent a été mis sur la surveillance de tous ces engins. Puis, les forces d’occupation israéliennes ont assiégé Jénine et le camp. Elles sont intervenues et se sont concentrées dans le quartier d’Al-Jabariyat, à Hosh Al-Saada, et rue de Naplouse. Le 31 mars 2002, à 2 h 30 du matin, elles ont lancé leur tentative d’assaut du camp. La résistance était préparée, et c’est ainsi que la bataille a commencé…
Où ont-ils essayé d’entrer en premier ?
La première nuit, des forces spéciales ont essayé de s’infiltrer depuis la zone d’Al-Jabriyat dans le camp. Elles ont été repérées et un groupe a déclenché des engins explosifs tout en ouvrant le feu. Il y a eu des morts et des blessés parmi les forces spéciales israéliennes qui ont tenté de s’infiltrer.
Vous vous souvenez des combattants impliqués dans cette embuscade ?
Je me souviens qu’un combattant nommé Imad Abu Al-Fadl (mort en martyr) faisait partie de ceux qui ont participé à l’embuscade. Les combattants de la résistance ont saisi plusieurs mitrailleuses dont compris une mitrailleuse Negev.
Après cet affrontement, les tanks ont avancé vers le camp depuis Harsh Al-Saada et depuis Wadi Burqin. Pendant qu’ils avançaient vers les abords du camp, des engins explosifs ont été déclenchés contre les tanks. La résistance a été féroce, ce qui les a obligés à reculer. L’affrontement a continué jusqu’à 15 h le jour suivant, et les forces israéliennes n’ont pu contrôler aucun point aux abords du camp.
Ensuite, lors du quatrième jour, ils ont pu contrôler un point sous Al-Jabriyat, qui est un point dominant sur le camp. Ce point servait de couverture pour l’armée, qui pouvait se concentrer sur d’autres points autour du camp.
Le siège a continué, ponctué de bombardements des tank et sous le feu des mitrailleuses lourdes pour tenter de briser la résistance, épuiser les combattants et les forcer à se rendre. Cette situation a duré deux jours, pendant lesquels les combattants ont pu surveiller les positions de l’armée le jour et commencer leurs attaques la nuit, car ils ne pouvaient pas atteindre ces zones durant la journée. Ils ont pu prendre d’assaut plusieurs positions où l’armée était concentrée et ont tué plusieurs soldats.
Le quatrième jour, lorsqu’ils ont découvert l’ampleur de la résistance et leur incapacité à progresser, un hélicoptère Apache est arrivé et a commencé à tirer lourdement et au hasard, provoquant un état de confusion parmi les combattants de la résistance. Pendant ce temps, les forces d’infanterie ont commencé à avancer vers d’autres bâtiments du camp pour les contrôler. Au cours de ces combats, Ashraf Abu Al-Haija, Tariq Darawsheh, Ziad Amer et d’autres ont été martyrisés.
L’armée a également utilisé des avions pour bombarder des positions la nuit. Le plan de l’armée était de bombarder avec des tanks et des avions de 19 h à 5 h sans interruption pour nous épuiser et nous empecher de dormir. Ils ont aussi tiré au mortier depuis la zone d’Al-Jabriyat, et à l’aube, ils ont commencé à avancer pour contrôler d’autres points à l’intérieur du camp.
Le cinquième jour, les combattants se sont retirés du quartier Al-Tawalbeh vers les quartiers Al-Hawashin et Al-Damj. L’armée n’a pas pu avancer vers la zone de la place centrale avant le cinquième jour. Lorsque les tanks ont commencé à progresser, des engins explosifs ont explosé en leur direction, les obligeant à faire venir de gros bulldozers (D9). Ils avaient utilisé de petits bulldozers jusqu’au cinquième jour, mais nos engins explosifs ont neutralisé leurs tanks et leurs bulldozers, leur causant de graves dommages.
Le cinquième jour, lorsque les gros bulldozers ont été amenés, ceux-ci ont commencé à enlever les barricades de terre que nous avions dressé dans les rues. Le quartier ouest a été occupé par l’armée après une couverture aérienne intense, les avions bombardant les rues et tirant partout. La démolition des maisons et l’applanissement de nouvelles rues par les bulldozers a commencé le sixième jour. Les bulldozers ont détruit des quartiers entiers, mais ont laissé une ou deux maisons debout pour que des snipers puissent surveiller les routes et les petites entrées des quartiers. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait. Beaucoup de jeunes ont été martyrisés en essayant de passer d’une rue à l’autre ou d’une ruelle à l’autre, mais les snipers observaient tout.
Le septième jour, l’infanterie a avancé vers les quartiers Al-Hawashin et Al-Damj, mais elle n’a pas pu investir ces quartiers, car la résistance était féroce. Les combattants ont adopté l’idée de passer d’une maison à l’autre à travers des brèches dans les murs jusqu’à atteindre l’armée. Je me souviens qu’un jour, le martyr Abu Al-Jandal a essayé d’ouvrir une brèche dans l’un des murs, et qu’en même temps, dans la même maison, les soldats essayaient de créer une brèche en face. Abu Al-Jandal a réussi à se glisser dans la maison après avoir ouvert une brèche dans le mur avant les soldats et a ouvert le feu sur eux.
Je me souviens de ce qui s’est passé le sixième jour, lorsque les martyrs Mahmoud Tawalbeh, Mahmoud Abu Hilweh et Shadi Ighbariya ont tendu une embuscade à l’armée dans le quartier Al-Damj, tuant plusieurs soldats et saisissant leurs armes. Cet incident a eu lieu au début de la nuit, la même nuit où l’armée a encerclé la zone où se trouvaient les trois jeunes hommes, identifié la maison où ils étaient et l’a bombardée jusqu’à ce qu’ils soient martyrisés.
Pendant cette période, l’armée a essayé de prendre d’assaut les quartiers avec l’infanterie. Des combats ont eu lieu à l’intérieur des maisons, en face à face, pendant la journée, car les avions ne pouvaient pas bombarder à cause de la présence de leurs soldats au sol, à quelques mètres. Les combattants de la résistance ont profité de cette opportunité. Pendant ce temps, l’armée a pu diviser le camp en sections en ouvrant les rues après avoir démoli les bâtiments, en gardant les snipers pour les contrôler et semer la mort.
Les tanks ont commencé à avancer derrière les bulldozers après que le quartier ouest ait été séparé du quartier est les cinquième et sixième jours, et les quartiers eux-mêmes ont également été séparés. Le sixième jour, les civils ont commencé à se rendre après avoir été encerclés, coincés sans aucune issue. Le septième jour, l’armée a intensifié la pression sur la résistance et les combats ont atteint leur apogée ce jour-là. Cela s’est produit après que les Israéliens aient estimé que la majorité des combattants de la résistance s’étaient rendus.
Combien de combattants se sont rendus ?
Environ vingt combattants se sont rendus, car certains groupes étaient encerclés et avaient perdu la capacité de communiquer, si bien qu’ils n’avaient d’autre choix que de se rendre. Les jours les plus intenses des combats ont été le septième, huitième et neuvième jours, lorsque, comme je l’ai dit, les soldats d’infanterie sont entrés et les combats sont devenus directs. L’aviation ne pouvait intervenir que dans des cas précis, bombardant lorsque l’armée était éloignée pendant la journée. La nuit, les soldats se retiraient, et les avions reprenaient les bombardements tout au long de la nuit.
Ces trois jours ont été difficiles et intenses, car les bulldozers poursuivaient les démolitions, et lorsque ceux-ci ont commencé à démolir des endroits que nous n’avions pas prévus et qui représentaient une menace directe, les combattants de la résistance ont essayé de les perturber en posant des engins explosifs, mais en vain. Cela n’a eu aucun effet. Le neuvième jour, la résistance s’est affaiblie, et le bruit des tirs ou des engins explosifs ne se faisait plus entendre. On n’entendait plus que les bombardements de l’armée, les combattants ne pouvant plus se déplacer facilement à cause des démolitions et des snipers déployés. À ce moment-là, il semblait que l’armée avait complètement anéanti la résistance et commençait à avancer avec ses soldats d’infanterie dans les quartiers, chaque groupe étant composé de 20 à 25 soldats.
Le dixième jour, deux groupes ont tendu une embuscade à l’armée dans le quartier Al-Damj. Vers 3h30 du matin, un groupe de soldats est tombé dans le piège. À ce moment-là, les combattants de la résistance ont commencé à tirer, à faire exploser des engins et à lancer des grenades à main, tuant 13 soldats et en blessant d’autres. Trois combattants ont été martyrisés, et l’armée s’est retirée du terrain. Les avions ont lancé de lourds bombardements, forçant les combattants de la résistance à se replier. Après cela, nous n’avons plus vu l’infanterie progresser. Les bombardements ont continué jusqu’à 16h00, après quoi l’armée a recommencé à avancer. Elle a pu couper les groupes de résistance les uns des autres, et certains groupes se sont rendus après avoir été encerclés.
Combien se sont rendus à ce moment-là ?
Deux groupes se sont rendus : le premier comptait environ 20 combattants, et le second environ 15. Pendant ce temps, seuls les combattants de la résistance restaient dans le camp. Le onzième jour, nous étions 28 combattants de la résistance, essayant de trouver des passages pour pouvoir passer d’une zone à une autre, mais nous n’avons pas réussi. Nous avons essayé une première fois sans succès, et un jeune nommé Wael Abu Al-Sabaa a été blessé parmi nous.
Au départ, nous étions deux groupes. Après la blessure de Wael, les deux groupes se sont regroupés pour une nouvelle tentative. Mohammad Al-Nursi a été martyrisé et Al-Zabour blessé. Nous avons compris que nous ne pourrions pas nous déplacer et sortir de la zone où nous étions assiégés. L’armée a découvert notre position, nous étions à l’intérieur des bâtiments et n’avions pas vu les soldats qui nous avaient repéré. Cette situation a duré jusqu’à dix heures du soir, puis les bulldozers ont commencé à nous encercler. Ils nous ont finalement assiégés dans trois maisons. Nous étions 28 au départ, puis Hajj Riyad a été martyrisé, il ne restait plus que 27 combattants.
Nous cherchions toujours un moyen de sortir et de rejoindre le quartier ouest. Aucun de nous n’avait l’intention de se rendre avant cela. Pendant ce temps, les combattants présents ont commencé à discuter de l’option de la reddition. Nous étions accompagnés de Hajj Ali Al-Safouri, Jamal Huwail, Thabet Al-Mardawi, Omar Al-Sharif, Freihat et Mahdi Bishnak. La majorité était favorable à la reddition, considérant qu’il n’y avait plus aucune possibilité de résistance face aux bulldozers, car cela serait inutile.
À ce moment-là, Jamal Huwail a commencé à prendre contact avec l’extérieur. Il a contacté Hisham Al-Rakh, capitaine dans la Sécurité Préventive, qui était présent avec Rajoub. Il lui a dit que notre situation était difficile et que nous voulions nous rendre. Jamal Huwail a parlé avec Jibril Rajoub, qui lui a dit qu’il coordonnerait cela. Jamal a demandé un cessez-le-feu et l’arrêt des démolitions, qui ont effectivement été mises en place, et des hélicoptères Apache ainsi que des avions sont arrivés sur les lieux et ont commencé à lacher des fusées éclairants. Pendant ce temps, Rajoub parlait avec Jamal Huwail et lui disait que la coordination continuait. Ce dernier a demandé que la reddition se fasse en présence d’une tierce partie, américaine ou autre.
Pendant les discussions, le responsable de la campagne militaire israélienne a parlé directement avec Jamal et lui a demandé de se rendre. Ces contacts ont duré plusieurs heures, de dix heures du soir à six heures du matin, tandis que nous temporisions et discutions de la nécessité d’une tierce partie. Le matin, le responsable de la campagne s’est exprimé via des haut-parleurs et a demandé que nous nous rendions. Nous avons effectivement commencé à nous rendre désarmés. Puis ils nous ont attachés et placés dans la zone de la mosquée, et nous avons été transférés au camp de Salem.
Je tiens à préciser que Cheikh Riyadh (Abu Imad) a refusé de se rendre avec nous et s’est déplacé dans un autre bâtiment. Il a dit qu’il ne voulait pas se rendre et est resté seul. Son déplacement dans le bâtiment adjacent était un refus même de participer aux discussions. J’ai entendu plus tard qu’il a été enterré vivant sous les décombres du bâtiment qui a été démoli sur lui.
On parlait d’un accord avec l’armée lors de votre reddition selon lequel vous sortiriez sans enlever vos vêtements ni lever les mains. Cela a-t-il été respecté ?
Nous sommes sortis et nous sommes rendus sans lever les mains ni enlever nos vêtements, comme convenu, mais lorsque nous avons rencontré les soldats, ils nous ont demandé d’enlever nos chemises. Jamal a parlé avec le gradé à ce sujet et nous avons ensuite retiré nos chemises. Concernant le fait de lever les mains, le gradé a demandé que nous les levions, arguant que c’était dans notre intérêt, car un soldat pourrait tirer sur l’un d’entre nous.
Vous avez dit que la démolition des maisons a réellement commencé le cinquième jour. Les résidents étaient-ils à l’intérieur ?
Oui, les bulldozers ont avancé et ont commencé à démolir les maisons alors que les résidents étaient à l’intérieur. Cela s’est produit dans les quartiers Al-Hawashin et Al-Damj ainsi qu’au-dessus de la rue Al-Mustashfa. Les habitants quittaient leurs maisons et se rendaient lorsqu’ils voyaient le bulldozer avancer vers leurs habitations. Les résidents ont commencé à se rendre aux septième et huitième jours, et les maisons ont été démolies.
Le récit israélien dit que vous avez ordonné aux civils de ne pas partir. Dans quelle mesure ce récit est-il vrai ?
Nous n’avons pas ordonné aux civils de rester. Nous avons appelé les résidents à rester pour sauver leurs maisons de la démolition. Cela s’est produit après le sixième jour, lorsqu’il y avait des maisons vides et d’autres occupées. Nous pensions qu’ils ne démoliraient pas les maisons sur les habitants, mais ils l’ont fait. Les résidents nous invitaient à entrer dans leurs maisons, mais nous refusions. Cela m’est arrivé personnellement, et je n’y suis pas entré par crainte que la maison soit bombardée. Mais l’armée bombardait au hasard.
L’armée a-t-elle utilisé des civils comme boucliers humains ?
Je ne l’ai pas vu, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne l’ont pas fait. J’ai entendu des combattants dire qu’ils avaient effectivement utilisés ce genre de procédés.
Vous avez dit être venu au camp avec Abu Al-Jandal. Pourquoi êtes-vous resté dans le camp ? Y avait-il un ordre des autorités de rester ?
Nous étions arrivés au camp cinq jours avant la dernière invasion et avions reçu l’ordre d’évacuer nos positions. Nous avons obéi et nous nous sommes dirigés vers le camp, qui était la meilleure zone. Abu Al-Jandal nous a dit que le meilleur endroit pour nous était dans le camp et que nous devions rejoindre la résistance là-bas. Des ordres ont été donnés par le commandant régional, Fayez Arafat, à toutes les agences, indiquant que quiconque voulait rentrer chez lui pouvait le faire. Certains soldats étaient déjà rentrés, mais Abu Al-Jandal nous a dit qu’il ne se retirerait pas du camp et nous a encouragés à rester, et nous avons décidé de rester pour défendre le camp. Des ordres ont également été donnés par le commandant régional adjoint de déposer nos armes.
Avez-vous été témoin de l’appel reçu par Abu Al-Jandal lui demandant de se retirer ?
Au début, Abu Al-Jandal a été invité à se retirer et à remettre les armes au commandant régional. Il a refusé. En raison de son refus, ils lui ont dit de ne pas empêcher les membres de la Sécurité nationale qui étaient avec lui et qui voulaient se retirer de le faire. Lorsque le siège a commencé, Abu Al-Jandal a demandé des munitions au commandant des opérations de l’AP. Ce dernier lui a dit qu’il n’y avait pas de munitions pour le moment, bien qu’il y en ait eu suffisamment. Ils ont ensuite dit qu’ils enverraient des munitions en temps voulu, car il n’y avait aucun signe d’invasion pour le moment.
Les commandants de la sécurité se sont retirés de Jénine vers l’axe Al-Hashimiya. En même temps, des membres de la Sécurité nationale sont arrivés de cette zone pour défendre le camp, préférant désobéir à l’ordre de rester à Al-Hashimiya.
Comme vous connaissiez et travailliez avec Abu Al-Jandal et étiez avec lui pendant les combats, parlez-nous de lui en tant que leader et en tant que personne
Abu Al-Jandal était un vrai combattant, qui aimait le combat, même avant les événements. Il s’asseyait avec nous et ne nous parlait que dans le langage du combat et du conflit avec Israël. Il disait que cette paix ne durerait pas et que notre conflit serait très long, et il essayait toujours de nous préparer moralement et psychologiquement à ces batailles.
Il a participé activement aux confrontations lors de l’insurrection des prisonniers, infligeant trois blessures à l’armée israélienne. Abu Al-Jandal a tiré sur un commandant de liaison israélien, ainsi que sur trois autres soldats. En conséquence, Abu Al-Jandal a été suspendu de son travail par décision de l’Autorité palestinienne. Ils ont même suspendu le responsable de l’unité, Riyad Al-Tarsheh, qui était l’adjoint d’Abu Al-Jandal.
Abu Al-Jandal a été transféré de son poste et envoyé à Bethléem. Ensuite, des problèmes sont survenus avec lui là-bas, et il a été arrêté par le service de renseignement. Finalement, il a été transféré à Jénine et a pris le commandement de son unité, qui était l’unité d’exécution et de reconnaissance affiliée au département des opérations. Il est resté à la tête de cette unité jusqu’aux événements qui ont eu lieu dans le camp de Jénine.
Nous avions toujours des discussions avec lui, et il nous racontait les batailles auxquelles il avait participé dans ses jeunes années à Beyrouth contre l’armée israélienne, parlant de ceux qu’il considérait comme des lâches. Abu Al-Jandal n’avait absolument aucun lien avec ce qui se passait à Jénine tout au long de l’Intifada Al-Aqsa. Il travaillait au checkpoint d’Al-Hashimiya, n’interférait en rien et restait loin de tout ce qu’il se passait, jusqu’aux arrestations politiques dans les rangs du Hamas, du Jihad islamique et d’autres factions, dont l’arrestation de Hajj Ali Al-Safouri…
Il nous disait toujours : « Si un jour je vous ordonne de ne pas tirer sur les Israéliens, désobeissez à mes ordres. » Il répétait toujours que nous ne devions pas tirer à moins qu’ils n’entrent dans la Zone A, mais il était le premier à tirer sur les Israéliens avant même qu’il ne rentrent dans cette zone.
Abu Al-Jandal était très sociable et ne se comportait pas comme un supérieur avec nous, mais comme un ami, sans les barrières et les obstacles que la vie militaire pourrait imposer. Cependant, lorsqu’il se levait pour nous assigner des tâches et des responsabilités, il agissait avec autorité et sérieux, conformément à son grade militaire. Et pendant son temps libre, on pouvait voir qu’il était un homme doté d’un grand sens de l’humour.
Parlez-nous de l’appel qui a eu lieu entre un officiel de l’AP et Abu Al-Jandal la veille de la récente invasion.
Lorsque le siège du camp a été confirmé et que l’invasion était imminente, un des officiels a appelé Abu Al-Jandal et lui a demandé de retirer les forces de la Sécurité nationale du camp. Il a répondu qu’il était dans le camp depuis deux semaines et qu’il se préparait à cette confrontation aux côtés de la résistance, même si cela signifiait tirer sur l’armée. « Comment voulez-vous que je retire les forces du camp maintenant ? » Il a refusé la demande.
L’officiel lui a répliqué qu’il avait ordonné le retrait. Abu Al-Jandal a refusé et a dit qu’il présenterait la question aux combattants, et que quiconque voulait rentrer chez lui pourrait le faire après avoir laissé ses armes dans le camp. L’officiel répondit : « Vous refusez donc d’obéir aux ordres » Abu Al-Jandal répondit : « Oui, je refuse d’obéir et je combattrai dans le camp, même s’ils font tout sauter au-dessus de nos têtes. » Puis il jeta l’appareil au sol.
Il visita immédiatement tous les axes où il avait réparti le personnel de la Sécurité nationale aux côtés de la résistance et les informa de l’appel. Il continua à visiter les sites tout en parlant aux jeunes des batailles à venir, expliquant que ce qui allait arriver n’était pas dangereux et renforcerait grandement leur moral. Je plaisantais même avec lui et lui disais que ce qui était arrivé aux autres officiers dans les autres zones leur arriverait aussi : « Tu vas jeter ton arme et ton uniforme militaire. » Il répondait : « Quoi qu’il arrive, je ne poserai ni mon arme ni mon uniforme, c’est impossible. »
Il était bouleversé à la vue des combattants à Ramallah qui sortaient sans leurs vêtements et levaient les mains, et les images du personnel de sécurité exécutés à bout portant… Cette même nuit, il commença à visiter tous les emplacements et à nous dire : « Que vous combattiez ou non, l’armée israélienne vous tuera, comme elle l’a fait à Ramallah, et vous devez tenir bon et combattre. »
Lorsque Abu Al-Jandal parlait, il arrivait à convaincre les jeunes hommes, et avait une forte influence sur eux, au point que les combattants de toutes les factions voulaient être avec lui au combat, et pas seulement le personnel de la Sécurité nationale.
Hajj Abu Ali Al-Safouri nous a raconté l’histoire du martyre d’Abu Al-Jandal. Il a dit qu’ils étaient avec lui dans une maison et que lorsqu’un bulldozer s’approchait pour la démolir, ils s’étaient échappés par une ouverture dans le mur. Abu Al-Jandal prit son temps et quitta la maison en empruntant l’itinéraire normal pour éviter le bulldozer. Lors de sa sortie il a été blessé et ils l’ont entendu crier qu’il était touché. Plus tard, il a été éliminé. Comment Abu Al-Jandal a-t-il été exactement martyrisé ?
J’étais séparé d’Abu Al-Jandal à cause des bombardements. Le neuvième jour, je l’ai retouvré mais seulement cinq minutes. J’étais blessé, et il plaisanta en disant qu’il m’abandonnait à cause de ma blessure parce qu’il voulait des combattants sains. Ce jour-là, il partit seul avec un jeune nommé Omar Attian, originaire d’Anzah. Ce dernier, que j’avais rencontré le premier jour de ma détention, m’a dit qu’ils étaient tous les deux dans une maison que les bulldozers tentaient de démolir. Abu Al-Jandal dit qu’il essaierait de sortir et de traverser la rue sous l’hôpital pour aller dans le quartier démoli et se mettre à l’abri près de la falaise.
Lorsqu’ils sortirent, Abu Al-Jandal se trouvait au milieu de la rue et le jeune homme (Omar) était sur un tas de terre. Il vit les soldats, et lorsqu’il tenta de faire demi-tour, ils lui tirèrent dans le cou. Il réussit à avertir Omar de faire demi tour, mais Omar fut touché sur le côté. Les soldats approchèrent du jeune homme, encore conscient, et lui demandèrent : « Qui est avec toi ? » « Est-ce Abu Al-Jandal ? » Il répondit que son nom était Abu Mohammad.
Ils demandèrent au jeune homme de s’approcher d’Abu Al-Jandal pour lui retirer la pochette qu’il portait sur la poitrine, craignant qu’il ne s’agisse d’une ceinture explosive. Il retira la ceinture et constata qu’Abu Al-Jandal était encore vivant. Il bougeait la jambe et la main et respirait normalement. Lorsqu’ils partirent en emmenant Omar avec eux, il entendit quatre coups de feu. Selon lui, ce sont ces balles qui ont tué Abu Al-Jandal.
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